Aller au contenu

Les mots grammaticaux : introduction

Afficher toutes les informations ⮟

  • ISBN: 978-2-8124-0490-0
  • ISSN: 0007-9871
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4342-8.p.0009
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 27/08/2012
  • Périodicité: Semestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
9



LES MOTS GRAMMATICAUX

INTRODUCTION



Les articles de ce numéro sur les mots grammaticaux, dans la diversité de
leurs options théoriques, représentent tous une réflexion critique sur la notion de
catégorie grammaticale. Ils constatent que les parties du discours traditionnelles
ne correspondent à aucun découpage syntaxique et sémantique homogène. De
plus, ces parties de discours ne peuvent être étudiées en elles-mêmes mais sont
dépendantes, pour la reconnaissance de leur statut, du contexte dans lequel elles
figurent. Ce recours nécessaire au contexte entraîne une considération théorique
importante, l'environnement d'un mot, en gros sa syntaxe, fait partie de la
définition sémantique même de ce mot, de sorte qu'on ne peut pas isoler des
niveaux d'analyse isolés. Si la syntaxe est partie intégrante de la définition d'un
mot, quelques conséquences s'ensuivent. Tout d'abord qu'une entrée de
dictionnaire ne peut pas être un mot isolé mais une phrase. Une deuxième
conséquence, c'est que la notion de polysémie pourrait être un artefact des
dictionnaires, car, dans une phrase donnée, les mots n'ont en général qu'un seul
sens. Les phrases sans doute peuvent être ambiguës, mais c'est la plupart du
temps pour des raisons syntaxiques.

Dans ces conditions, l'opposition traditionnelle entre mots lexicaux (mots
pleins) et mots grammaticaux (mots vides) apparaît à l'évidence comme
schématique et ne correspond pas au fonctionnement des langues. Si la syntaxe
fait partie de la définition des mots, il est clair que les mots dits grammaticaux
ne sont pas vides de sens mais qu'ils contribuent à établir la signification de la
phrase. De plus, il n'y a pas de séparation nette entre ces deux notions. Un grand
nombre de mots lexicaux ont une fonction grammaticale (par exemple, les
substantifs figurant dans les locutions conjonctives ou prépositives) et,
inversement des mots grammaticaux sont des prédicats (certaines prépositions et
un grand nombre d'adverbes).

Les études qui suivent font toutes éclater la notion stricte de partie du
discours. Gaston GROSS pose le problème général du statut des mots
grammaticaux et montre que ces mots jouent des rôles syntaxiques très différents
en fonction de la structure syntaxique où ils figurent. Peter BLUMENTHAL
explique que les connecteurs de cause parce que, puisque et car reçoivent leur
interprétation en fonction de la nature de leurs co-occurrents. On voit avec
précision qu'une description qui définirait ces mots de façon isolée passerait à côté

Cah. Lexicol. 90, 2007-1, p. 5-6

10
de leurs relations sémantiques réciproques. Les études suivantes traitent de
différents mots grammaticaux en mettant l'accent sur leur fonctionnement, où
apparaît que l'environnement syntaxique est déterminant dans leur fonction et
leur interprétation. Jean-Claude ANSCOMBRE étudie les marqueurs aspectuels
en cours de, en passe de, en train de, en voie de ; Pierre CADIOT analyse les
différents emplois de pour ; Michel CHAROLLES et Béatrice LAMIROY traitent
des adverbes seulement, simplement et uniquement ;Jacques FRANÇOIS analyse
le connecteur voire ; Claude MULLER le déterminant quelque ; Lucien
KUPFERMAN la préposition à ;Denis PAILLARD examine la sémantique de la
coordination en prenant le cas du russe. Enfin, Jean-Marcel LEARD propose,
dans une perspective guillaumienne de réexaminer les relations et oppositions
entre les différentes catégories.

Gaston GROSS

LDI-CNRS