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Comptes rendus

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  • ISBN: 978-2-8124-0466-5
  • ISSN: 2262-0346
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4318-3.p.0179
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 27/08/2012
  • Périodicité: Semestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
179
COMPTES RENDUS



Lessico filosojico clei secoli XVII e XVIII, sezione datina, volume I, 1
A—Aetherius et I, 2, Aetherius—Anineositas, sous la direction de Marta
FATTORI, avec l'assistance de Massimo Luigi BIANCHI, coordination
de Giacinta SPI N O S A et Eugenio CA N O N E. Lessico Intellettuale
Europeo, I, 1, Edizioni dell'Ateneo, 1992 I, 2, Leo S. Olschki
Editore, 1992, 895 p.

La publication des deux premieas fascicules de la section latine du Lexique

philosophique des XVII-XVllle siècles est un évènement lexicologique et intellectuel

sans précédent. Le projet monumental, mûri tout su long des nombreuses années
d'activité, remarquablement fertiles, du centre de recherche romain (Centro di studio del
Consiglio Nationale delle Ricerche per il Lessico Intellettuale Europeo, LIE), et qui
entame ainsi, avec la publication, son ultime phase, mérite que l'on s'y arrête, à la fois
pour la réflexion lexicologique dont il est l'aboutissement, et pour ses enjeux multiples
dans le champ de la recherche philologique et philosophique, mais aussi, discrètement et
efficacement, dans l'optique de la reconstitution du patrimoine culturel européen.


Le LIE n'est plus à présenter, du moins auprès du public européen des chercheurs,
professeurs et étudiants, qui ne sauraient désormais se passer des multiples outils de
travail que les membres et les collaborateurs du centre leur ont déjà fournis. Celui-ci, sans
doute le plus important centre de recherche en lexicologie de la culture philosophique, est
dirigé par Tullio GREGORY. II est issu d'un groupe de recherche du CNR (Consiglio
Nationale delle Ricerche), créé en 1964, au sein du département de philosophie de
1TJniversité de Rome, avec la vocation d'étudier l'histoire de la terminologie
philosophique. Le centre a constitué et publié au fil des ans une série d'index, de
cronwrdances et de lexiques (rappelons pour mémoùe le lexique des Dialogues Italiens de
Giordano BRUxo réalisé par Michele CtLIBERTO, ou encore les Index des saures
cartésiennes), et organisé selon un rythme triennal un colloque dont il publie les actes. La
lecture du premier volume (1976), essentiellement consacré i~ la méthodologie
lexicographique, est du plus grand intérêt pour saisir in ovo l'esprit et les principes du
projet, dont on pourra constater d'ailleurs qu'ils sont demeurés substantiellement les
mêmes, quelque importantes qu'aient pu être les modifications apportées en cours de


Cah. Lexicol. 66, 1995-1, p. 177-197

180
routel. Chacune des rencontres suivantes s'est concentrée sur un terme ou un couple de
termes, parmi les plus importants du lexique latin  :ordo (1979), res (1982), spirites
(1984), phantasia-imaginatio (1988), idea (1990), ratio (1994) et, cette année même,
sensus-sensatio. La consultation de ces volumes permet non seulement d'appréhender
l'énorme importance des fascicules à venir, mais elle apporte surtout de nombreux
exemples d'utilisation du Lexique (analyses des couples de termes à travers leurs micro-
contextes, etc.).


Le maître d'aeuvre de la présente entreprise n'est autre que Marta FATTORt, bien
connue de tous les spécialistes de BACON pour ses nombreux travaux sur le Chancelier,
parmi lesquels l'Index du Novum Organum, publié par le LIE, indispensable pour toute
recherche bawniennez. Mais une large équipe de programmateurs et de rédacteurs participe
à la réalisation du projet, et il est à noter que la plupart des membres de la rédaction ont
déjà produit d'importants travaux de lexicographie et d'histoire de la philosophie (l'équipe
de rédaction est composée de G. ADAMO, M. L. BIANCHI, E. CANONE, A. LA ?« fARRA,
A. LANDI, R. PALMA, P. PIMPINELLA, L. PROCESI, G. SPINO$A, F. TEDESCHI, G. TOGNON.
G. TOTARO, M. VENEZIANI). Marta FATTüRI a Signé l'introduction du Lexique,
extrêmement précise et précieuse, suivie d'une très compl8te notice bibliographique sur
les activités du LIE et enfin d'une liste des sources.


La première originaL'té de ce lexique est de présenter pour chaque entrée une
compilation ordonnée de citations tirées d'ouvrages philosophiques, sans donner aucune
définition terminologique ou conceptuelle. La signification émerge ainsi du contente
seul ; celui-ci est plus étendu que de coutume (une ou plusieurs phrases entières dans la
plupart des cas), pour répondre à l'exigence de la plus grande autanamie sémantique,
susceptible d'éclairer le. mieux possible le terme considéré. Les citations se suivent par
ordre chronologique de la publication des oeuvres dont elles sont tirées et, pour une même
oeuvre, par ordre de succession. IJe sorte que le lecteur peut suivre sur deux siCcles
l'évolution de chaque terme un tant soit peu usité et d'en observer les accidents
sémantiques, sans être distrait par une fausse synthèse définitionnelle. Ce choix est
justifié de manière convaincante par les promoteurs du Lessico depuis sa fondation  : « trop
souvent dans le langage philosophique appliquer une définition avec une terminologie
moderne à des mots appartenant à une autre époque et à d'autres contentes peut signifier en
modifier le sens avec la superposition d'un système sémantique récent à un système
sémantique antérieur »3 J. B. TRAP$, lors d'une rencontre su sibge du Vd'arburg Instituts
(coéditeur des ouvrages) consacrée à la parution du premier fascicule, ajoute trZs justement
que le lexique, en refusant de donner les définitions, échappe opportunément aux principes
normatifs inhérents aux pratiques étymologiques et définitionnelles des grands

1 1 ° Colloquio Internationale del Lessico Intellettuale Europeo, actes édités par Marta
FATTORI et Massimo BIANCHI, Edizioni dell'Ateneo, Rome, 1976.

2 Marta FATTORI, Lessico del Novum Organum di Froncesco Bacons, Edizioni
dell'Ateneo, Rome, 1980, 2 vol.

3 T. GREGORY, « Rapport sur les activités du Lessico Intellettuale Europeo », op. cit.,
p. 28.

181 dictionnaires modernes4. Il appartient su lecteur de traiter lui-même les matériaux
défuritionnels (directs ou indirects) d'auteurs, qui sont proposés à son attention et à sa
sagacité. II faut ajouter cependant que les références en fin de rubrique à trois dictionnaires
philosophiques des XVIIe et XVIII° siècles — Goclenius (1613 et 1615), Micraelius (1662)
et Chauvin (1713) —permettent de se reporter, au moins pour les termes les plus
importants, au matériel lexicographique de l'époque. Le texte cité est toujours tiré de la
première édition de l'ouvrage. Si ce choix formel est discutable pour certaines doutes
(celles qui, par exemple, sont considérablement corrigées ou augmentées dans les éditions
suivantes), i1 répond sans nul doute au critère philobgique et historiographique le moine
contestable. Ainsi, le lecteur peut-il également trouver rapidement l'usage gdun auteur
donné fait du terme et se reporter il l'ouvrage même, grâce à l'indication de page (la
véritable difficulté consistant ii mettre la main sur une première édition, sur son foc simile
ou sa micro-reproduction 1). Les divisions internes aux rubriques sont limitées soit à des
groupes homog8nes d'exemples, soit elles sont organisées suivant de lazges
significations (figuratives, astrologiques, anatomiques, etc.), ou bien encore selon
certains critères grammaticaux (substantif et adjectif, etc.).

Les matériaux appartiennent à une banque de données créée en 1984, mais conçue
et projetée dès 19745, rassemblant un corpus de textes composés en latin, mais aussi dans
les langues vernaculaires majeures de la culture philosophique des XVII~ et XVIIIe siècles
(allemand, anglais, français, espagnol, italien, soit un ensemble de 372 textes
fondamentaux). Comme nous l'apprend Marta FATTORI dans son introduction, la
publication de la section latine n'a commencé qu one fois achevées la constitution et
l'indexation du fonds latin dans la banque de données  :ces premiers fascicules ne sont
donc rien moins que des balbutiements appelés à d'ultérieurs compléments, mais bien
plutôt les premiers résultats d'un travail de lexicographie et de programmation achevé.

Le fonds de la banque de données de cette présente section est constitué de lemmes
et exemples conteztualisés tirés de 55 eeuvres composées par 24 auteurs différents. Soit un
total approximatif de 4000 000 occurrences pour 12 000 lemmes. Les dates limites
fixées par les promoteurs de l'entreprise sont, pour l'ensemble du lexique, 1601, année de
la première édition de la Sagesse de CHARRON, et 1804, l'année de la mort de Knrrr. Ainsi
pour le corpus latin, la première oeuvre publiée dans le temps est-elle le Sidereus nuncius
de GAI.ILÉI : (1610) et la dernière, l'ospucule de KANT  : De mundi sensibilis arque
intelligibidïs forma et principiis dissertatio (1770). Entre ces deux dates s étend toute
cette saison de la production philosophique et scientifique européenne, cil se constituent
et ramifient les voies multiples de la modernité. Et l'on ne saurait trop féliciter les éditeurs
de s'être montrés dans leur choix aussi sensibles i ! cette multiplicité, dont l'irréductibilité
fait l'inépuisable richesse. Ainsi trouve-t-0n des ouvrages majeurs de I{EPLER, GALILÉE et

NEWTON, ainsi que de BACON, DESCARTFS, $PIVOTA, LP.IBNPL et WOLFF, et encore de HOBBFS
et de GASSErm4 de GROTiUS et de P[JFPldDORF, mais aussi de CAMPAAIPI.IA et de COMENNS, de
Herbert de CHERBURY et de Henry MORE, de BAUMGARTEN et de VICO  : autant de chemins qui

se rencontrent, poursuivent, traversent et brisent, se rapprochent en asymptote et
s'éloignent, constituant un immense réseau, dynamisé par le vecteur temporel, de

4 Forum, in Nouvelles de la République des lettres, 1993-2, p. 105-119 :100.

5 Cf. art. cité.

182
rencontres et de conflits, de convergences et divergences d'une densité et d'une richesse
conceptuelle et linguistique fascinante, presque effrayante. Et chacune des 700 rubriques
envùon de ces deux premiers cahiers (que l'on songe que le second ne va pas au-delà...
d'Animositas  !) apparaît comme un fragment du réseau avec ses multiples renvois et sa
dynamique chronologique. Évidemment, il sera toujours possible de regretter quelques
absents (FL.tJDD et VA1VIIdI par exemple) et quelques pans de la culture philosophique laissés
dans la pénombre (scolastique tardive, médecine, alchimie...), mais on ne saurait pour
autant contester la pertinence des choix effectués. Les auteurs du projet se sont en tout cas
refusés à dresser un inventaire préliminaire du lexique philosophique ;seule l'étendue de la
documentation, avertit M. FATTORI (Forum  :108), est susceptible de clarifier ce qu ést ce
vocabulaire pour Ies deux siècles considérés. Évidemment le choit préliminaire de la
documentation traitée, et les choix seconds des lemmes considérés et des échantillons
contextuels retenus, détermine de facto les caractéristiques majeures et les limites
d'extension du vocabulaùe. Ce n'est pas l'un des moindres mérites du projet que de
revendiquer l'arbitraùe inévitable dans l'élaboration de toute hypothèse de recherche et à
la fois de mettre l'accent sur l'importance déterminante des apports de l'expérience,
rejoignant ainsi, dans la pratique lexicographique, l'esprit même des premiers grands
maîtres modernes de l'expérience et de la science expérimentale, auxquels vont très
explicitement les sympathies philosophiques des concepteurs.


Les matériaux proviennent principalement de fichiers sélectifs manuels, établis à

la lecture dùecte du document, mais certaines oeuvres (BACON, DFSCARTFS, BAUMGARTEN,

$PINOZA et prochainement WOLFF) sont traitées à partù d'une élaboration systématique
réalisée sur ordinateur, d'autres fichiers ont été constitués à partir des index composés par
les auteurs eut-mêmes (WOLTF). Les documents onl été insérés en diverses archives
(archive des fiches-contextes, archive des concordances, archives des index, etc.), reliées
entre elles pour constituer les matrices des rubriques. L'outil informatique, dans une
deuxième phase intermédiaùe, est alors abondamment utilisé pour le contrôle et le
rééquilibrage des données (recherches aveugles systématiques dans l'ensemble de la
banque pour chaque mot, etc.). Mais les concepteurs du LIE insistent beaucoup sur leur
souci de limiter strictement le rôle de l'ordinateur, à toutes les phases du processus, à celui
d'instrument  ; il appartient aux rédacteurs et à l'ensemble de l'équipe d'établir les choix
décisifs et défïnitifs de lemmatisation et de documentation, même lorsque l'oeuvre n'est
pas traitée par fichage manuscrit sur lecture de l'oeuvre, mais par indexation systématique.
Le travail de conceptualisation ne saurait en aucun cas revenù à la machine.


Commencer par la publication de la section latine est un pari courageux, mais en
tout cas particulièrement judicieux. Le latin reste bien sîir la langue européenne des lettrés
à l'époque considérée, le premier moyen de communication des doctes de la République des
lettres, qui informe en permanence les langues vernaculaires pour les nomenclatures
techniques de la philosophie et des sciences. Comme le dit T. GREGORY dans sa
présentation. le latin des XVII~ et XVIII° siècles est, de fait, « une langue vivante dans sa
capacité à exprimer de nouvelles expériences de vie et de pensée, non plus liée aux canons
classiques épuisés, mais adhérante à une culture en profonde transformation »6. Plus

6 (Nous traduisons).

183 encore, wmme le remarque M. FATTORI, le latin occupe, de fait, la place absente de la
langue universelle recherchée en vain par les philosophes du XVIIe siècle (Col~rnUS,
WILKINS, LEIBNIZ, etc.), et assume ainsi d'une façon implicite une partie de cette utopie
d'exactitude et d'univocité débouchant sur la concorde et l'irénisme (Forum  :107). Qû il
nous soit permis d'ajouter que le présent lexique montre du même coup que le latin, comme
langue internationale, transconfessionnelle et transdisciplinaire —pour employer le
vocabulaire il la mode de la transversalité —est aussi la langue oil s'éprouve d'abord ce
double échec scientifique et politique de l'universalité linguistique, su profit de
l'extraordinaire essor, pluriel et conflictuel, des formes nouvelles de scientificité et de
questionnement philosophique.


Nous ne soulignerons en tout cas jamais suffisamment l'importance et la richesse
des enjeux de l'entreprise globale du I.essico Intellettuale Europeo, tels que M. FATTORI les
signale dans la présentation du premier fascicule au Warburg Institute (Forum  :106)
offrir un matériel permettant de dégager les nouvelles significations des termes anciens,
la formation d'un langage nouveau dans le constant échange entre le latin et les langues
vernaculaires, saisir dans ces processus les élans novateurs et créateurs, tout au long de
ces deux siècles, oil s'invente sans nul doute possible la modernité à laquelle nous
appartenons. Tel est d'ailleurs le premier résultat massif du Lexique  ; la confirmation de
l'hypothèse de départ de l'équipe de recherche, suivant laquelle se constitue effectivement
dans la période considérée un nouveau vocabulaire philosophique en connexion avec les
nouvelles sciences et les nouveaux courants de pensée (cf. M. FATTORI, Introduction,
p. XV).


C'est en effet ce que peut vérifier le lecteur des premiers fascicules, et ceci pour tous
les domaines pris en compte  :mathématique (cf. par ex. l'anaclastica de DESCARTES,

l'usage d'aequalitas, aequalis chez GALILÉE, KEPLER, HOBBES, DESCARTES, LEIBNIZ et

NEWTON, algebra, analysis, angulus, etc.), physique (aether, amplitudo, animal-
animalis), morale (admiratio. ambitio, amicitia, amor), droit (alieno, alter), politique
(anarchia), logique (affcrmatio), rhétorique (anaphora), métaphysique (abstractio-
abstractus-abstraho ;anima), etc. Particulièrement intéressante apparaît pour l'historien
des idées la documentation concernant les termes qui, sans être véritablement
polysémiques, investissent plusieurs champs du savoir. L'entrée actio, par exemple, est
l'occasion d'une traversée, et surtout d'une mise en perspective historique de l'évolution
des conceptions de l'action dans des domaines aussi divers que la théologie, la
métaphysique, la physique, la morale, la politique, l'esthétique, jusqu'aux sens
proprement techniques assumés par le terme, en droit et dans le vocabulaire de la
dramaturgie, sens auxquels sont réservées des divisions spéciales. L'évolution générale se
dessine alors tr8s nettement, depuis l'animisme néoplatonicien d'un KEPLER ou d'un
CAMPANELLA, jusqû à la physique et la métaphysique de LEIBNIZ, de WOLFF et du premier
KANT, en passant par le tournant décisif opéré par le dualisme cartésien et poursuivi dans
sa postérité immédiate. Chaque tenue un tant soit peu récurrent chez les auteurs traités est
ainsi l'occasion d'un véritable itinéraire dans l'histoire des concepts, plus ou moins long
(1 colonne pour alchymista, 55 colonnes pour anima), plus ou moins linéaire ou
tortueux ; chacune de ces sections temporelles faisant le plus souvent apparaître
l'éclatant renouvellement sémantique, avec ses continuités, mais aussi ses ruptures

184
radicales, et ses apparents retours en arrière qui, de fait, ne sont jamais que des moyens de
penser le concept it nouveaux frais. Mais c'est alors aussi bien l'ensemble de la tradition
latine et grecque latinisée qui se trouve convoquée explicitement ou non ; la tradition
contre laquelle, à travers laquelle et avec laquelle s'effectuent ces transformations
constantes, et sans laquelle, aujourd'hui comme hier, rien ne serait possible en
philosophie. Pour s'en convaincre, il suffit de parcourir pat exemple les 6 colonnes
d'analogia, ot~ apparaissent les divers modes par lesquelles l'analogie, loin de disparaître
avec l'analogia ends médiévale, passe il la modernité  ; tour à tour analogia geometrica
réglant l'harmonie universelle keplérienne  ; analogia hominis comme statut du
tétnoignage des sens dans le Novum organum ; analogiu interna (quse ad nos spectat)
occupant une place centrale dans la doctrine de la connaissance de HaxsEttT ; analogia ad
extensionem corporis jggurati des Regulae cartésiennes ; analogia, comme proportio
geometrica, vol arithmetica chez MORE ;vis analogiae, comme force même du
ratiocinium, par lequel l'inconnu est ramené au connu chez GENOVESI, etc. Ou bien encore,
vaudrait-il la peine de s'arrêter sur l'imposante entrée anime, oh se joue tout un épisode
décisif de la métaphysique et de la physique occidentale, et od bien sûr tous les auteurs
retenus sont convoqués. 11 est surtout frappant de constater l'extrême souci avec lequel
chacun d'entre eux, dans ses propres approches du problème de l'âme, se situe dans une
relation critique extrêmement serrée, non seulement avec les grands anciens, mais aussi et
surtout avec les modernes et les contemporains, de sorte qti alors le « réseau anima »,
constitué de fait par le lexique, se redouble en quelque sorte en son sein même par le
système interne de références des auteurs les uns aux autres et s'étend de manière
vertigineuse, non seulement en arrière, mais d'abord autour de lui-même, dans l'épaisseur
de la culture philosophique et scientifique des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, excédant
ainsi de très loin les limites imparties par le choix des ouvrages retenus pour constituer la


banque de donnée.

 cela, il faut ajouter que les parcours les plus longs et sans doute les plus riches
d'enseignement et de surprises sont encore ï1 venir, si l'ou songe qti aucun des 10 termes
dont la fréquence est la plus importante dans l'archive n'appazaît encore dans ces deux
premiers fascicules  :res, natura, ratio, corpus, deus, mens, homo, idea, ens, vis
(ef. cependant les actes publiés des colloques du LIE consacrés aux termes res, idea et
ratio).

Répétons-le, ce wmmencement montre suffisamment que l'équipe de recherche
romaine a tenu son pari intellectuel et se montre à la hauteur de sa grande ambition
constituer un outil lexicographique européen, répondant aux voeux de L$oPARnI, qui,
comme se plaît à le citer M. FAITORI, appelait à la réalisation d'« une saure digne de ce
siècle, et de la plus grande utilité pour les langues non moins que pour la philosophie »  :
« un Vocabulaire universel Européen qui comprendrait ces mots signifiant précisément une
idée claire, subtile et précise, qui sont communs à toutes ou à la plus grande part des
langues modernes de culture. » ~


Jean-Pierre CAVAILLÉ

7 Mélanges, 1821 (nous traduisons).

185 Manuel ALVAR EZQUERRA, Lexicograffa descriptiva, Barcelone,
Bibliograt, 1993, 379 p.

 plusieurs occasions, le professeur ALVAR EZQUERRA a déjà attiré notre attention
sur les lacunes de la lexicographie théorique et descriptive de l'espagnol, et notamment
sur la maigre bibliographie métalezicographique qui contraste avec le nombre
relativement élevé de dictionnaires consacrés à cette langue. Un coup d'oeil sur le passé
proche ne peut que nous plonger dans le pessimisme, ne serait-ce q~ en constatant, par
exemple, la pauvreté de la production de la première moitié du siècle. Si l'on s'en tient aux
manuels, elle se réduit presque aux trois ouvrages de Julio GABARES parus en 1921. 1944
et 19501. Et il aura fallu attendre plus de 20 ans après ce dernier titre pour assister à un
nouveau départ des études de théorie lexicographique dans le domaine espagnol,

notamment sous la plume de FERNANDEZ-SEVILLA, PORTO DAPENA, SECOZ et ALVAR

EZQUERRA. C'est même à ce dernier que l'on doit le plus grand nombre de contributions
dans cette spécialité. Deux de ses manuels, déjà devenus classiques, le Proyecto de
lexicograffa espanola, Bazcelone, 1976, et Lexieologfa y Lexicograffa, Gufa
bibliographica, Salamanque, 1983, ont ouvert en Espagne de nouvelles perspectives à la
recherche métalezicographique. Les importants relevés bibliographiques figurant dans
ces ouvrages ont richement documenté de nombreux travaux entrepris après leur pazution.
Mais malgré cela, la situation est loin d'être satisfaisante et nous ne devons pas crier
victoùe, surtout si nous comparons, sur le plan quantitatif en pazticulier, la réalité de la
métalezicographie de l'espagnol avec celle d'autres langues voisines.

Heureusement, la vocation scientifique de quelques chercheurs est assez forte pour
qu ils s'évertuent, en dépit d'une situation décourageante à bien des égards, à mettre notre
lexicographie au niveau élevé qui doit être le sien. Non seulement du fait de l'importance
démographique de l'espagnol, mais aussi afin de respecter et de valoriser une tradition
vénérable qui fait honneur à tous.

Lexicograffa descriptiva est un excellent témoignage de l'important travail qui a
été réalisé au cours de ces dernières années par un des lexiwgraphes espagnols les plus
éminents. Il s'agit de la reprise de 23 études déjà publiées ayant entre elles des rapports
étroits et dont l'objectif commun est, ainsi que l'indique l'Avant-propos « de faùe
connaître l'état de notre lexicographie /espagnole{, tant théorique que pratique, afin de
pouvoù plus tard, en disposant de plus de données et de loisir, établù une théorie de la
lexicographie ». Dans ces mêmes propos liminaires, Manuel ALVAR EZQUERRA annonce le
contenu du volume et de ses propres intentions

1. établù un modèle d'analyse qui permettra, dans le futur, de faùe I~istoùe des
dictionnaires et de la lexicographie espagnole,

1 Nuevo concepto de ! diccionario de la lengua, Madrid, 1921, rééd. 1941 ; El idioma
como instrumento y e ! diccionario como sfmbolo, Madrid, 1944 ; Introducci6n a la
lexicogr~gfa moderna, Madrid, 1950, réimpr. 1969.

2 En particulier  : de FERNANDEZ-$EVtLLA, Problemas de lexicograffa actual, Bogota,
1974 ; de PORTO DAPENA. Elementos de lexicograffa  : et Diccionario de construccidn
y régimes de R. 1. Cuervo, Bogota, 1980 ; de Manuel $EGO, Estudios de lexicograffa
espanola, Madrid, 1987.

186 2. tenter de faire une histoire interne du dictionnaire de la Real Academia,

3. analyser, isolément ou par groupes, divers types de dictionnaires de l'espagnol
remarquables, et

4, extraire de l'examen interne des dictionnaires des données relatives aux
concepts lexicographiques, grammaticaux, idéologiques, sociaux, etc.

L'auteur nous avertit qti il ne s'agit pas « d'une introduction à la lexicographie, ni
d`un manuel, ni de quelque chose de semblable » (p. 10). Et pourtant, bien qG il ait
l'apparence d'un simple regroupement de travaux dispersés, cet ouvrage est l'un des
meilleurs traités de lexicographie de l'espagnol dans lequel les principaux probl8mes de
cette discipline sont abordés it partir de l'analyse rigoureuse des auvres les plus
représentatives de la tradition dictionnairique espagnole.

La matière sur laquelle est fondé l'ouvrage peut être redistribuée en quatre
sections

1. le passé, présent et futur de la lexicographie espagnole et internationale
(chap. 1 à 3),

2. le dictionnaire, microstructure et microstructure (chap. 4 à 8 et 21 à 23),

3. le dictionnaire et ses usagers (chap. 9 iï 12),

4. le dictionnaire de la Real Academia Espanola et autres dictionnaires (chap. 13 à
20).

La première section offre une vue générale, mais qui ne manque pas de profondeur,
sur la situation de la lexicographie —pratique et théorie —, en faisant le point sur les
apports étrangers et en portant une attention particulière au domaine espagnol (chap. 1 et
2). Le chap. 3 laisse percevoir l'avenir éblouissant de la lexicographie lorsqu'elle aura
atteint le niveau de discipline linguistique et qu'eIle pourra compter sur l'aide des
nouvelles technologies.

La seconde forme le noyau principal de l'ouvrage. Le chap. 4  : « Qu ést-ce qû un
dictionnaire  ? » présente, au fil des définitions didactiques, la meilieure mise au point
terminologique dont nous disposons ainsi qti une typologie éclairante des diverses
classes de dictionnaires. Le chap. 5 analyse les caractéristiques internes, micro et
microstructurales, des dictionnaires, et l'organisation des entrées est traitée dans le
chap. 6. Le î°, « Dictionnaire et grammaire », est une des études les plus compl8tes
consacrées ii ce sujet fort complexe. C'est avec la même rigueur qu'est conduit, dans le
chap. 8, un minutieux examen des répertoires bilingues. Enfm les problbmes relatifs il la
réception des unités portant des marques diatopiques (régionalismes et américanismes)
sont traités su long des chap. 21, 22 et 23.

Sous l'intitulé « Dictionnaire et usagers », j'ai regroupé les chap : 9 ii 12. Dans les
chap. 9 et 10, ALVAR EZQUERRA met en évidence Pes caract8res didactiques des
dictionnaires et leur rôle central dans l'enseignement de la langue. Ces travaux ont déjà eu
des suites importantes, car ils ont stimulé plusieurs chercheurs et servi de point de départ
pour de nouvelles recherches lexicographiques qui ont contribué i1 améliorer les
dictionnaires destinés aux étudiants. D'autres interrelations entre dictionnaires et usagers
sont analysées ensuite (chap. 11 et 12), de même que sont traitées des questions
fondamentales telles que par ex. « Dictionnaire et idéologie ».

187 La quatrième regroupe ce que j ai intitulé « Le Dictionnaire de la Real Academia et
autres dictionnaires » et occupe les chapitres 13 ii 20. Les deux premiers (13 et 14) sont
consacrés it l'analyse de l'évolution du dictionnaire académique, à laquelle on a accordé
l'espace qu'elle mérite, compte tenu de l'importance sociale et du rôle de référence
incontournable que ce répertoire joue depuis plusieurs siècles dans la lexicographie
espagnole. Le chap. 15 montre l'importance du dictionnaire de Z~ttREROS3, trop rarement
étudié en dépit de son extraordinaire intérêt. Les dictionnaires techniques sont examinés
dans le chap. 16 à travers l'étude du traitement lexicographique des termes de
construction ; les nomenclatures sont traitées dans le chap. 17, et les dictionnaires
idéologiques de l'espagnol dans le chap. 18. Enfin les deux derniers chapitres (19 et 20)
abordent différents aspects de quelques grands dictionnaires actuels de l'espagnol, et en
particulier du Diccionario General llustrado de la Lengua Espatiola, Bazcelone, 1987, dont
la révision et mise à jour qui présentaient nombre de difficultés ont été conduites avec
succës paz ALVAR EzQUERR,~. La nouvelle édition qti il a donnée prouve qu'intuition et
savoir-faire ne suffisent plus pour réussir un bon répertoire et qu'une solide formation
spécialisée est aujourd7mi indispensable. Faute de connaissances suffisantes, il est très
difficile de résoudre les problèmes que pose la pratique lexicographique, et surtout d'y
parvenir avec la rigueur et le sérieux qu ézigent les développements actuels de cette

discipline.

Ainsi que j'ai essayé de le montrer, Lexicografia descriptiva n'est pas une simple
accumulation d'articles mis bout 3 bout, mais un tout judicïeusement organisé et
hazmonisé. L'auteur lui-même y a contribué en révisant soigneusement tous les textes, en
les actualisant et en éliminant les répétitions inutiles.

La richesse de la documentation réunie dans ce volume est exceptionnelle. Près de
500 titres d'ouvrages et d'articles, auxquels s'ajoutent plus de 200 répertoires
lexicographiques, représentent les sources et autorités citées dans les études reprises ici.
Si l'on ajoute à ceci le soutien de l'expérience acquise par le Professeur ALVAR EzQLZRen
dans le travail lexicographique concret, il n'est pas difficile de conclure, qu'en effet,
Lexicografla descriptiva n ést, comme ïe déclare l'auteur, ni une introduction à la
lexicographie, ni un manuel, ni quelque chose de ressemblant, parce que c ést quelque
chose en plus. C'est le ûuit de nombreuses années entièrement consacrées à la pratique de
cette spécialité et à de profondes analyses critiques de notre tradition lexicographique.
Les résultats de ces efforts sont réunis dans ce volume qui représente ainsi à lui seul une
grande partie de la métalexiwgraphie espagnole d'aujourd'hui. Il fournit aussi une
excellente preuve que, grâce à l'énergie, à la compétence et à l'efficacité remarquables d'un
véritable spécialiste, la lexicographie espagnole se situe toujours, en qualité, à défaut de
l'être en quantité, à la hauteur des besoins.

Humberto i~RNt~NDEZ
Universidad de La Laguna

3 Esteban TBRREROS y PaxDO, Diccionario castellano con las votes de ciencias y orles,
4 vol., Madrid, 1786-1793, réimpr., Madrid, 1987.

188 Henning BERGENHOLZ, Sven TARP, Manual f jagleksikograji
Udarbejdelse aj jagordb/ger problemtr og 1/sningforslag [Manuel
de lexicographie de spécialité ; élaboration de dictionnaires
techniques - problèmes et solutions suggérées], Forlaget Systime
a/s, Herning, 320 p. 1SBN 87-7783-453-4

En 1991, un groupe de linguistes danois, réuni en congrès à Sandbjerg, a lancé un
ambitieux programme de recherche sur la traduction de textes de spécialitél. Un des
résultats concrets de cette initiative est le présent manuel, it notre connaissance, le
premier en son genre. Comme le font remarquer les auteurs, l'essor des études de la
Iexicographie de la langue générale, avec ses colloques, ses formations, ses diplômes,
ses revues, son encyclopédie... n'a pas encore trouvé d'écho dans le secteur des
dictionnaires techniques. Ils saisissent donc l'occasion de présenter une vue d'ensemble
de la discipline tant qu ôn peut encore le faire.

Dans ce livre conçu it la fois comme manuel et ..omme ouvrage de référence, les
auteurs suggèrent des parcours de lectures possibles, adaptés à différents types de besoins.
Il ne suppose aucune connaissance préalable ni en linguistique ni en lexicographie, et en
bons praticiens, les auteurs présentent et définissent quelque 300 termes spécialisés dans
le coeur de l'ouvrage, sans oublier un index qui permet une consultation sélective en
ouvrage de référence. L'approche est à la fois graduelle et pragmatique, et convient
parfaitement à celui qui s'attaque à la rédaction de son premier dictionnaire spécialisé,
même si, inévitablement, de nombreux points restent à développer. C'est que cette
discipline est jeune.



Problèmes fondamentaux de la lexicographie de spécialité


Le chapitre qui expose la problématique de cette nouvelle sous-discipline
commence par esquisser les principes de base de la lexicographie en général (lemme,
équivalent, macrostucture, microstructure, renvois, etc.) puis situe le problème de la
langue de spécialité et les différentes façons de l'appréhender. Les auteurs n éxpliquent pas
en revanche si la conception que I'on fait de la tangue de spécialité et sa relation avec la
langue dite générale influe sur la réalisation d'un dictionnaire technique. Ils analysent en
revanche' Ies fonctions du dictionnaire technique, posant comme variables la langue
maternelle de l'utilisateur, son degré de connaissances du sujet et le cas échéant d'une
seconde langue, ses visées en matière de réception et de production, le tout synthétisé
dans des tableaux indiquant le genre d'information que le dictionnaire doit fournir. C'est
ici qu'intervient la distinction capitale entre Ies domaines de spécialité indépendants
d'une culture (chimie, mécanique...) et ceux qui sont déterminés culturellement (droit,

1 JAKOBSEN, Arnt Lykke (ed.), Oversættelse af fagsproglige tekster, Indlæg fra
Sandbjergkonferencen, ARK 65, avril 1992, Det erhvervssproglige Fakultet,
Handelsh0jskolen i Kabenhavn, 286 p. ISSN 0106-441X ;compte rendu dans La
Banque des mots, numéro spécial CTN 1992.

189 administration...), car les équivalences dans le cas des dictionnaùes bilingues sont
d'ordre tout it fait différent. Cette distinction sera développée dans le reste de l'ouvrage,
même si l'on peut envisager des catégories intermédiaires (par exemple l'économie
politique, en partie internationale, en partie déterminée psr les communautés nationales).
Cet examen systématique fait ressortù le fait que la plupart des dictionnaires techniques
négligent certains besoins potentiels de certaines catégories d'utilisateurs, linguistiques
surtout. Rares sont les dictionnaùea bilingues, par exemple, qui expliquent en langue
maternelle, et qui fournissent des éléments d'encodage linguistique dans la langue
éttangbre. C'est le cas cependant dans quelques dictionnaires scandinaves, comme un
dictionnaire anglais-danois de génie génétique, un exemple it suivre ailleurs. Les auteurs
proposent une typologie de dictionnaires de spécialité, selon le type d'information
linguistique et extralinguistique qti ils comportent, appelant, assez curieusement du point
de vue francophone, encyclopédiques les dictionnaùes qui réunissent les informations des
deux types. La typologie de la métalexicographie comporterait trois catégories

recherche des besoins des utilisateurs, critiques de dictionnaùes, recherche systématique
de dictionnaires et élaboration de théories nouvelles ou améliorées susceptibles de
concourir à l'élaboration d'autres dictionnaires, ce qui est l'ambition de cet ouvrage.

Bien que limité aux dictionnaires sur support papier, ]e manuel consacre une place
importante n l'informatisation, notamment en matière de construction et d'exploitation
de corpus lisibles machine, ainsi que de rédaction des articles. Il fournit des explications
sur la façon de rédiger en précisant une définition de type de document selon la nonme
SGML, mais ne fait référence ni à la norme TEI (Text encodveg initiative) ni aux travaux
du Network for European Reference Corpora (NERC, poursuivie par l'Association
PAROLE), ni aux normes d'échanges de terminologie, TIF en particulier.

Problèmes spécifiques et catégories de dictionnaires

Les probl8mes spécifiques posés par les grandes catégories de dictionnaires de
spécialité font l'objet d'un examen particulier  :dictionnaires monolingues, faux-
bilingues, réellement bilingues ; on veille it la pondération des informations de différents
types, selon les langues employées. La question clé pour Is lexicographie bilingue, celle
de ia directivité (le dictionnaire est-il conçu pour la réception ou pour la production dans
la langue 2  ?), est abordée ïci dans la perspective des langues de spécialité ; on souligne le
caractère spécifique de ces deux démarches, surtout dans les domaines déterminés
culturellement. C'est ainsi qû un dictionnaire plurilingue danois de droit signale à juste
titre que l'usage doit impérativement se limiter it la compréhension de tettes juridiques
rédigés dans les langues du dictionnaire, mais en aucun cas i1 ht rédaction de textes dans  !es
mêmes langues. Une typologie des dictionnaùes plurilingues est esquissée i1 partir du
nombre d'appariements de langues et de directions d'emploi possible. Les auteurs
considèrent que les "petites" langues auraient peut-être intérêt à développer des
dictionnaùes oh l'anglais servirait de langue pivot et od les équivalents seraient indiqués
dans les autres langues.

La question du degré de spécialisation du dictionnaire, et du nombre de domaines
ou de sous-domaines qu'il peut couvrir est évôquée mais n'est guère résolue dans les deux

190 pages qui lui sont consacrées; compte tenu sans doute de la difficulté préalable de
déterminer ce qui constitue un domaine. On aurait pu mentionner la fiabilité
exceptionnelle de certains dictionnaires couvrant des micro-domaines, rarement atteinte
dans les ouvrages moins pointus, pour des raisons de cohérence et d'exhaustivité.

Le.s dictionnaires des domaines déterminés culturellement et leurs problèmes font
l'objet d'une discussion plus approfondie, et les différentes solutions pour les questions
épineuses des équivalences sont examinées. Les domaines de prédilection sont bien s3r le
droit, et l'économie pour la catégorie intermédiaire. Un des auteurs est hispaniste et on
relève quantité d'exemples de dictionnaires économiques espagnols. IIs ont le mérite de
mettre en lumi8re les caractéristiques d'une sous-catégorie particulièrement
problématique  : le dictionnaire de correspondance commerciale. Parmi les problèmes
spécifiques ii ce type de dictionnaire on signale des particularités en matière de
lemmatisation, du fait de la place prépondérante que prennent la phraséologie et la
pragmatique, dont les formules de politesse, elles aussi très liées aux communautés
linguistiques. (re type de dictionnaire éclectique, qui ne jouit pas d'une réputation très
reluisante, mériterait d'être pris au sérieux, moyennant un certain nombre de convections.

D°autres types de dictionnaires sont également envisagés  :dictionnaires des
sciences et technïques, dictionnaires d'entreprises, ceux-ci axés sur la production de la
firme. Ici les auteurs donnent des conseils afin que le concepteur se renseigne
correctement sur les besoins des utilisateurs potentiels (besoins qui ne se limitent pas à la
traduction) et le moyen de les satisfaire. La politique linguistique de l'entreprise
déterminera en outre la répartition et l'appariement des langues, l'anglais servant le plus
souvent de langue pivot, mais ls langue du pays d'origine occupe en principe une place
privilégiée.

Travail préliminaire

Par o~l commence la rédaction d'un dictionnaire technique  ? Le manuel compte
quatre phases oblïgatoires déterminer les besoins des utilisateurs, établir la
structuration du domaine concerné afin de déterminer les critères d'inclusion et
d`exclusion, constituer le corpus, écrire la structure des différentes parties du dictionnave.
Quatre méthodes sont décrites pour connaître Ies besoins  : le questionnaire, l'entretien, le
carnet de bord et le test. On met en garde contre les écueils de la construction du
questionnaire, surtout lorsque les questions sont posées de façon trop ouverte, et contre
les extrapolations hâtives lors du dépouillement. La technique du carnet de bord paraît
particuli8rement fructueuse, même si elle est lourde à réaliser  : on demande à des
traducteurs de tenir un carnet de bord o~l ils consignent non seulement toutes les
recherches qû ils font dans le ou Les dictionnaires, mais aussi Leurs hypothèses et leurs
idées sur la question.

La structuration du domaine i1 traiter permet de délimiter l'étendue de la
nomenclature. Les auteurs suggèrent une structuration à trois niveaux  : le premier serait
une structuration externe, qui permet d'éliminer le matériel qui n'appartient pas su
domaine, la structuration interne, qui vise il systématiser les grands chapitres du domaine

191 et la structuration des termes, qui représente le niveau le plus fin. Pour le niveau
intermédiaire, une structuration hiérarchique est préconisée lorsqu élle est possible (les
domaines de type administratif s'y prêtent assez peu), selon un seul critère de
discrimination, même lorsque plusieurs seraient possibles. Pour le niveau le plus fin,
l'exploitation des relations de type partie/tout fait l'objet d'un développement particulier,
peut-être i1 cause de l'exemple retenu, un dictionnaire (qui existe réellement) des pompes.

Le matériel qui constitue le corpus du dictionnaire représente souvent le point
faible de très nombreux dictionnaires techniques, qui sont trop souvent tributaires de
l'introspection du lexicographe, rarement aussi compétent dans les domaines de
spécialité et des langues. L'importance des corpus informatisés est mise en avant, même
si les problèmes juridiques (droit d'auteur) qui y sont associés sont bin d'être résolus.

Critères de sélection

Les méthodes qui président ït la rédaction sont complexes, et font l'objet des cha-
pitres 6 à 11. On sait que les maisons d'édition, même en Scandinavie, ont la facheuse
tendance il surestimer le nombre de mots que contient un dictionnaire ;même s'il est
possible de faire appel it plusieurs crit8res pour arriver à an chiffre, i1 est important, aux
yeux des auteurs, de bien préciser combien de termes contient l'ouvrage et comment ils
ont été sélectionnés. L'intuition et la compétence de l'auteur du dictionnaire ne suffisent
plus de nos jours. C'est pourquoi on explique comment se servir d'un corpus de textes du
domaine, qui, passé au crible par les logiciels appropriés, donne une idée plus précise de
la réalité linguistique. Cette première démarche ne dispense pas le lexicographe de
procéder à une structuration terminologique du domaine, ni de déterminer, selon le type
d'usage qu il envisage, et les moyens dont il dispose, s'il convient d'adopter une politique
minimaliste, o~ seuls les termes relevant strictement du domaine seraient repris, ou
maximaliste, otl l'on retiendrait également tous les mots et expressions figurant dans
les textes de sa spécialité. L'approche minimaliste convient à un dictionnaire de
décodage, mais un dictionnaire d'encodage nécessiterait une politique d'inclusion plus
lazge. La sélection des équivalents, dans le cas de dictionnaires bilingues ou pltu-ilingues,
peut être particulièrement difficile, parce que souvent le lexicographe-traducteur prend
comme point de départ son fichier de difficultés de traduction, c ést-it-dire précisément les
cas atypiques, lorsqu'il convient de systématiser. Les auteurs proposent non moins de
cinq démarches différentes qui permettent de mettre à jour les équivalences, dont les
corpus parallèles qui promettent le plus. Le cas des langues déterminées culturellement est
encore plus difficile, car on se heurte aux problèmes de degré d'équivalence.

Informations linguistiques

Les informations grammaticales figurent rarement en bonne place dans les
dictionnaires techniques, et ce genre de lacune peut compromeüre leur efficacité lorsqu on
les utilise comme aide à l'encodage, surtout dans une langue étrangère  :les auteurs
recommandent plus d'information de ce type, surtout lorsque la grammaire de la langue de
spécialité diverge de celle de la langue générale. La prononciation devrait également

192 figurer dans certaines langues (par exemple l'accentuation de l'anglais médical). Si la
grammaire des langues de spécialité peut souvent s'inférer à partir de la langue générale,
les collocations des spécialités divergent généralement de façon spectaculaire, et on
apprend i1 repérer celles qui relèvent du langage en particulier. On peut regretter que les
auteurs meüent dans le même sac des termes complexes et les collocations, mais cette
approche est symptomatique de la démarche des dictionnaires techniques classiques. La
sélection des collocations dans les dictionnaires bilingues fait l'objet d'un
développement particulier. Les synonymes et les antonymes sont souvent signalés de
façon peu systématique dans les dictionnaires de spécialité  :tantôt par des renvois, tantôt
par des remarques plus ou moins explicites. L'antonymie recouvre en outre plusieurs
relations différentes, comme la réciprocité, la complémentarité, l'opposition relative. Il
est particulièrement important de bien préciser ces relations en particulier dans les
vocabulaires déterminés culturellement, ii la fois dans une langue et entre deux langues.
Les marques linguistiques, bien connues des dictionnaires de langues, devraient
également figurer dans davantage de dictionnaires techniques, surtout les indications de
localisation géographique, de fréquence et de niveau de langue. Les exemples inclus dans
les dictionnaires peuvent être de différents ordres  :exemples grammaticaux, illustrant la
morphologie, exemples collocationnels, exemples de traductions. On compte aussi les
exemples fournis comme attestations (complotes au tronquées) ou comme indication
d'emploi, où les aspects pragmatiques ou encyclopédiques revêtent une importance
certaine.


Renseignements encyclopédiques

Dans la tradition de la terminologie francophone, on fait une distinction nette
entre la définition, qui permet de distinguer la notion en question par rapport aux autres
notions qui se situent su même niveau d'abstraction, et les informations encyclopédiques,
qui contiennent des informations factuelles complémentaires. Rien de tel dans ce manuel  :
les deux champs sont réunis sous le titre d'informations spécialisées, ce qui n'est pas
étonnant lorsqû on songe que plusieurs dictionnaires danois unilingues de la langue
générale (Nudansk Ordbog, par exemple) ne comportent pas de définitions systématiques.
Dans cet important chapitre, on ne fait donc pas la différence entre les informations qui
sont strictement définitoires et celles qui sont complémentaires. C'est ainsi que les
auteurs critiquent comme ennuyeuses et peu variées les définitions sytématiques de
certains dictionnaires. On ne cite donc pas les recommandations de l'ISO (ISO 1970) en
matière de rédaction de définition. Comme quoi la lexicographie est aussi un domaine
déterminé culturellement. Ce chapitre contient des informations utiles sur les marques de
domaines dans les dictionnaires techniques couvrant plusieurs secteurs, et on examine le
rôle de l'introduction technique qui présente la matière ou la discipline, souvent négligée,
dont les informations peuvent être reprises dans le corps du dictionnaire. L'importance de
l'illustration dans les dictionnaires techniques, en revanche, est généralement reconnue, ïl
la fois sous la forme de schémas et de représentations de la réalité.

193 Les parties constitutives du dictionnaire

On peut considérer que les différentes parties constitutives du dictionnaire de
spécialité représentent en quelque sorte les chapitres de l'ouvrage. On propose les têtes de .
chapitres suivants, toutes amplement commentées

- table des mati8res

- préface(s)  :critères de sélection, les utilisations prévues du dictionnaire, public
ciblé...

- introduction métalexicographique (avec, le cas échéant, une bibliographie)
informations complémentaùes, oil l'auteur fait une profession de foi, mise au
point théorique

- mode d'emploi  :comment se servù du dictionnaire. explication des abréviations.
des symboles, o~l trouver tel type de renseignement, emploi d'illustrations
schématiques de la structure du dictionnaùe et de son exploitation

- introduction à la spécialité du dictionnaire  : le type de présentation du domaine
dépend de l'orientation, maximaliste ou minimaliste de la nomenclature

- grammaire du dictionnaire  :l'explication des options et des marques
grammaticales du livre

- listes de mots (nomenclature)

- nomenclature principale

- nomenclature complémentaùe

- index -indispensable lorsque l'ordre des entrées n'est pas alphabétique  ;index
permutés, index de noms propres...

- appendices illustrations, bibliographie, documents, exemples, tables de

mesures ou de conversion, INCOterms, etc.


- notice informative. Ce dernier chapitre représente une innovation de  !a part des
auteurs, qui souhaitent que les dictionnaùes soient accompagnés d'une brève
présentation précisant ce que le dictionnaire contient, à qui il s'adresse et l'usage
que l'on peut en faire raisonnablement.


La structure du dictionnaire

Ceci est le plus gros chapitre du livre ;les auteurs distinguent plusieurs structures
simultanément présentes dans un dictionnaire

- structure de la répartition des informations linguistiques et non linguistiques
- macrostructure

- microstructure

- structure des parties constitutives du dictionnaùe

- structure des renvois, implicites et explicites

- structure d'accès aux informations

194 RBpartition des tnforneations

Dans la mesure où toutes les informations linguistiques se trouvent à l'intérieur du
dictionnaire (car on peut aussi faire des renvois it d'autres ouvrages), on prévoit trois
types de localisation  :dans les articles du dictionnaire, dans des articles récapitulatifs, ou
encore dans une partie indépendante, soit une introduction au domaine, soit des
explications sur la présentation du matériel linguistique. On examine les liens entre les
informations réparties dans les différents endroits ainsi que la question de leur
pondération, et on rappelle qu'il convient de soigner le système des renvois d'autant
mieux que ces informations sont dispersées dans le dictionnaire.

Microstructure

Encore plus que pour les dictionnaves de langue, on peut poser la question
d'ordonner les entrées par ordre systématique plutôt que par ordre alphabétique. Si l'on
opte pour celui-ci, il reste i1 déterminer quel ordre alphabétique  : la place des signes,
symboles et autres cazactères spéciaux très fréquents dans les langues de spécialité posent
des problèmes spécifiques, tout comme le statut du blanc. D'un point de vue plus
notionnel, il convient également de déterminer si les dérivés ou les composés doivent
figurer sous une même vedette, ou si l'on doit préférer un ordre alphabétique strict.


La présentation systématique comporte des avantages aussi bien que des
inconvénients, qui sont examinés ici. L'informatique neutralise un bon nombre de
problèmes, mais on ne doit pas oubliez que si celle-ci restaure très facilement l'ordre
alphabétique, elle ne saurait imposer une structuration wnceptuelle que l'auteur aurait
omis de préciser. Il est par ailleurs évident quo plusieurs types de présentations
systématiques sont possibles, dans une organisation strictement hiérarchique ou non, et
même il l'intérieur d'une structure graphique ou d'un schéma, on peut opter pour plusieurs
représentations sur le papier torsgn'il s'agit de présenter les articles. Les
recommandations de l'ISO sont bien signalées ici pour la construction de dictionnaires
thématiques. On indique l'intérêt pédagogique de ce type de présentation pour toutes
sortes d'usages, qui s'est imposée surtout dans les sciences naturelles, mais aussi en
médecine et dans les technologies, et, comme le font remarquer les auteurs, une seule
recherche dans un dictionnaire de ce type peut résoudre plusieurs problèmes de traduction i3
la fois.

Microstructure

Depuis l'avènement de la micro-informatique, on parle des champs de l'article de
dictionnaire, y compris pour le support papier. Dans cette section, on met en forme les
informations décrites dans les chapitres  ? et 8. Les champs linguistiques précèdent
normalement les champs notionnels, et on rewmmande des précisions syntaxiques;
celles-ci sont plus complexes dans les dictionnaires bilingues, et on propose plusieurs
formes de présentation de collocations avec leurs équivalents. L'indication de synonymes
et d'antonymes peut varier également selon le nombre de langues que comporte le
dictionnaire. La présentation des équivalents dans le cas des dictionnaires bilingues
dépend de plusieurs variables, dont ia monosémie ou la polysémie du terme, ce dernier cas

195 étant susceptible de différents types de solution. Les marques d'usage et de domaine, les
codes de renvois, la présentation des contentes et des collocations sont également
examinés.

Partits constttrttvts

Si le chapitre précédent indique les parties constitutives d'un dictionnaire, cette
section explique comment les structurer.

Rtnvois

On peut infléchir le système d'accPs aux informations du dictionnaire grâce au
système de renvois  :c'est ainsi qu'un dictionnaire alphabétique peut fournir des
indications systématiques en multipliant les références croisées. Les renvois peuvent être
implicites (c ést le cas surtout pour les informations linguistiques) ou explicites, et on
signale des informations complémentaires grâce à des notes, codées ou non, ou des
signes typographiques, dont le gras, souvent utilisé notamment pour les mots de la
définition qui font eux-mêmes l'objet d'une définition dans l'ouvrage. On présente les
différents types de renvois explicites (voir, voir aussi, cf., etc.), mots ou symboles, et on
signale l'usage, dans certains dictionnaires, de flèches, simples ou doubles, qui indiquent
des relations hiérarchiques.

Accès

Le titre du dictionnaire, le descriptif figurant sur la couverture, constituent la
première étape pour celui qui recherche une information. Ensuite, à l'intérieur de
l'ouvrage, on se repère grâce aux titres des chapitres, aux lettres de l'alphabet (sans
oublier le premier et le dernier mot de la page repris en haut à gauche et à droite). Les
lexies complexes peuvent être présentées de façons diverses, mais on n'aborde pas la
question d'une présentation notionnelle. Ici on veille à ce que les champs de l'article,
décrits précédemment, puissent être identifiés le plus facilement possible par le lecteur, et
on explique les conventions les plus souvent utilisées à cette fin.


Les derniers chapitres traitent de la présentation matérielle du dictionnaire (tout le
travail de mise en forme et de mise en page, abondamment illustré), de la critique des
dictionnaires —cette nouvelle branche de la métalezicographie —, des dictionnaires
techniques danois (bibliographie commentée), des perspectives et incluent une
bibliographie.

Conclusion


Il ne serait pas raisonnable de s'attendre à ce gdun manuel, surtout le premier de
son genre, aborde toutes les questions que l'on pourrait associer à ce domaine, mais une
absence se fera certainement remarquer. Les auteurs distinguent bien entre les spécialités
avoisinantes, mais ne se situent jamais par rapport i1 la terminologie. Oz, ils citent dans
la bibliographie (mais rarement dans le corps de l'ouvrage) des auteurs tels que FELBER,
PICii'T, ARN1'Z, mais ne font que rarement référence à la terminologie en tant que méthode.

196 Existe-t-il une différence entre lexicographie de spécialité et terminologie, et si la
réponse est positive, en quoi consiste-t-elle  ? On pouaait hasarder quelques éléments de
compazaison, mais les auteurs se gazdent bien de faire le moindre rapprochement. Bien
su"r, ils ne se placent pas dans une perspective francophone (les rares références à des
auteurs francophones se limitent généralement ii des articles dans cette langue figurant
dans l'Encyclopédie de la lexicographie), mais on peut penser que le refus est de principe.
Ils évoquent les méthodes de la terminologie au niveau de la structuration du domaine et
des "termes" (mot rarement employé).

Pour conclure, on peut dire que ce manuel concerne prioritairement les problèmes
liés à la confection de dictionnaires techniques surtout généralistes, et imprégnés de
l'influence de la lexicographie des dictionnaires de langue. Il traite assez peu des
dictionnaires de domaines trbs spécialisés, et de ce fait, a tendance à minimiser l'apport de
la terminologie, reléguée à l'organisation du niveau le plus fin de la structuration de la
matière. Bien que les dictionnaires monolingues soient analysés en profondeur, les
sute~ua consacrent davantage de place aux problèmes complexes que posent les différents
types de dictionnaires bilingues. Troisième limitation consciente des auteurs  : on ne tient
pas compte ici de dictionnaires sur support électronique, bien que la valeur de l'apport de
l'informatique, surtout dans la constitution du corpus, ne soit pas sous-estimée.

Un des grands mérites de ce livre est sa polyvalence  : à la fois manuel et ouvrage
de référence (ce qui explique un petit nombre de redites), il sert aussi de grille d'analyse.
En effet, les auteurs isolent systématiquement un grand nombre de paramètres, ce qui
permet non seulement de réaliser, pas à pas, un dictionnaire technique, mais aussi
d'analyser, trait par trait, un dictionnaire existant. En cela il sert doublement comme outil
métalexiwgraphique.

On attend avec impatience les deux adaptations annoncées, l'une pour l'anglais,
l'autre pour l'espagnol.


John HUMBLEY

INaLF-CTN, Université Paris-Nord






Micbaela HEINZ, Les locutions figurfes dans le "Petit Robert".
Description critique de leur traiteneent et propositions de
normalisation, Tübingen, Niemeyer, 1993, XI-387 p., Coll.
Lexicograpbica, Series major 49.

M. HEINZ, qui a fait un séjour au Robert pendant plusieurs années, l'a mis à profit
notamment pour s immerger dans le "Petit Robert". Remarquable par l'étendue de son
analyse, qui ne laisse aucun rewin d'ombre. ce travail d'excellente (méta)lexicogtaphie

197 l'est aussi par la qualité de sa méthode  : la réflexion et la formalisation mises en oeuvre par
l'auteur vont bien au-delà de la sphère des locutions figurées. Mais ces considérations
restent toujours finalisées par le souci d'une amélioration concrète du fameux
dictionnaire, auquel cette critique serrée est en même temps un bel hommage — en prenant
aussi en compte les interrogations des "utilisateurs étrangers", auxquels les

lexicographes pensent souvent plus dans leurs préfaces que dans le corps de leurs

ouvrages.

Après avoir dressé une typologie des locutions dénotatives (orthonymiques,
allusives, gestuelles, remotivables, métaphoriques) et pragmatiques (situationnelles,
émotionnelles, appréciatives) [5-114], M. H. examine la répartition des locutions [115-
164], les indications du statut phraséologique et les marques d'usage [165-234] et termine
son tour d7~orizon en examinant ce qui tourne autour de l'explication du sens  :définition,
adresse, adressage [235-338J. Chemin faisant. son analyse sans complaisance épingle de
nombreux "accidents". "incohérences" ou "fautes flagrantes", voire telle "remotivation
absurde" [141] (défauts si constants dans tout discours lexicographique, qûon serait tenté
paresseusement de penser qei ils lui sont inhérents et ont un caractère inéluctable), mais
toujours avec des propositions concrètes pouvant apporter une nette amélioration.
Ces propositions sont toujours simples et souvent puisées dans la pratique même du
dictionnaire considéré « qui connaît ce procédé [à propos de la répartition des locutions]
mais l'applique pour l'instant si rarement que les exemples relevés sont des cas
exceptionnels » [163] ;même écho plus loin  : « Le modèle de notre exemple réécrit se
trouve dans le PR même » [195]. De nombreux tableaux ou schémas aident l'auteur à
préciser sa démarche et permettent su lecteur de mieux en saisir l'essentiel — à cc :t égard,
ie tableau synoptique de la typologie des locutions (9] offre une vue de synthése meilleure
que le plan suivi [V], dans lequel la numérotation linéaire rend moins bien compte de la
situation de subordination de certaines parties.

On ne donnera ici qti un exemple, ce qui est nécessairement bien réducteur, de cette
radiographie  : 1°auteur, citations à l'appui, relève que les locutions peuvent étre marquées
comme telles dans le PR de ... 16 façons différentes [182-183J  ! Et d'ajouter pudiquement
« Il n'est pas recommandé de maintenir une telle diversité d'indicateurs » [I86], en
préconisant dans un premier temps la solution radicale —dont elle montre q~ elle n'offre
que des avantages — de ne retenir que l'indicateur '7.oc :', quitte, mais en les réservant à
des cas bien précis, à accepter deux autres indicateurs comme "anus. (bibi. / hist. / litt. /
myth., etc.)" et "fig." (réservé « aux seules locutions remotivables »).

l;crit avec une lucidité et un tact exemplaires — on sera sensible aussi à la bonne
qualité de la langue de l'auteur et à la correction graphique du texte —. ce travail devrait
rendre les plus grands services non seulement à l'ouvrage q~ il a pris pour cible, mais à
tous les lexicographes. S'il y a, ici et là, des routines à vaincre et des indolents à
convaincre, les unes et les autres seront désormais beaucoup moins excusables.

Pierre RÉZEAU