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Comptes rendus

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  • ISBN: 978-2-8124-0110-7
  • ISSN: 0007-9871
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4142-4.p.0229
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 01/03/2010
  • Périodicité: Semestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
229
COMPTES RENDUS


Cossette, Claude, La Publicité deA à Z. Dictionnaire technique français-
anglais. Québec, Les Presses de l'Université Laval, 2006, 286 p.



« L'auteur d'un dictionnaire est d'abord un interprète de la
langue, une langue qu'il faut traquer dans sa mobilité, aussi
bien dans ses traces écrites que dans ses manifestations
orales  :les sens des mots n'existent pas tout préparés, ils sont
le fruit sémantique de notre activité langagière.  »

Jean Pruvost', cité en exergue par l'auteur.


Claude Cossette a fondé l'agence de publicité Cossette Communication
Marketing au Québec. Il est maintenant professeur titulaire de publicité sociale à
l'Université Laval. Auteur de nombreux ouvrages sur la publicité, il publie auj ourd'hui
un usuel intitulé La Publicité de A à Z. Dictionnaire technique français-anglais.
Ce livre recueille le vocabulaire publicitaire, avec la particularité de proposer pour
chaque terme français son équivalent en anglais. En quatrième de couverture,
Marianne Kugler annonce que « La Publicité de A à Z est un a petit  »livre par son
format... mais grand par son contenu  :plus de 3000 mots et expressions définis,
expliqués, interreliés et traduits  ».

L'ouvrage s'ouvre sur une présentation de Cossette qui expose son projet.
Constatant dans divers documents propres à son domaine un grand nombre de
constructions maladroites, de formulations incorrectes, d'inexactitudes, Cossette a
souhaité pallier ces imprécisions en proposant un nouvel outil lexicographique. En
s'appuyant sur une vingtaine de sources qu'il mentionne, il décide donc de rassembler

1 Jean Pruvostestprofesseuràl'UniversitédeCergy-PontoiseetDirecteurduLaboratoire
CNRS Métadif (Centre de recherche métalexicographiques et dictionnairiques
francophones).

Cah. Lexicol. 95, 2009-2, p. 225-239

230
les quelque 3000 mots techniques utilisés au quotidien par les publicitaires. Cette
nomenclature extrêmement riche en fait d'emblée urI ouvrage incontournable pour
tous ceux qui travaillent dans le secteur de la publicité. Cossette ponctue cette
présentation liminaire en citant urI extrait d'une chanson de Daniel Balavoine

« Je me dis  : le français est une langue qui résonne

Quand du fond du Québec les couleurs se bourgeonnent.  »

C'est dans cet esprit que Cossette a conçu son dictionnaire.

Comment l'ouvrage est-il structuré ?Afin d'harmoniser l'organisation générale
et la rédaction du dictionnaire, Cossette a dû entreprendre des choix relatifs à la
forme. Il expose les principaux au début du livre.

Un dictionnaire alphabétique. Comme le suggère le titre de l'ouvrage,
l'auteur organise ses articles en suivant le classement formel des dictionnaires, soit
l'ordre alphabétique, qui présente l'avantage d'une consultation rapide et souple
(malgré quelques erreurs fortuites peu préjudiciables  : le mot vedette Quotidien
est placé avant l'entrée Quota). On se promène donc dans l'ouvrage de A à Z, de
l'Abribus à la Zone métropolitaine en passant par cybercommerce, fil d'Ariane,
monogramme, partenariat, provocapub, salle de montre...

Un dictionnaire de spécialité. La finalité principale de l'ouvrage consiste
à définir les termes les plus couramment employés dans le milieu publicitaire.
Cossette explore donc au premier chef le vocabulaire de la publicité mais aussi
celui du marketing, de la communication, des médias, de la psychologie sociale,
de l'imprimerie et des nouvelles technologies.

La macrostructure se compose de mots courants (français et anglais), de
termes techniques, d'expressions, de sigles, mais aussi de quelques noms propres,
tels que Marcel Bleustein-Blanchet (1906-1996), le père de la publicité française,
et Jacques Bouchard (1930-2006), « Le Prince de la publicité québécoise  ».

On pourra s'étonner de trouver à la nomenclature des mots comme arobase,
baladeur, hippie, prêt-à poster... d'autant plus que leur définition n'énonce pas
clairement leur relation avec la publicité. Peut-être pourraient-ils laisser place à
des termes manquants, plus spécifiques au vocabulaire publicitaire, tels que affi-
chiste, bergerie, calicot 2, co-branding, éponyme, floating time, head line, sucette 3,
tombstone, vitrauphanie... Mais ces manques n'invalident en rien la qualité de ce
dictionnaire.

En ce qui concerne la microstructure, signalons que chaque vedette est en
gras et que tous les mots anglais sont composés en caractères italiques. Ces choix

2 Calicot est cité en équivalent dans l'article « Banderole  » mais ne possède pas d'entrée
à la nomenclature.

3 Mot familier désignant le mobilier urbain qui expose sur une face l'affiche publicitaire
et sur l'autre, le plan détaillé de la ville.

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typographiques favorisent le repérage rapide des mots et la distinction visuelle des
deux langues. En outre, la catégorie grammaticale est indiquée en début d'article.
Quant aux sigles, ils ont été marqués en capitales pour la première lettre et en
petites capitales pour les suivantes, et sans les points d'abréviation que l'on place
parfois entre chaque lettre (exemple  :AIDA).

Un dictionnaire bilingue. Un des intérêts de l'ouvrage est, au-delà de sa
richesse définitoire, la traduction des termes français en anglais. Pour un mot
français, l'auteur propose le ou les mots correspondants en anglais et vice-versa.
Il importe de souligner que les mots proposés ne sont pas toujours une traduction
exacte ; il s'agit le plus souvent d'un équivalent. C'est pourquoi Cossette utilise la
formulation «  En anglais, on rencontre dans un sens voisin  » .Ainsi, la traduction de
Achalandage est notée «  En anglais, on rencontre dans un sens voisin Goodwill  ».
À l'entrée Goodwill est indiquée la mention  : «  VoirAchalandage  ». Leva-et-vient
entre les deux langues s'opère grâce au système de renvoi, le terme anglais renvoyant
systématiquement à la définition de son équivalent français. Ainsi, bien que les
mots Debriefzng et Storyboard soient davantage utilisés dans le jargon publicitaire,
ils sont définis sous leur traduction respective, Débreffage et Scénario-maquette.
Ce choix traduit sans doute la guerre que les Québécois ont fait à tous les mots
anglais par survie linguistique.

De surcroît, nous pouvons remarquer que le mot Publiphobe4 n'est pas
traduit; l'auteur précise que « L'équivalent anglais est inexistant  ». Il faut croire
que la publicité outre-atlantique ne subit pas le même rejet que dans notre pays.
En France, la publicité est souvent décriée pour son influence néfaste, considérée
— à tort ou à raison —comme un des grands maux de notre temps. Cette hostilité
est-elle typiquement française ?

Un dictionnaire analogique. Dans chaque langue, Cossette énumère le cas
échéant un ou plusieurs termes équivalents ou analogiques. Par exemple, il est
spécifié dans la définition du mot Concept qu'«  En français, on trouve aussi dans
un sens proche Accroche, Bénéfice, Concept d'évocation (en France), Promesse,
Énoncé différenciateur et persuasif, Slogan d'accroche, Thème, USP  ». En consé-
quence, si le lecteur cherche la définition de chacun de ces termes, il est invité à se
reporter à l'article du mot Concept qui correspond ici à ce que l'auteur considère
comme le terme-pivot. Cossette définit le terme-pivot comme étant

« l'expression ou le vocable qui est, soit le plus répandu, soit le plus correct sur
le plan de la langue (et souvent privilégié par l'Office québécois de la langue
française ou la Commission générale de terminologie et de néologie de France,
soit parfois celui qui devrait, selon l'auteur, prévaloir dans la pratique — et sans
pour cela entretenir de visée normative.  »

4 Personne qui déteste la publicité.

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Ainsi, si les expressions Maison de recherche et Maison de sondage sont équiva-
lentes, Cossette a choisi d'attribuer la définition à une seule (Maison de recherche),
proposant unrenvoi auterme-pivot quand le lecteur trouve Maison de sondage. Cette
démarche s'avère pragmatique et dictionnairique ; elle permet d'éviter les doublons
et les redondances. Néanmoins, nous pouvons regretter parfois que certains équiva-
lents ne soient tout de même pas définis dans le dictionnaire. Si une réalité peut être
nommée avec différents mots, le signifié de ces mots n'est pas totalement identique
— cela va de soi puisqu'il n'existe pas devrais synonymes. C'est pourquoi certaines
nuances de sens auraient gagné à être précisées. Par exemple, il nous semblerait
judicieux de consacrer urI article aux termes Emblème, Logotype, Pictogramme
plutôt que de les regrouper sous l'énoncé définitoire du mot Symbole. Qui plus est, le
renvoi systématique peut devenir agaçant lorsqu'il faut consulter plusieurs vedettes

si l'on recherche la définition de l'anglicisme Charte de couleur par exemple, il
faut d'abord se reporter au terme Spécimen de couleurs ; à cette entrée, urI nouveau
renvoi nous dirige vers l'article Nuancier. Ces allées et venues dans le dictionnaire
peuvent à la longue devenir pénibles. Cela dit, la contrainte de la ligne a sans doute
imposé certains choix lexicaux que nous pouvons tout à fait comprendre.

Un dictionnaire encyclopédique. Bien que l'ouvrage ne soit pas une
encyclopédie, on saura gré à l'auteur d'ajouter à de nombreuses définitions urI
court paragraphe apportant de l'information supplémentaire. Ces détails de nature
encyclopédique et technique reflètent la volonté explicative de Cossette. Ainsi,
l'article Marchandisage s nous apprend que

« dans les grandes surfaces, des expériences de marchandisage ont démontré que
l'empilement des boîtes de conserve en pyramide en bout d'allée crée un appel
irrésistible, ou que le consommateur attrape plus volontiers les produits présentés
à hauteur des yeux même si ce sont les plus chers.  »

Certaines précisions encyclopédiques peuvent servir à situer urI mot dans le contexte
publicitaire. Cossette montre ainsi comment les figures de style peuvent être exploitées
dans la publicité, à l'instar du terme Métonymie

« Quand, dans une image publicitaire, on montre un pressoir à raisin traditionnel
pour évoquer la fraîcheur d'un jus de raisin en canette, on crée une métonymie,
aflîrmant «  ce jus est frais car il est le résultat du pressoir artisanal.  »

Par ailleurs, l'auteur utilise urI autre support encyclopédique  :l'illustration. En
effet, l'ouvrage fait urI large usage d'illustrations commentées. Auxiliaires de
l'idée, les illustrations visent à enrichir les définitions de manière référentielle.
Elles apportent urI supplément de sens. Prenons par exemple l'image qui met en

5 Claude Cossette définit ce terme ainsi  : « Marchandisage  : "n .masc. Art de disposer
les marchandises au point de vente de manière à allécher les consommateurs et assurer
ainsi le roulement optimal des stocks".  »

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scène le terme Sémiologie. Il s'agit d'une campagne publicitaire de Panzani ayant
fait l'objet d'études sémiologiques. Cossette légende l'image en expliquant que
« Le coup d'envoi de l'analyse sémiologique appliquée à la publicité a été lancé
en 1964 par Roland Barthes, un littéraire. Dans un article intitulé « Rhétorique de
l'image  »publié dans la revue Communications, il expliquait comment, dans cette
publicité pour les pâtes PANZANI, ce qu'il appelait «  l'italianité  »était évoquée
de multiples façons 6  ». Grâce à cette illustration commentée, le lecteur possède
davantage d'informations (notamment une date-clé) lui permettant de mieux saisir
la signification de ce terme technique employé dans le discours publicitaire mais
qui, au demeurant, n'est pas propre au vocabulaire de la publicité.

Évoquons également l' illustration correspondant au terme Néologisme. Cette
image en noir et blanc représente une annonce publicitaire pour la Renault 5 dont
l'accroche interpelle le consommateur par un mot nouveau

Attrapez le "Chnac" avec la S  ». Cossette accole à l'image le commentaire
suivant

« Une campagne québécoise pour la RENAULT 5 obtient un succès retentissant
en misant simplement sur le mot "Chnac". Que veut dire ce mot qui n'apparaît pas
au dictionnaire ? C'est un néologisme inventé par le créatif.. sans doute à partir
de réminiscences de son enfance (La Chasse au Snark est un poème de Lewis
Carroll). Chasse et Snark se sont sans doute inconsciemment agglomérés dans la
tête du concepteur pour donner "Chnac", cette sensation que l'on ressent... quand
on conduit la petite voiture.  »

Cette illustration permet de compléter la définition, de mettre en valeur la créati-
vité lexicale des publicitaires et d'insister sur le pouvoir et l'impact des mots en
publicité. Il est vrai que les annonceurs font en sorte de créer des mots nouveaux à
visée élocutoire et perlocutoire ;ces nouvelles désignations constituent ce qu'appelle
Jean-François Sablayrolles les néologismes arguments de vente  : « Des néologismes
ont aussi pour objectif de faire acheter des biens fort divers, produits ou services,
manufacturés ou artisanaux...'  »

Il est évident que les illustrations ne sont pas de la pure esthétique, loin
s'en faut.

Un dictionnaire remarquable. En définitive, la richesse de la nomencla-
ture, la traduction des termes, les commentaires encyclopédiques et l'organisation

6 L'italianité de l'annonce est connotée notamment par l'association de tomates, de
poivrons et d'une teinte tricolore —jaune, verte et rouge Ainsi cette image publicitaire
représente-t-elle un condensé de la culture environnante

7 Jean-François Sablayrolles, La Néologie en français contemporain. Examen du
concept et analyse de productions néologiques récentes, Paris, Honoré Champion,
coll. « Lexica, mots et dictionnaires  »dirigée par Bernard Quemada et Jean Pruvost,

2000, p. 373.

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cohérente des articles confèrent à cet ouvrage la valeur d'une excellente référence.
Pratique par son format et utile par son contenu, cet usuel constitue urI dictionnaire
original, précis, complet et agréable à consulter. Publicitaire ou curieux, chacun
tirera profit et plaisir à parcourir ces pages dont l' ensemble permet de (re)découvrir
urI secteur devenu omniprésent dans notre société.

Compte tenu du caractère très ouvert de l'ouvrage, une suggestion peut
être formulée quant à l'intérêt qu'il y aurait à inclure, dans une prochaine édition,
des citations et des exemples qui permettraient notamment de rendre compte des
collocations des mots. Comme le déclare P. Bayle en 1690 dans la Préface du
Dictionnaire universel de Furetière, «  Un dictionnaire est urI de ces livres qui
peuvent être améliorés à l'infini  ». Mais il va sans dire que, tel qu'il est, l'ouvrage
représente déjà urI outil de première qualité. Nous rejoignons l'avis de Luc Dupont
qui affirme en quatrième de couverture que « La Publicité de A à Z constitue urI
outil de référence irremplaçable pour tous ceux qui gravitent autour du monde de
la publicité  ».


Magalie GOBET

LDI —CNRS (UMR 7187)

Université de Cergy-Pontoise




SABLAYROLLES, Jean-François (dir.), Néologie et terminologie dans
les dictionnaires, préface de Jean Pruvost. Paris, Champion, 2008, 241 p.

Les dix textes rassemblés par Jean-François Sablayrolles sous le titre Néologie
et terminologie dans les dictionnaires correspondent à la fois aux actes de la douzième
Journée des dictionnaires, qui s'est tenue en mars 2004 à l'Université de Cergy-
Pontoise, et au seizième volume de la collection Lexica  : mots et dictionnaires,
hébergée par les éditions Champion.

Ces textes rendent compte de recherches menées sur les dictionnaires —dans
toute leur variété  :dictionnaires généraux monolingues français, italiens, qu'ils
soient mono- ou plurivolurnaires, mais aussi dictionnaires spécialisés, bilingues,
pour enfants, de néologismes, lexiques terminologiques, etc. —autour des thèmes de
la néologie et de la terminologie, deux domaines interdépendants dans certains cas.
Le rapport entre ces deux notions est mis en lumière par la préface de l'organisateur
de la Journée des dictionnaires, Jean Pruvost.

Jean-François Sablayrolles traite une question centrale dans le domaine
de la néologie, puisqu'elle concerne la définition même du néologisme. Celui-ci
est traditionnellement repérable par son absence dans les dictionnaires. Mais ce
critère présente de multiples inconvénients  : en plus d'être inopérant auprès des
homonymes néologiques, il conserve une part de flou (quel-s dictionnaire-s prend-on

235
pour référence-s  ?). L'auteur en arrive à un constat majeur par ses implications  : «  la
définition de la néologie doit donc se passer du concept de dictionnaire  » (p. 22),
cet objet étant considéré comme extralinguistique.

Ce constat trouve un écho dans la contribution de Khalid Alaoui, fruit d'un
stage aux éditions Larousse. L'auteur, chargé d'alimenter la banque néologique
de la maison d'édition, livre une analyse statistique détaillée des néologismes de
tous types candidats à l'entrée dans le Petit Larousse, relevés dans un corpus de
presse entre septembre et décembre 2000. Cette analyse des néologismes nés de
la nécessaire évolution sociale se confond avec une lecture de cette société qui
les engendre et les accueille. Les 1500 néologismes traités dans cet exposé sont
distribués par domaines et par matrices lexicales. Cette classification montre que
la suffixation et la composition sont les procédés les plus fréquents de la création
néologique dans le corpus dépouillé.

Karine Berthelot-Guiet expose une recherche tout à fait similaire, à ceci près
que son corpus, également tiré de la presse papier, est constitué de 417 publicités.
La fréquence des procédés néologiques utilisés dans la publicité est questionnée. Il
en ressort que « l'emprunt est la première matrice de formation lexicale utilisée par
la publicité  » (p. 135) et que les formes hybrides, faisant appel à plusieurs matrices
simultanément, sont fréquentes —ceci dans le but d'attirer l'attention du lecteur-
consommateur. Une enquête sur la réception des formules publicitaires apporte des
éléments sur l'intégration de ces créations commerciales dans le lexique courant,
et renseigne sur ce qui est parallèle à cette intégration, à savoir la perte progressive
du statut néologique des créations lexicales. Enfin, l'article est complété par une
esquisse de dictionnaire des mots et expressions d'origine publicitaire, comptant
21 entrées, à la microstructure originale et très bien adaptée au contenu.

L'article de Michela Murano est un parcours dans les dictionnaires mono-
lingues italiens, autour de la notion de néologie, souvent synonyme d'emprunt
dans les répertoires des siècles passés. Les réflexions des lexicographes italiens
sur l'emprunt font prévaloir, du xvrr~ au milieu du xxe siècle, le critère d'utilité

un emprunt n'est acceptable que s'il n'est pas superflu. Les jugements de valeur
souvent défavorables laissent la place dans l'édition 1922 du Zingarelli à une
ouverture précoce et, semble-t-il, trop criante, aux néologismes; car c'est après
guerre que ceux-ci deviennent des objets lexicographiquestraités avec l'objectivité
de rigueur en la matière. Les jugements de valeur disparaissent, ou plutôt sont
relayés par des arguments publicitaires, lesquels mettent volontiers en avant les
néologismes —comme cela se pratique en France.

Les emprunts à l'italien sont au cceur de l'article de Mariagrazia Margarito,
qui dresse un portrait de l'italianité vue à travers trois ouvrages français, notamment
le Petit Robert des enfants. Après un passage en revue des recherches quantitatives
sur ce sujet, l'auteure expose l'optique culturelle de sa recherche. Le constat qui
conclut cette analyse est étonnant  :après des décennies d'une intégration progressive,

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certains italianismes comme spaghetti perdent une partie de leur identité, celle qui
nous rappelle l'origine des réalités qu'ils désignent.

Françoise Quinsat interroge quant à elle les arabismes dans urI important
corpus de références lexicographiques, les principales étant le Trésor de la langue
française, le Dictionnaire historique de la langue française et diverses éditions
du Petit Robert. Avant de traiter une sélection de onze emprunts à l'arabe, qui
met en relief des différences de datation, de translittération, de traitement, mais
surtout quelques traces de filiations entre les dictionnaires, l'auteure dresse urI
constat qui nous semble essentiel  : « il n'appartient pas aux dictionnaires, bien
évidemment, d'être des sources pour la recherche fondamentale dont ils se nour-
rissent eux-mêmes  » (p. 153). Le dictionnaire est ici encore conçu comme urI objet
extralinguistique.

Également dans le domaine des langues étrangères, l'article de Jeanne
Martinet apporte urI témoignage précieux sur une série de dictionnaires bilingues
« langues européennes / interlingua  » (une langue artificielle — ou langue inté-
gralement néologique, en somme — à la fondation de laquelle André Martinet a
participé à la fin des années 1940). Divers éléments intéressants se dégagent de
ce témoignage  : le fait que le dictionnaire de référence en la matière, l'Interlingua
English Dictionary de 1951, ne permette pas de faire face aux nouveaux besoins,
ou encore le principe d'intercompréhension écrite sur lequel se fonde le choix de
certaines lexies interlingua.

D'autres dictionnaires européens et intégralement néologiques sont au centre
de la recherche menée par John Humbley sur les dictionnaires de néologismes, qui
comble ainsi une lacune métalexicographique. Les traditions néologiques européennes
de ces dernières décennies sont passées en revue  : il en ressort urI tableau de ce
domaine lexicographique, entre dictionnaires universitaires (les plus nombreux et
les plus fournis), dictionnaires commerciaux et répertoires officiels (on s'approche
alors du domaine terminologique). Le sas de néologismes du Dictionnaire Hachette,
ainsi que le supplément au Nouveau Littré 2006 intitulé « Néologie, néologismes et
archaïsmes  »signé Jean-François Sablayrolles, représentent des annexes spécialisées
de dictionnaires courants que John Humbley ne pouvait exploiter au moment de
sa recherche, et montrent que ce domaine est bien vivace dans la lexicographie
française actuelle.

La recherche de Danielle Candel et Virginie Tombeux joue de l'incompati-
bilité supposée entre répertoire terminologique spécialisé et dictionnaire de langue
générale, incompatibilité accrue par le domaine choisi, l'industrie nucléaire, que
l'on suppose très peu représenté dans les corpus textuels (d'avant 1970) ayant
servi à la rédaction du Trésor de la langue française. La recherche menée ici, qui
profite de l'expérience de Danielle Candel tant dans la rédaction de ce monument
lexicographique que dans le conseil aux Commissions spécialisées de terminologie,
montre pourtant le contraire.

237 La contribution d'Élisabeth Blanchon traite également de terminologie, et plus
précisément du circuit institutionnel qui aboutit à la normalisation internationale des
«  terminologies et autres ressources linguistiques  ». Le fonctionnement du comité
technique de l'ISO chargé de cette normalisation est détaillé. Souvent montrés
en exemple dans le domaine terminologique, les pays scandinaves ne faillissent
pas à leur réputation, puisque plusieurs de leurs représentants siègent à des postes
importants de ce comité technique.

Le volume aborde donc des sujets diversifiés mais plusieurs thèmes communs
relient les contributions et laissent apparaître une cohérence interne au recueil.
Celui-ci est d'ailleurs complété par un utile index des mots et notions, d'environ
200 entrées.


Camille MARTINEZ

LDI —CNRS (UMR 7187)

Université de Cergy-Pontoise



BERGENHOLTZ, Henning, NIELSEN, Sandro et TARP, Sven (dir.),

Lexicography at a Crossroads. Dictionaries and Encyclopedias Today,
Lexicographical Tools for Tomorrow, Linguistic Insights 90. Berne, Peter
Lang, 2009, 372 p.

Le recueil qui présente les travaux de l'équipe des lexicographes d'Ârhus
rassemble les actes d'un symposium international tenu en 2008 dans cette même
ville danoise. Le choix du lieu n'est pas innocent, car c'est bien ici que les théories
les plus radicales mais en même temps les plus innovantes en lexicographie sont en
préparation depuis un bon nombre d'années. Issues de l'approche de H. E. Wiegand
axée sur les fonctions du dictionnaire, les préceptes préconisés ici semblent couper
le cordon ombilical qui le relie à la linguistique pour recentrer la réflexion sur les
besoins des utilisateurs. Les lecteurs des Cahiers de lexicologie connaissent les
grands principes de cette approche, esquissés il y a déjà une quinzaine d'années
dans un compte rendu sur les dictionnaires spécialisés (H. Bergenholtz et S. Tarp,
1994) et développé tout récemment par P. Leroyer (2008) pour ce qui concerne les
renvois externes. Bien entendu, tous les participants au symposium ne voient pas
leur activité lexicographique exactement sous le même jour, mais tous tiennent à
marquer une rupture avec les pratiques et les théories du passé.

L'introduction, signée des trois rédacteurs-coordinateurs, situe le cadre du
colloque. Il s'agissait d'inviter les spécialistes du monde entier afin de discuter
des théories et pratiques permettant d'élaborer les dictionnaires et encyclopédies
papier et électroniques (CD-ROM, Intranet et Internet), et de fonder un réseau
international de chercheurs en lexicographie. Le premier but trouve son expression

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dans le présent volume; le second ne semble pas encore parvenu au stade de la
réalisation officielle. Les enjeux concernent d'abord la constitution d'une théorie
lexicographique autonome centrée sur les besoins de l'utilisateur et englobant non
seulement les dictionnaires classiques, mais aussi tout outil de type lexicographique
et encyclopédique. L'accès aux informations pertinentes et l'ergonomie qui y est
associée (regroupées sous la nouvelle dénomination désormais appelée accessologie)
sont facilités par la révolution informatique, qui caractérise toute la lexicographie
aujourd'hui  :leurs relations font l'objet d'un deuxième grand thème de ce recueil.
Le troisième est en quelque sorte la perspective complémentaire, àsavoir la place
des dictionnaires et des encyclopédies dans la société de l'information et de la
connaissance. Ces deux derniers sujets reviendront constamment dans les diffé-
rents exposés  : en effet, les attentes que peuvent avoir les usagers d'aujourd'hui
et encore plus ceux de demain à l'égard d'un dictionnaire sont conditionnées par
tout l'environnement de l'Internet et la disponibilité immédiate des informations,
qu'elles se trouvent dans le dictionnaire ou ailleurs. En même temps, l'évolution
rapide des présentations électroniques des dictionnaires gomme de nombreuses
différences traditionnelles, obligeant le lexicographe à remettre en question les
pratiques classiques.

Sven Tarp, dans le premier chapitre, «  Beyond Lexicography  :New Visions
and Challenges in the Information Age » reprend, en la radicalisant, l'approche
fonctionnaliste de Wiegand, détaillée dans S. Tarp (2008). Pour lui, la lexicographie
fait fausse route depuis quelques siècles en abandonnant sa vocation essentiellement
interdisciplinaire et en se définissant comme une émanation de la seule linguistique

il en veut pour preuve l'existence de très nombreux types de dictionnaires factuels
(dictionnaires de la géographie, de la comptabilité, etc.), qui n'ont rien à voir
avec la langue, et qui sont de ce fait privés d'appui théorique. La manifestation
la plus visible de ce manque est le peu d'influence des théories lexicographiques
sur la plupart des dictionnaires réalisés aujourd'hui, où la part des informaticiens
est désormais prépondérante, souvent au détriment de la qualité du produit final.
S. Tarp se propose de se concentrer sur sa mission fondamentale  : la recherche d'une
information pertinente, ce qui fait sortir la lexicographie du cadre des dictionnaires
existants, pour s'intéresser aux manuels, guides d'utilisation, etc. La lexicographie
est donc définie comme une branche autonome des sciences sociales, ayant ses
propres théories. Celles-ci sont situées sur trois axes, définis par rapport à trois
oppositions  :théorie générale ou spécifique ;théorie intégrante ounon-intégrante ;
théorie contemplative ou transformative. La première opposition reflète la différence
entre ce qui s'applique aux dictionnaires en général et ce qui est limité à différents
types de dictionnaires (par exemple d'apprentissage). La deuxième met en garde
contre les théories qui ne s'intègrent pas dans une théorie générale, faisant courir
à long terme le danger d'une distorsion théorique. La dernière opposition peut
être lue comme une attaque contre la plupart des études métalexicographiques,
qui ne cherchent pas à transformer la pratique lexicographique ou dictionnairique

239
(distinction qui d'ailleurs est étrangère à cette approche). S. Tarp résume son ana-
lyse sous la forme de dix thèses, qui constituent son manifeste et définissent les
ambitions de cette nouvelle lexicographie. Elle est déjà représentée pour lui par
quelques réalisations  : le dictionnaire danois d'expressions figées (<http://www.
idiomordbogen.dkh) et... Wikipédia.

Yukio Tono, dans «  Pocket Electronic Dictionaries in Japan  :User Perspectives  »
brosse un tableau assez complet et très utile de ces petits dictionnaires électro-
niques (petits en taille mais non en contenu  !) qui se multiplient au Japon, mais
restent encore très peu connus du reste du monde. En ce qui concerne les langues,
deux configurations se présentent à l'utilisateur  :unilingue japonais ou bilingue
japonais-anglais, tout en intégrant un ou plusieurs dictionnaires monolingues anglais.
Aucune autre combinaison de langue n'est mentionnée. En effet, les dictionnaires
électroniques japonais de la dernière génération sont le plus souvent composés
de plusieurs dictionnaires munis d'un moteur de recherche capable de retrouver,
généralement par des requêtes éventuellement floues, les entrées recherchées dans
les différents composants. Il semble également que la révolution électronique n'est
pas complètement achevée, car la plupart des dictionnaires ainsi intégrés seraient
des numérisations de versions imprimées. En outre, il n'est pas sûr que l'utilisateur
comprenne bien les différentes stratégies adoptées par les différents dictionnaires
du bouquet contenu dans son dispositif de poche, car le risque est grand qu'ils
confondent ainsi les potentialités d'un dictionnaire d'apprentissage et celle d'un
dictionnaire de type patrimonial. Fidèle à l'orientation de ce recueil, l'auteur se
focalise sur les différents utilisateurs des dictionnaires et de leurs besoins spécifiques,
tout en décrivant en détail leurs fonctionnalités propres.

Si les francophones connaissentpeu les dictionnaires électroniques japonais,
ils sont en général bien renseignés sur les réalisations pédagogiques regroupées
autour de la Base lexicale du français (<http://ilt.kuleuven.be/blfh) de l'Université
de Louvain (Leuven), grâce en particulier à l'article d'un numéro récent des Cahiers
de lexicologie (Verlinde et al. 2007). Philippe Humblé, dans ce volume, décrit cette
base comme le seul dictionnaire d'apprentissage du français digne de ce nom. Les
responsables de ce programme, Serge Verlinde et Jean Binon, sont les auteurs du
chapitre «  Pedagogical Lexicography Revisited  ». Ils y esquissent les bases théo-
riques de leur projet, tributaire non seulement des dictionnaires d'apprentissage
de langue anglaise mais aussi du modèle Sens-Texte d'Igor Mel'cuk (c'est ainsi,
par exemple, que les schémas actanciels figurent dans les articles sur les verbes),
et y décrivent la place qu'occupe la combinatoire dans l'ensemble du système.
Cette contribution s'inscrit bien dans la logique générale du recueil, puisqu'elle
part des besoins avérés des apprenants non francophones, auxquels on propose non
seulement les ressources propres des dictionnaires du bouquet mais aussi celles sur
lesquelles elles sont construites, en particulier les bases textuelles journalistiques,
ainsi que des séries d'exercices qui mettent en pratique ce qui est présenté dans la
partie dictionnaire. Pour l'avenir, les auteurs préfèrent se concentrer sur les besoins

240
didactiques, plutôt que sur l'enrichissement des contenus, afin d'adapter les outils
(qu'ils voient sous de multiples formes, en particulier sous celle que Tarp appelle
les leximats) aux besoins des apprenants.

Encore récemment on a pu déplorer le manque d'intérêt que les linguistes et
les lexicographes portaient au phénomène Wikipédia (cf. C. Poudat et S. Loiseau,
2007  : 29). Au vu des trois articles de ce recueil consacrés aux retombées lexico-
graphiques et de l'abondante bibliographie que chacun d'entre eux comporte, on
peut dire, sans crainte d'être démenti, que ce temps est révolu, et qu'il existe des
linguistes qui relèvent le défi. Wikipédia et son pendant lexicographique immédiat
Wiktionary (Wiktionnaire dans sa forme française) fait l'objet de plusieurs études.
Gerard Meijssen, membre de la Fondation Wikimedia (http://wikimediafounda-
tion.org/wiki/Accueil), décrit dans « The Philosophy behind OmegaWiki and the
Visions for the Future  » un des dictionnaires issus de Wiktionary, lui-même issu
de Wikipédia. Contrairement au Wiktionnaire, OmegaWiki est conçu dès le départ
pour un développement multilingue. Cet article permet de mieux situer les diffé-
rentestentatives lexicographiques associées aux phénomènes wiki, mais reste trop
succinct pour que l'on puisse évaluer la qualité du contenu proposé, en particulier
au niveau du schéma définitionnel, connu sous le nom de DefinedMeaning.

C'est d'ailleurs Wiktionary qui fait l'objet de l'article suivant. Pedro A. Fuertes-
Olivera établit le cahier des charges de ce qu'il reste à faire pour que cet outil,
conçu exclusivement en anglais, devienne opérationnel en espagnol. Dans « The
Fonction Theory of Lexicography and Electronic Dictionaries  : WIKTIONARY as
a Prototype of Collective Free Multiple-Language Internet Dictionary » l'auteur
nous convainc que le chemin sera bien long. Sa préoccupation principale semble
être de gagner la confiance de l'utilisateur, mais les propositions qu'il fait pour y
arriver sont assez prévisibles  : il faut que les définitions soient précises, que les
entrées ne comportent pas d'erreurs et que les entrées de chaque langue puissent
être rédigées indépendamment de l'anglais, autant de propositions de bon sens,
mais qui présupposent de très nombreuses questions de théorie et de pratique.

Joseph Dung prend au pied de la lettre l'objectif du colloque et se donne
pour tâche de savoir comment l'utilisateur recherche des informations sur la Toile.
Dans «  Online Dictionaries in a Web 2.0 Environnent  », il propose des modèles
d'accès aux informations qui contribuent à déterminer les meilleures formes de
présentation des bases de données de ressources lexicographiques, aboutissant à
un modèle qui est essentiellement dynamique. Dans cet ordre d'idées, il aborde les
moyens de préciser le sens recherché par l'utilisateur à partir de l'environnement
contextuel d'où émane sa requête. Un dictionnaire ne suffisant pas pour répondre
à toutes les interrogations, Dung envisage la mise en commun de ressources de
toute une batterie de dictionnaires et d'autres ressources susceptibles d'apporter des
réponses appropriées. Cet article constitue une des illustrations les plus complètes
de l'approche préconisée par les organisateurs.

241 Jôn Hilmar Jônsson, dans «  Lemmatisation of Multi-word Lexical Units
Motivation and Benefits  », présente une réalisation lexicographique électronique pour
la langue islandaise, mais la problématique abordée ici concerne la lexicographie de
toute langue  :comment accéder à des unités lexicales multiples, phraséologismes ou
idiotismes en particulier ? La solution proposée est basée sur une analyse préalable de
la structure sémantique et syntaxique du lexique dans son ensemble pour aboutir à une
base de lemmes qui permet une mise en relation avec les formes multilexicales, qui
sont, elles, réparties dans des structures normalisées. Une approche onomasiologique
permet la constitution de réseaux lexicaux offrant un accès sémantique.

D'une langue à faible diffusion on passe à celle qui est la plus parlée au
monde, le chinois. Zhang Yihua explique dans « A Bilingual Dictionary Generation
System Based on the Microstructure of a Lexicographical Database  »comment on
transforme une ou plusieurs bases de données lexicales en un dictionnaire bilingue,
anglais-chinois en l'occurrence. Cette contribution se situe essentiellement au niveau
informatique, mais elle présuppose une analyse linguistique relativement poussée,
ainsi que l'existence de ces bases de données lexicales déjà constituées.

Philippe Humblé présente le seul article qui relève de ce qu'on peut appeler
une approche métalexicographiqueclassigoe. Dans «  Dictionaries on the Periphery.
The Case of Brazil  » ce grand connaisseur de la lexicologie nous présente un pano-
rama de laproduction dictionnairique du géant latino-américain qu'il compare avec
celle d'autres communautés linguistiques. Il en ressort que le Brésil a quasiment
sauté l'étape des grands dictionnaires monolingues imprimés pour embrasser la
présentation électronique. Comme c'est souvent le cas ailleurs, il constate que
les meilleurs dictionnaires ne sont pas nécessairement ceux qui ont la plus forte
distribution, et que le succès doit souvent plus aux techniques commerciales que
lexicographiques. L'article comporte une analyse des dictionnaires pour enfants,
catégorie par ailleurs peu étudiée dans ce volume, promus par les autorités brési-
liennes, mais qui ne répondent guère aux attentes, faute d'une analyse adéquate des
besoins des jeunes utilisateurs. Il se termine par une liste complète des dictionnaires
actuellement disponibles au Brésil.

Robert Lew aborde une question déjà évoquée plusieurs fois dans d'autres
communications  :l'ordre de présentation des sens d'un mot polysémique. Dans
«  Towards Variable Fonction-Dependent Sense Ordering in Future Dictionaries  », il
fait une typologie des stratégies possibles, et propose un modèle basé sur la fonction
choisie par l'utilisateur, à savoir la réception ou la production textuelles, et sur les
spécificités liées à l'item recherché et au domaine. Il se demande, en fin d'article,
si un dictionnaire totalement dynamique, qui s'adapte automatiquement àtous ces
critères, ne finirait pas par déstabiliser l'utilisateur plutôt que de l'aider.

Dans le nouveau paysage lexicographique, caractérisé par les bouleverse-
ments que ce recueil décrit, nous avons besoin de nouveaux repères. Rufus Gouws
nous en propose quelques-uns dans « Dictionaries as Innovative Tools in a New

242
Perspective on Standardisation  ». Il prend très au sérieux la fonction d'autorité que
le dictionnaire continue d'avoir à l'ère de Wikipédia. La dominance de ce modèle
rend particulièrement urgente l'intervention des compétences lexicographiques,
seules capables de garantir la qualité. Les dictionnaires électroniques doivent être
exemplaires en matière de présentation de la néologie et montrer la voie. Comme
exemple de ce type de dictionnaire ouvert et en ligne il cite les réalisations du
centre de lexicographie d'Ârhus. La voie qu'il propose est celle qu'il appelle la
proscription, plutôt que la prescription ou la description, c'est-à-dire la proposition
de formes existantes, dûment commentées, qui laisse le choix final à l'utilisateur.
Les dictionnaires de ce type pourraient jouer urI rôle capital dans l'émergence
de nouvelles langues standards, comme c'est le cas aujourd'hui en Afrique du
Sud. L'auteur ne présente pas toutefois le modèle économique de cette nouvelle
lexicographie.

Patrick Leroyer, pour sa part, s'attaque à urI créneau commercial, par ailleurs
délaissé par les lexicographes, celui des dictionnaires pour touristes, connus au
Danemark sous le nom charmant de parleurs. Dans «  Lexicography Hits the Road
New Information Tools for Tourists  » il montre que la plus grande partie du contenu
linguistique de ce type de dictionnaires est peu exploitable, et propose toutes sortes
d'autres besoins auxquels pourrait répondre un nouveau type de ressource, qui ne
serait ni dictionnaire, ni guide, ni encyclopédie, mais urI mélange de tout ce qui
peut rendre service au voyageur.

Saravanan Raja décrit la situation du tamoul, qui se voit concurrencé par
l'anglais dans le domaine du vocabulaire technique, courant ainsi le risque de voir
tomber dans l'oubli ses ressources terminologiquestraditionnelles. Dans « Structural
Format for a Dialect Dictionary Showing Lexical Variation with Special Reference
to Microstructure and Macrostructure  », l'auteur montre comment un dictionnaire
électronique peut sauvegarder et perpétuer ce patrimoine linguistique et culturel.

Julia Pajzs propose urI dictionnaire électronique bilingue anglais-hongrois
dans «  On the Possibility of Creating Multifunctional Lexicographical Databases  ».
Elle aborde des questions fondamentales et fournit quelques exemples de méthodes,
très parlants. On se demande toutefois pourquoi ce qui apparaît être essentiellement
une introduction se trouve en fin d'ouvrage.

La conclusion, signée de Birger Andersen et de Sandro Nielsen, intitulée
«  Ten Key Issues in Lexicography for the Future  »se montre peut-être un peu plus
nuancée que l'introduction. Comme l'article introductif de Tarp, elle est structurée
autour de dix propositions, mais ici présentées sous forme de questions. La première,
celle de savoir si la lexicographie relève oui ou non de la linguistique, reçoit une
réponse assez tranchée  :oui pour le contenu (du moins de certains dictionnaires,
en particulier ceux d'apprentissage), mais non pour sa théorie. La plupart des
questions sont reformulées  : la question de savoir, par exemple, si urI dictionnaire
doit contenir plus ou moins de données est urI faux dilemme  : ce qui est essentiel,

243
c'est que l'usager puisse accéder le plus rapidement possible aux informations dont
il a besoin. Pour répondre à la question de savoir qui est le lexicographe, les auteurs
montrent que les frontières entre le lexicographe et l'utilisateur s'estompent, mais
n'expliquent pas comment on formera les futurs «  wikignomes  » lexicographes
qui s'occuperont de corriger les entrées. Le mot de la fin est celui qu'évoque le
titre, le carrefour, ou croisée des chemins On ne doit pas considérer qu'il n'existe
qu'une nouvelle route à suivre. Au contraire de nombreuses voies s'ouvrent aux
lexicographes de demain et ce recueil joue bien son rôle en en indiquant plusieurs
avec force.



BIBLIOGRAPHIE

BERGENHOLTZ Henning et TARP Sven (1994)  : Manual i fagleksikografi  : Udarbejdelse af

fagordboeger  : problemer og losning forslag [Manuel de lexicographie de spécialité ;

élaboration de dictionnairestechniques —problèmes et solutions suggérées], Forlaget

Systime a/s, Herning, parez en traduction anglaise Manual of Specialised Lexicography

The préparation ofspecialised dictionaries (1995), Amsterdam, J. Benjamins. Voir

compte rendu dans Cahiers de lexicologie, 66, Paris, Garnier, p. 186-194.

LEROYER Patrick (2008)  : « Les renvois aux sources comme ressources lexicographiques


fonctionnelles  », Cahiers de lexicologie, 93, Paris, Garnier, p. 27-54.

POUDAT Céline et LOISEAU Sylvain (2007)  : « Représentation et caractérisation lexicale

des sciences dans ~kipédia  », Revue française de linguistique appliquée, 12, 2,

p. 29-44.

TARP Sven (2008)  : Lexicography in the Borderland between Knowledge and Non-knowledge.
Général Lexicographical Theory with Particular Focus on Learner's Lexicography.
Tübingen, Niemeyer.

VERLINDE Serge, BINON Jean, OSTYN Stéphane et BERTELS Ann (2007)  : «  La base
lexicale du français (BLF)  : un portail pour l'apprentissage du lexique français  »,
Cahiers de lexicologie, 91, Paris, Garnier, p. 251-266.


John HUMBLEY

LDI —CNRS (UMR 7187)

Université Paris-Diderot