Aller au contenu

[Information]

Afficher toutes les informations ⮟

  • ISBN: 978-2-8124-0485-6
  • ISSN: 0007-9871
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4337-4.p.0007
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 27/08/2012
  • Périodicité: Semestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
7
Les Cahiers de Lexicologie changent de pilote mais ils gardent le cap...


Nés en 1959, les Cahiers de Lexicologie ont accompagné l'essentiel de
la carrière de leur fondateur, Bernard Quemada, pionnier permanent de notre
discipline. Leur création s'inscrit dans un déroulement logique.

En 1950, Bernard Quemada, nommé assistant à la Faculté des Lettres
de Besançon, venait de soutenir une thèse sur le lexique du Commerce
amoureux dans les romans mondains (1640-1670). Sa carrière de philologue
et de lexicologue commençait. Peu après, il publiait son Introduction à
l'étude du vocabulaire médical (1600-171 S) où il confirme l'importance qu'il
accordera toujours à la documentation dans les travaux socio-historiques sur
les mots et les vocabulaires. Sous son impulsion, et avec de nombreux
concours extérieurs, la faculté de Besançon allait vite devenir le lieu du
renouveau des études lexicologiques et lexicographiques. Il y créait
successivement l'Institut de Langue et civilisation françaises, le Centre de
linguistique appliquée qu'il a dotés des premiers laboratoires de langue, et le
Centre d'étude du Vocabulaire français où il a mis au point l'utilisation des
cartes perforées et des machines mécanographiques pour analyser les textes.
Reconnu comme le pionnier incontesté en la matière, le laboratoire bisontin
devient à partir de 1958 un des hauts lieux de la lexicologie et de la
lexicographie de pointe et gagne une réputation mondiale.

Lorsqu'en novembre 1957, Paul Imbs organise à Strasbourg le
colloque « Lexicologie et lexicographie françaises et romanes, exigences et
orientations actuelles  », B. Quemada, qui incarnait la nouvelle génération, y
représente d'emblée l`homme des ressources pour l'avenir. Le programme
d'un Trésor général du vocabulaire français qu'il présentera peu après,
mettra son savoir et son expérience des nouvelles technologies au service de
la lexicologie moderne et, en particulier, de la documentation nécessaire au
grand projet mis en chantier à Nancy en 1964 et qui deviendra le Trésor de
la langue française. Pour cela, il fallait dépouiller de très nombreux textes
anciens et modernes, mais aussi répertorier les travaux de lexicographie
inédits ou dispersés dans diverses revues et normaliser les inventaires
existants. C'est dans cette dynamique que prennent place les Cahiers de
Lexicologie, créés et publiés par B. Quemada à partir du deuxième trimestre
de 1959. Demeurés pendant dix ans le premier et le seul périodique européen
spécialisé dans les sciences des mots, ils attestent l'avance de la lexicologie

8 qui, en France, a ouvert la voie au renouveau de la linguistique française
moderne.

Soutenus à leur naissance par la Faculté bisontine, les Cahiers ont vite
trouvé le support de deux éditeurs nationaux, Didier et Larousse, séduits par
leur nouveauté. La préface du premier numéro en situait bien l'objectif
créer un organe de liaison et de coordination, un « instrument de travail
actuel, permettant de faire le point des problèmes, des méthodes, des
informations, des travaux en cours  ». Au cceur de cette introduction apparaît
de manière significative la missive que R.-L. Wagner adressait au jeune
directeur pour souhaiter plein succès à cette initiative comblant «  un vide
que beaucoup d'entre nous ressentent péniblement  ». Ce numéro commençait
par un article initiateur de B. Quemada sur la mécanisation des recherches
lexicologiques avec, déjà évoquées, les perspectives d'avenir fondées sur les
moyens électroniques. A. J. Greimas et P. J. Wexler apportaient également
leur contribution scientifique à ce numéro historique. P.Imbs,
G. Gougenheim, J. Dubois animeront le deuxième numéro et le ton était
désormais donné  : en rien l'apanage d'une école, les Cahiers de lexicologie
allaient se révéler au fil des numéros ouverts à tous les courants, à toutes les
générations. Compte tenu de la qualité des articles, une telle orientation leur
a assuré un succès jamais démenti. De fait, B. Quemada s'est toujours tenu à
l'écart des différents dogmatismes de telle ou telle période, n'obéissant qu'à
un seul souci  :enrichir et actualiser la lexicologie. « Je m'y suis appliqué
pendant plus de quarante ans, sans céder aux fortes pressions de la mode en
linguistique qui ont nui à bien des recherches, à beaucoup d'enseignants-
chercheurs et, par voie de conséquence, à plusieurs promotions d'étudiants  »
déclarait-il à l'occasion de la première Journée des dictionnaires (1994).
C'est cette ouverture, avec cette information précise et de pointe, qui ont fait
des Cahiers de lexicologie le lieu de rassemblement de nombreux chercheurs
de notre spécialité, dans le respect de toutes les générations et de toutes les
voies de recherche. B. Quemada a bel et bien su construire un réseau
international garantissant la légitimité et l'avenir d'une discipline.

Après 1975, les Cahiers ont été publiés par les nouveaux laboratoires
du CNRS que B. Quemada a créés et dirigés, Didier-Érudition assurant leur
diffusion. Depuis 2001, la revue a été reprise par les éditions Champion
réputées pour leurs publications érudites, qui accueillent aussi la collection
Lexica dirigée par B. Quemada. Véritables références et témoignages de
l'évolution constante de la lexicologie, les Cahiers allaient ainsi entrer dans

9 le troisième millénaire. Si en 1959, B. Quemada s'était imposé parmi les
premiers promoteurs de la lexicologie nouvelle, en 1967, avec Les
Dictionnaires du français moderne (1539-1863) « synthèse magistrale des
problèmes théoriques de structure et des questions pratiques de confection
qu'ont eus successivement à résoudre les auteurs de dictionnaires
monolingues français  » (R.-L. Wagner), il s'affirmait aussi comme le
premier des «  métalexicographes  ». De fait, tous les linguistes travaillant sur
les mots et les dictionnaires, respectueux de l'ceuvre accomplie et des
initiatives prises pour la communauté scientifique, ont bien compris quelle
était la qualité première du fondateur des Cahiers de lexicologie  : ne jamais
confisquer le savoir et les pouvoirs qui s'y rattachent. Et au contraire, à la
manière de l'Institut National de la Langue Française que B. Quemada créait
en 1977, fédérer ,partager, déléguer, insuffler, faire confiance et, du même
coup, responsabiliser et stimuler les chercheurs qui font tout pour être dignes
de cette confiance.

Ce numéro en est une nouvelle illustration  : Bernard Quemada a
souhaité en effet confier désormais le pilotage des Cahiers de Lexicologie à
deux de ses collaborateurs qui, du même coup, mettront en oeuvre toute leur
énergie pour essayer d'être à la hauteur de la confiance faite. Dans leur
nouvelle tâche qu'ils s'engagent à conduire dans la même dynamique, ils ne
manqueront pas de solliciter les conseils du fondateur (même si celui-ci les
incite à prendre pleinement leurs responsabilités  !). Et ce, en comptant sur
l'aide précieuse du Comité de patronage, du Conseil scientifique et du
Conseil de lecture, du secrétariat de rédaction, et aussi sur celui, nourricier et
premier, de tous les lexicologues qui proposent leurs contributions
vivifiantes. Parce que cette revue est la leur  : c'est le credo constant de
B. Quemada, ce sera le nôtre.


Gaston Gross et Jean Pruvost