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Comptes rendus

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  • ISBN: 978-2-8124-0463-4
  • ISSN: 2262-0346
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4315-2.p.0233
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 27/08/2012
  • Périodicité: Semestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
233
COMPTES RENDUS


MULLER (Charles), Langue française. Débats et bilans.

(Recueil d'articles  : 198tf-1993),

Paris, Éd. Honoré Champion, 1993, 246 p.



Le dernier ouvrage de Charles I41L'LLER est un recueil d'articles, comme le précédent
et celui qui précédait le grécédentt. Son titre Débats et bilans (en privé, l'auteur, qui est un
humoriste, utilise l'abréviation DéBil), semble laisser croire que la série s'achèvera là, que
les débats sont clos et le bilan définitif. On a peine pourtant à croire à un véritable dépôt
de bilan, de la part d'un octogénaire si jeune et si vaillant, qui ne craint pas de s'engager
dans des disciplines aventureuses et des combats impopulaires et qui réussit à vaincre les
préjugés, par la force de la conviction, la précision de l'argumentation et le recours
constant à une raison souriante. Charles MULLER n'a rien d'un révolutionnaire. Qû on ne
compte pas sur lui pour mettre un banne[ rouge au dictionnaire, non plus qu'à la
grammaire. Mais il arrive parfois que les octogénaires -comme HUGO ou VOLTAIRE - ont
plus d'audace que leurs cadets. MULLER nous en fournit ici trois illustrations éclatantes.


3. La première est la moins surprenante, pour tous ceux qui savent que MULLER est
le père d'une dicipline nouvelle, qu'on appelle tantôt statistique lexicale, tantôt
linguistique quantitative (MULLER penche plutôt vers la seconde dénomination parce
qti elle est plus générale et q~i elle enveloppe des faits qui ne sont pas nécessairement
d'ordre lexical). MULLER court ici sur son erre, dans les 11 premiers articles qû il reproduit,
mais avec le souci d'éveiller la curiosité et d'exploiter certains filons négligés jusqu ici

Cah. Lexicol. 63, 1993-2, p. 231-238

1 Langue française et linguistique quantitative, 1979, 470 p. et Langue française,
linguistique quantitative, informatique, 1985, 190 p. Ces deux recueils (de 44 et 21
azticles respectivement) ont été publiés, comme le présent recueil, par les éditions
Slatkine-Champion, dans la Collection Travaux de linguistique quantitative, qui
compte présentement une cinquantaine de titres et que dirige Charles MULLER.

234 (par exemple les pronoms incompatibles, les paradigmes des jours et des mois,
l'impazfait du subjonctif, les homographies dans les formes verbales). Si l'on trouve à cet
endroit des enquêtes originales et savoweuses, on rencontre plus souvent des synthèses,
des réflexions méthodologiques, voire des mises en gazde. MULLER, avec l'expérience qui
est la sienne, peut mieux que tout autre mesurer le chemïn parcowu et lutter contre le
scepticisme des adversaires de la discipline et contre une méfiance que les résultats acquis
n'ont pas encore désarmée, mais il s'en prend aussi à la confiance naïve ou paresseuse de
certains zélatews trop peu rigoureux. Depuis toujotus apôtre de la précision et ennemi de
l'à-peu-près, il mène un combat pour la lemmatisation, qui se prolonge dans ce recueil.
C'est en réalité une croisade pow la désambiguïsation, pour une épuration des données,
qui s'applique autant aux formes qii aux vocables et aux catégories, et qu'il voit enfin
accomplie dans l'admùable travail de Gur_nel ENGwnLL2.


2. La seconde aventure est moins attendue. La statistique y tient moins de place
que l'informatique et l'informatique elle-même moins que les télécommunications. C'est
dire que MULLER, sans donner l'impression de l'avoir cherché expressément, se trouve au
haut de la vague qui déferle actuellement dans le monde, branché ou non, et qui se nomme
télématique. Rien d'improvisé powtant, aucune concession à la mode. Car en 1979 la
mode des banques de données accessibles par Minitel3 n'existait pas. Et pour cause

personne n'avait encore vu de Minitel, devenu depr~is si banal dans ies foyers français. Il
fallait alors beaucoup d'optimisme pour croire à l'avenir de cet outil, et beaucoup
d'inconscience pour oser envisager une utilisation autre que technique ou utilitaùe. D'une
certaine manière  !'application que propose alors MULLER est bien aussi technique et

utilitaire, [nais dans l'ordre culturel  : il s'agit d'apprendre aux français l'orthographe et la
grammaire. Ainsi naît Orthoiel~. Avec des années de recul, MULLER s'amuse un peu à

décrire le scepticisme qui a entouré les débuts et qui avait l'aspect honnête du bon sens
"Powquoi des gens ùaient-ils taper sur un clavier... alors qti il est si simple d'ouvrir le
dictionnaire  ?". Quelle jubilation quand l'êvènement vous donne raison contre le bon
sens  !

~ Vocabulaire du roman français (1962-1968j. Dictionnaire des fréquences, Almquist

& Wiksel International, Stockholm, 19$4, 427 p. Si MULLER consuite beaucoup de
dictionnaùes et beaucoup de bases de données (dont celles de Frantext), cést à

l'ouvrage de Gunnel ENGWALL qu'il recourt le plus souvent. Ei le compte rendu de cet
ouvrage Ergote dans le présent recueil.

3 Il y avait plus de 15 000 services offerts actuellement par le Minitel.

4 À l'origine une majuscule intérieure au mot évitait la confusion avec quelque officine
de towisme vantant l'orthodoxie de sa chaîne hôtelière. Maintenant que la notoriété
est venue, on ne craint plus d'héberger la concurrence et la majuscule a disparu.

5 Orthotel totalise près de 30 000 interrogations par an (le record est de 40 000 en
1990 lorsque la réforme a donné l'actualité à l'orthographe).

235 3. C'est à dessein que nous utilisons le mot évènement, dans l'orthographe
nouvelle. Caz c'est le troisième et dernier bazoud d'honneur auquel nous convie Chazles
MuLLER dans le présent ouvrage et qui est livré précisément sur le champ d'honneur, dans
cette enceinte sacrée où en France on règle cérémonieusement les grandes questions et
celle qui l'emporte sur toutes les autres  : la réforme de l'orthographe. Ici on se régale.
Aucune raison pourtant de se réjouir  : la tentative n'a pas été un franc succès6 et Mt7LLER
préfère parler de 1"'opération RoCARD", plutôt que de révision ou, à plus forte raison, de
réforme. La levée de boucliers du conservatisme en a découragé d'autres qui au départ
proposaient d'aller plus loin. M[1LLER, lui, se tient aussi éloigné de l'aventurisme que du
renoncement. Comme on ne peut ie soupçonner de quelque collusion avec les Saint-Just de
l'orthographe, il a plutôt de l'indulgence pour leur naïveté révolutionnaire. Mais quelle
alacrité et quelle ironie contre la bêtise, la mauvaise foi et l'ignorance du camp adverses  ?
C'est du Voltaire  ! Ceuz qui n'aiment guère les chiffres, et que certains chapitres de
l'ouvrage peuvent rebuter, doivent au moins lire le récit circonstancié de cette guerre
picrocholine telle que le patriarche de Ferney eût aimé la raconter8. La "guerre du
nénufar9" est même narrée dans une épître de style classique, que L.a BRi1Y$Rfi n âurait pas
désavouée, et avec l'orthographe ancienne, antérieure aux diverses réformes qui ont
modernisé les textes. Rien de plus désopilant que ces doctes discours sur la révision de
l'orthographe écrits dans la langue du grand siècle.


Qû il est plaisant de voir à l'oeuvre un honnête homme, amateur des chiffres et des
lettres, aimant l'humour autant que la science, assez averti des choses de l'orthographe
pour accepter qti on puisse l'améliorer, et tellement amoureux du langage que ses études sur
la langue française sont en même temps une illustration de ses ressources et de son
élégance. Trop de linguistes modernes font de la langue une algèbre desséchée, protégée
contre l'extérieur par un épineux jargon. 1VIULLER, lui, sait apprivoiser les bazbelés que

6 Trois ans après la bataille, la guerre n'est pas perdue. Car le texte de l'arrêté est resté
en vigueur et l'Académie, dans sa nouvelle édition, vient d'officialiser certaines
rectifications, avec  !'autorité gnon lui reconnaît dans ce domaine et qui ne manquera
pas d'entraîner les auteurs de dictionnaires, actuellement dans l'expectative.

~ Ces qualités peuvent se rencontrer même dans la société des Agrégés, qui a pris parti
contre les rectifications de l'orthographe - ce qui est son droit- avec des arguments
d'une exactitude et d'une loyauté douteuse. MuLLER -qui est lui-même un agrégé de
grammaire, le premier, croit-on savoir, de sa promotion - en fait justice, avec une
pertinence réjouissante.

8 Les chiffres participent aussi à  !a démonstration, mais sans rien de pesant. I14ZULLER
les a faits à la main, en contrôlant la portée de la réforme dans la Recherche du
temps perdu ou dans le corpus romanesque établi par Gunnel E :vGWALL. Sa
conclusion est que la révision envisagée ne concerne guère qu'un mot par page - ce
qui rejoint l'expertise des ordinateurs consultés à partir de Frantext.

9 L'orthographe ancienne de ce mot, qui est encore celle de PROUST et que la réforme
propose de rétablir, s impose dans ce pastiche avec le plus grand naturel.

236 sont les chiffres et les assaisonner comme un plat de pâtes, avec ce qri il faut d'êpicesl0
Les disciplines nouvelles et les méthodes modernes auxquelles son nom reste attaché ont
eu bien de la chance. Sans lui de telles audaces auraient peut-être vu le jour, mais avec des
années de retazd et un air insolent ou maladroit qui les eût éloignées à jamais de la saine et
sage philologie. Si la rupture n'a pas cu lieu, c'est à Charles MULLER qu'on le doit, à la

gazantie de son autorité et au charme de son écriture.

Étienne BRUNET



FISCHER (Paul), Die deutsch franz~sisehen Bezieitungen

im 19. Jahrhundert im Spiegel des franzdsisehen Wortschatzes,

Europ~ische Hochschulschriften,Sérle XIII Largue et littérature françaises / 161,

Frankfurt am MainBern/New Yoric/Paris  : Peter Lang, 1991, 462 p.



Cette thèse soutenue en 1990 devant l'Université d'Augsbourg sous la dùectior. de
Lothaz WOLF se propose de quantifier par une étude des sources lexicographiques l'impact
linguistique du fait, souvent occulté de nos jours, que le XIXe siècle a été le siècle de
l'influence allemande sur la France. L'auteur arrive presque à cacher sa déception  : le
nombre des emprunts dent témoignent les dictionnaires est inférieur à ce qu'on attendait.
 l'exceptïon de Gérard de NERVAL, qui a passé une bonne paztie de son enfance en
Allemagne, ce qui l'a mis à même de traduire Faust I à vingt ans, les porteurs des grands
noms de la littérature française de ce siècle sont aussi teutomanes qu'ignorants de la

langue allemande  : HUGO, VIGNY, LAMARTINE, BnLZnC, George SAND (p. 194). Pour cette
raison, les emprunts sont majoritairement le fait de la technologie et des sciences de la
nature. Dans le domaine des sciences humaines et sociales (sciences morales et
politiques), la philosophie vient en tête. Vu le rôle contre-révolutionnaire que les
émigrés revenus au pays, vecteurs naturels du mùacle culturel allemand, ont fait jouer à la
philosophie allemande (l'idéalisme moderne contre le vieux sensualisme et matérialisme
du XVIIIe siècle}, cette dominance des emprunts philosophiques n'est pas surprenante. ll
est à craindre cependant qu'en mesurant l'influence linguistique allemande à 1a seule aune

10 11 est heureux qu'on ait réédité foui récemment (aux éditions Champion, dsns la
collection Unichamp) les deux manuels qui avaient été publiés chez Hachette (en
1973 et 1977) et qui étaient épuisés. Ils servùont derechef à l'édification des

populations lit[éraùes que tente et qu'intimide à ia fois l'aventure de la statistique.
1b1ULLER a hésité à les proposer de nouveau, estimant que les machines, sinon les
hommes, avaient fait des progrès en vingt ans. La pression du marché a
heureusement fait taùe ces scrupulesc le besoin d'une initiation claùe et
progressive aux méthodes quantitatives n'a jamais été aussi fort et dans ce domaine

Chazles MULLER reste incontestablement le meilleur guide.

237 des dictionnaires français, on ne soumette la perception de cette influence au filtre
idéologique des auteurs de dictionnaires. LriTRÉ n'était pas un partageuz. II serait étonnant
que l'activité fébrile de MARX pendant ses séjours à Paris, ainsi que la fertilité ultérieure
des interlocuteurs qu'il y fréquentait, ait laissé si peu de traces. Le fait que l'article
aliénation du LtrTtt~ n'évoque ni le sens marxiste ni le sens hégélien demande à être
pondéré par des études de corpus. Il nous paraît urgent d'indexer le lexique d'un lecteur,
scripteur, veilleur, diffuseur et vulgarisateur infatigable comme Pierre LEROUX, ouvert à
tous les vents qui parcouraient l'Europe, et notamment le lexique des six volumes de son
Encyclopêdie Universelle, récemment réimprimée à Genève, puis, par une démarche
centrifuge, de rechercher les germanismes de cet index chez tous les multiplicateurs
français qui l'ont côtoyé.


Eugène FAUCHER





Burkhard SCHAEDER,

Germanistische Lexikographie

Lexicographica Sertes Maior 21, Niemeyer, Tübingen, 1987.


Cette "lexicographie de l'allemand", ouvrage paru dès 1987, est 3 replacer dans le
grand courant des études de métalexicographie contemporaine, ou de dictionnairique,
selon la terminologie de B. QUEMaDA —volontiers reprise par F.I. HAUSMANN --. En
effet, la lexicographie y est entendue aussi bien comme l'activité consistant à réaliser des
dictionnaires que comme toute activité en relation avec les dictionnaires (linguistique,
informatique, édition...).

Rappelons qu'elle. est antérieure à 1a grande encyclopédie WSrterbüeher.
Dictianaries. Dictionnaires. Encyclopédie internationale de lexicographie (Berlin/New-

York. Walter de Gruyter, 1989, éditée par F. J. HALJSMANN, O. REICFII~9ANN, H. E. WIEGAND
et L. 7.GLJSTA), od l'auteur signera d'ailleurs les articles intitulés Les margiees de fréquence
dans le dictionnaire monolingue et Aspects quantitatifs de la collecte des matériaux
lexicographiques. Cet ouvrage précède également le Gexikon der Ramanistischen
Linguistik (Niemeyer, Tübingen, 1990).

Le but du présent ouvrage est de proposer un tour d'horizon de l'histoire de la
lexicographie allemande. Souhaitant pouvoir répondre à la question  :qui utilise le
dictionraiire, quund, et pourquoi  ?, l'auteur constate qu'il faut avant tout se demander
comment classer la grande masse des dictionnaires existants et en présenter une typologie

238
satisfaisante. En 155 pages, suivies de 22 pages de bibliographie, l'auteur traite de neuf
grands points, que nous résumerons ainsi


I. Pourquoi des dictionnaires  ?

2. L'intérét de la lexicographie.

3. L'objet de la lexicographie  : le dictionnaire.

4. L'histoire de la lexicographie et les problèmes de l'histoire de la lexicographie
allemande.

5. Fonctions, utilisation et typologie des dictionnaires.

6. Macrostructure et microstructure des dictionnaires — la macrostructure référant à
juste titre à la structure du dictionnaire (nomenclature), ta microstructure référant au
contenu et à la construction des articles du dictionnaire —.

7. Quést-ce que la lexicographie  ? La lexicographie d'après les dictionnaires et
d'après les métalexicographes.

8. Aspects pratiques de la lexicographie.

9. Aspects théoriques de la lexicographie.


Des références bibliographiques sont constamment rappelées au cours de
l'ouvrage, et les auteurs amplement cités. Une bibliographie de près de 600 titres
constitue d'ailleurs le chapitre IQ ou chapitre final de l'ouvrage. Elle forme le coeur même
des réflexions rapportées, analysées, proposées ou suscitées par B. SCHAEDER. Ce dernier
chapitre se divise en quatre sections


— Ouvrages bibliographiques (env. 15 références), comme celui de KI7HN (1978),
qui propose 2700 titres.

— Dictionnaùes (env. 130 références).

Dans ce grand ensemble se détache un sous-ensemble de références dépassant le
cadre strict du dictionnaire de langue allemande, comme l'Encyclopaedia
Britannica, et quelques ouvrages monolingues ou bilingues beaucoup plus anciens
(tels SCHUEREN, 1477, SERRANUS, 1539, MAALER, 1551, KRAMER, 1676-1678,
1700-1702, ou encore un dictionnaire franco-allemand de 1712 (FRISCIi)). On
relave d'autre pazt quelques rares références concernant les langues de spécialité
comme ERx (1972, 1975 et 1982) et BRUNNEit ei al. (1972) sur l'allemand
politique et social. Citons deux références concernant les néologismes (Ht'sBF.RTH,
1977 ; HELLWIG, 1972), et une autre, les abréviations  : KOBLISCIIICfi (1980).

—Histoire de la lexicographie (env. 75 références).

—Théorie et pratique de la lexicographie (env. 375 références).

Les travaux sur les tangues de spécialité, ainsi que ce qui concerne les dictionnaùes
bilingues ou multilingues, sont très peu pris en compte dans les discussions, comme dans
la bibliographie. Il est question de termes de politique dans STRAUSS (1983), de
psychologie dans DL'RGENHOLTZ (1978), et d'économie dans SCHAEDER (1982). Pour la

239 lexicographie bilingue, l'auteur nous renvoie au n° 2 de Lexicographica (1986) et il
rappelle utilement la bibliographie générale de Lexicographica, issue de 122 revues.

L'auteur met fréquemment en lumière les problèmes de terminologie engendrés
par son domaine d'étude — tout à fait semblables à ceux que nous rencontrons en
français —. Le cas du paradigme de dictionnaire en est un exemple significatif  : en
allemand Wiirterbuch (Sprach-, Fach-, Sach-, Realw.) peut être en concurrence avec
Lexikon (Fach-, Rea !-, Konversationsw.) ou avec Enzyklopiïdie (Fach-, Realenz.),
phénomène qu'il décrit à travers l'analyse des définitions et de la réutilisation de ces
termes dans les dictionnaires aussi bien que dans la littérature métalexicographique
dépouillée. II cite aussi le cas des termes tels que les quasi-synonymes classification et
typologie, ou de métalexicographie, ou encore de lemme. Plusieurs mots ou notions sont
ainsi analysés à travers leurs usages dans les dictionnaires ou les ouvrages de
métalexicographie.

Les différentes définitions qui ont été données du dictionnaire d'une part, et de la
lexicographie d'autre part, sont examinées dans le détail. B. S. constate que la définition
proposée du concept de lexicographie est souvent totalement différente de la définition de
l'activité effective des lexicographes. Mais, remarque-t-il, on a en général peu de
témoignages sur la pratique des faiseurs de dictionnaires, ce qui explique que les travaux
de métalexicographie décrivent mieux les résultats de la pratique —les dictionnaires —,
que la pratique elle-même (on peut rappeler néanmoins le titre significatif de H. HENNE,
Praxis der Lexiographie. Berichte eus der Werkstatt, Niemeyer, 1979, qui a sans doute
inspiré un titre plus récent  :Autour d'un dictionnaire  : Le Trésor de la dengue française,
témoignages d'atelier et voies nouvelles, CNRS, INaLF, Didier-Érudition, 1990 —mais
que l'on nous pardonne ce rapprochement --).

8. SCHAEDER remarque un constant rapprochement des praticiens et des
théoriciens du dictionnaire. Les premiers se font fréquemment théoricïens et les
théoriciens deviendraient de plus en plus souvent praticiens eux-mêmes.

L'important chapitre concernant les fonctions, l'utilisation et la typologïe des
dictionnaires rappelle cinq paramètres qui représentent des thèmes centraux de la
dïscussion lexicographique contemporaine

(a) les dictionnaires et leurs utilisateurs

(b) fondements de la lexicographie  :bases empiriques

(c) maerostructure

(d) paradigmatique et syntagmatique

(e) microstructure.

Les dictionnaires font autorité, comme le rappelle la phrase usuelle  : "Es steht
so im W~rterbuch" ("c'est ce que dit le dictionnaire"). Les fonctions du dictionnaire
sont cognitive, communicative et politique. Mais les dictionnaires se veulent en principe

240
idéologiquement neutres (un seul, parmi ceux qti a analysés l'auteur, est connu pour avoir
annoncé une nette couleur politique  : le Wdrterbuch der deutschen Gegenwartssprache).


Il est, dans cette étude, tenu le plus grand compte des préfaces et avant-
propos de dictionnaires, mais on sait que d'importantes distances peuvent séparer les
intentions des auteurs de dictionnaires et leurs réalisations effectives. ll'une part les
avant-propos sont parfois d'une arrogante prétention. D'autre part, remarque justement
B.S., les besoins auxquels essaient de répondre les auteurs de dictionnaires sont souvent
loin des réalités, pour la simple raison qu'on ne connaît jamais vraiment les besoins
des lecteurs. Le lecteur reste potentiel. Les dictionnaires historiques, les trésors,
répondant à des objectifs scientifiquement bien définis, sort en principe moins
préoccupés par leur public —comme paz le choix de leur nomenclature —.


La méthode adoptée par B. SCHAEDER est de citer des dictionnaires et d°éminents
auteurs, paur tenter de dégager les véritables caractéristi.ues de la recherche actuelle. Mais
il est obligé de constater qu'on ne peut qu'aspùer à un tour d'horizon, à une vue
d'ensemble, et qu'il est impossible de traiter véritablement de toutes les questions
évoyuées, étant donné le sujet même de la lexicographie. La seule citation française, qui
clôt son texte, est due à Jean DUBOIS  : eLe dictionnaire est une forme de cvmmunication ».
Celui qui, finalement, chercherait une définition du dictionnaire est donc renvoyé au
domaine de renco,;tre entre auteur et lecteur, celui de la communication, encore beaucoup
plus géréraI que celui du dictionnaire, mais peut-être, il est vrai, tout aussi varié.


Plus qti un manuel, cet ouvrage est une description de l'état de la recherche en
métalexicographie et de. ses caractéristiques, de ses contradictions et des difficultés que
Belles-ci engendrent. I)e nombreuses questions restent posées tout au long du livre. Sa
richesse même, due aux nombreuses lectures qn'a faites son auteur, et à leurs analyses, peut
en alourdù la lecture. C'est ainsi que les mêmes grandes questions méthodologiques sont
parfois abordées dans plusieurs chapitres — ce que le plan de l'ouvrage laissait présager.


Un index, ne serait-ce que pour un repérage des concepts et des mats çue Fauteur a
analysés dans le discours des dictionnaires ou des métalezicographes, eîtt été d'une grande
aide.


Il reste que le souci du détail aide beaucoup le chercheur, avantageusement guidé à
travers des extraits dwnent analysés d'une riche bibliographie. On trouve dans le présent
ouvrage une mine de renseignements sur la lexicographie dans le domaine de 1a.
germanistique. L'auteur a fourni là un travail énorme de recherche et d'analyse.

Danielle CANDEL
CNRS - IIv'aLF