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Chroniques et comptes rendus

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  • ISBN: 978-2-8124-0459-7
  • ISSN: 2262-0346
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4311-4.p.0169
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 27/08/2012
  • Périodicité: Semestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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CHRONIQUES ET COMPTES RENDUS


STARK, M. P., 1990, Dictionary Workbooks, A Critical Evaluation of

Dictionary Workbooks for the Foreign Language Learner,

Exeter Linguistic Studies Volume 16, Exeter,


University of Exeter Press, 215 p.



L'intérêt que portent certains métalexicographes et lexicographes au "point de vue de l'utili-
sateur" des dictionnaires depuis quelques années est manifeste si l'on considère l'ampleur de la
bibliographie de Dictionary Workbooks (DW)t  :celle-ci comporte plus de cinquante titres, dont la
quasi-totalité a été publiée après 1980 - et encore est-elle bien loin d'être complète (il y manque,
par exemple, ce qui a été fait en France, en Israël, en Inde, etc.). Il n ést pas étonnant que le DW
ait été publié à Exeter, le point de vue de l'utilisateur étant depuis quelques années le principal
cheval de bataille du Directeur du Dictionary Research Centre de l'Université de cette ville,
Reinhard HARTMANN. D'une façon générale, d'ailleurs, cette perspective de recherche semble
intéresser beaucoup plus les anglophones (singulièrement les Britanniques) que les autres
communautés linguistiques.

Mais de quoi parle-t-on quand on parle du "point de vue de l'utilisateur"  ? Il s'agit d'abord
de constater qii il existe un décalage entre ce que veut faire le lexicographe quand il conçoit et
réalise un dictionnaire e[ ce qu'en font réellement les utilisateurs lorsque ce dictionnaire est
devenu disponible sur le marché. Les dictionnaires sont toujours plus ou moins sous-utilisés, ou
mal utilisés, à des degrés divers selon les ouvrages, les types de dictionnaires et les utilisateurs.
Ceux qui se préoccupent du point de vue de l'utilisateur entendent améliorer cette situation, en
faisant en sorte qu'il y ait une meilleure adéquation entre les objectifs des lexicographes et les
utilisations réelles. On veut donc étudier comment le message lexicographique est reçu par celui
ou celle qui ouvre un dictionnaire pour y chercher une information. On veut éventuellement -mais
ceci suppose que les premières questions aient déjà reçu ne serait-ce que des ébauches de

1. Il s'agit du dernier rejeton de la lignée des "Exeter Linguistic Studies", dans laquelle figurent
des titres intéressants  : D. CONNOR FERRIS, Understanding Semantics, par exemple, des
ouvrages consacrés à des traditions lexicographiques lointaines, et d'autres encore.

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réponses -dire au lexicographe quels sont les types d'informations et les modes de présentation
qui sont les plus susceptibles de faciliter la tâche de l'utilisateur, aussi bien en ce qui concerne
l'acte de consultation lui-même qu'en ce qui concerne la continuation du travail linguistique dans
lequel il ou elle est engagé au moment de cette consultation.

La perspective de l'utilisateur a donné naissance à des concepts nouveaux en métalexicogra-
phie  :celui de "besoins de l'utilisateur" (en anglais "reference needs"), celui de "compétence de
l'utilisateur" (en anglais "reference slàlls"), celui d' "accessibilité" (en anglais "user-friendliness",
concept emprunté à d'autres domaines). Elle a également produit, nous l'avons vu, surtout dans
les milieux anglophones, et surtout en rapport avec les dictionnaires de langue anglaise, un certain
nombre de publications. L'impact sur la production lexicographique proprement dite est
cependant plus difficile à discerner. À lire toutes ces publications, qu'apprenons-nous  ? Au
mieux, que les modes d'utilisation du dictionnaire sont très variés, que les processus psycholin-
guistiques qu'engage l'acte de consultation sont extrëmement complexes, à tel point que nous
n'en savons pas grand chose, et qu'il est peu probable que nous en apprenions beaucoup plus
dans les années à venir. Le bilan est donc décevant, mais seulement si les illusions du départ
étaient trop grandes. Est-ce à dire que toute cette agitation n'a servi, ne sert et ne servira à rien  ?
Non, certes. On aura appris, au moins, que des questions se posent, que les choses ne vont pas
de soi.

L'un des moyens disponibles pour combler le fossé qui sépaze les objectifs du lexicographe
de la réalité de l'utilisation de son dictionnaire est l'initiation systématique des utilisateurs. Ceci
est possible surtout quand on dispose d'un "public captif' -comme c'est le cas pour les popula-
tions scolarisées - et on peut se servir pour cela de manuels spécialisés. Ces manuels existent
depuis longtemps, au moins depuis le début du siècle, en particulier aux États-Unis -dépositaires
d'une tradition pédagogique dans tous les domaines qu'il serait intéressant d'examiner de près - et
ils sont devenus beaucoup plus nombreux au cours des dernières années. Selon les cas, ce sont
de simples brochures distribuées gratuitement par les éditeurs pour accompagner un dictionnaire
particulier, des livrets plus importants, ou même de véritables livres destinés à faciliter l'accès à
toute une gamme de dictionnaires et laissant une lazge place à la réflexion métalexicographique.

DW est la première tentative de bilan de l'activité dans ce domaine très particulier  : la
question que se pose l'auteur est très simple  :qu'y-a-t-il dans ces manuels  ? Il y répond par un
examen méticuleux, allant même jusqu'à indiquer le nombre de ces manuels qui traitent de chacun
des nombreux aspects qu'il a retenus pour son examen. Ainsi, on apprend que 20 %seulement
des manuels qu'il a sélectionnés abordent la question de la présence de cazactères typographiques
différents dans les dictionnaires et de leur signification (page 44) ;que 17,1 %parlent des cas où
le dictionnaire propose plusieurs prononciations différentes pour un même mot (page 90) ;que
60 %notent la présence de synonymes dans certains dictionnaires (page 152), etc. Les
conclusions (page 204) tiennent en quelques lignes  :beaucoup de manuels ne font pas la
différence entre acheteurs et utilisateurs des dictionnaires ;dans la plupart des cas, il ne semble

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pas que les auteurs aient tenté d'étudier avec un peu de rigueur scientifique les besoins et les
compétences des urilisateurs ;les manuels sont de bons serviteurs mais de mauvais maîtres, et
doivent donc être utilisés avec un minimum de discernement.

Le livre est techniquement impeccable  : je n'ai trouvé qu ûn nombre minime de fautes, pour
un texte qui était particulièrement difficile à composer. Sans doute les nombreux extraits de
manuels auraient-ils été plus lisibles s'ils avaient été reproduits directement de l'original.

DW sera utile à tous ceux qui, dans les maisons d'édition ou ailleurs, préparent des
manuels de ce type. Il permettra sans doute que ces manuels soient désormais de meilleure
qualité. On pourra à cet égazd regretter que l'auteur n'ait pas complété son examen paz une étude
expérimentale de l'efficacité des manuels d'initiation à l'utilisation des dictionnaires, et qu'il ne
pose pas la question de l'importance relative de tel ou tel type d'information pour le public visé
par chaque dictionnaire. Il aurait été également intéressant de savoir qui prépare ces manuels,
combien sont distribués ou vendus chaque année, comment ils sont utilisés. Mais ce ne sont là
que vétilles, qui n'enlèvent rien aux mérites de l'auteur.


H. BÉJOINT

Université Lumière -Lyon 2