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Comptes rendus

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  • ISBN: 978-2-8124-0429-0
  • ISSN: 2262-0346
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4281-0.p.0125
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 27/08/2012
  • Périodicité: Semestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
125
COMPTES RENDUS




Teresa POGGI SALAxI, IL LESSICO DELLA «  TANCIA  » DI MICHEL-
ANGELO BUONAROTTI IL GIOVANE, Firenze, La Nuova Italia
Editrice (1969), v111-375 P•

La comédie du xvle se plaît à meure en scène paysans et citadins simul-
tanément et à confronter les deux systèmes linguistiques. Michelangelo
Buonazotti il Giovane (1568-1646), membre actif de l'Accademia della Crusca
et de l'Accademia Fiorentina, s'inscrit dans cette tradition avec La Tancia
(1610  ?Première représentation  : 25 mai 161I). Teresa Poggi Salani entre-
prend d'étudier le lexique de cette oeuvre non sans ignorer les difficultés d'un
tel examen étant donné l'étendue et la variété du registre ainsi que la razeté
des points de référence pertinents. A cet effet, l'auteur constnlit son livre
en douze chapitres, selon un regroupement de mots. Dans le premier cha-
pitre le plus fourni (pp : 19-IO8) sont réunis les mots toscans populaires et
familiers, les termes mviaux non exclusivement toscans, les vocables non
florentins, attestés depuis une époque bien antérieure à la Tancia. On
relèvera les apports de Teresa Poggi Salani  :exemples non enregistrés par
les dictionnaires du siècle de la Tancia et des suivants, analyse de l'évo-
lution d'un mot («  aman~a  », p. 25), hypothèses séduisantes («  ataze  », p. z3).
L'intérêt de l'auteur ne porte pas tant sur l'extension géographique réelle
des mots de la Tancia que sur le choix de ces mots. Aussi les délimitations
géographiques (aires florentines et non florentines) sont-elles moins précises
que les délimitations sociales. Le chapitre II (pp : Io9-135) contient les mots
qui datent de la Tancia ou ne lui sont pas anténeurs de plus de trente ans.
Dans le troisième chapitre (pp. 136-16a) l'auteur cite les mots les plus cazac-
téristiques parmi ceux qui, attestés auparavant, apparaissent pour la première
fois dans la Tancia avec un sens nouveau. Le danger d'azbitraire peut appa-
raître ici plus fortement par suite de l'insuffisance ou de l'absence de docu-
ments. De ces trois chapitres se dégage nettement la tendance de Michel-
angelo Buonarotti il Giovane à reproduire les traits du parler courant de
Toscane et les éléments populaires du registre de la ville et de la campagne.
Le chapitre IV (pp. 163-187) atteste le goût de cet auteur pour la nomencla-
ture. Après avoir fait un rapprochement peut-être un peu rapide avec le
toscan non florentin et le romanesco, Teresa Poggi Salani effectue un classe-
ment onomasiologique du lexique de la Tancia. On appréciera le côté exhaustif
de l'inventaire. Le goût pour la métaphore (chapitre V  : pp. 188-a17) tout
comme le goût pour la nomenclature, révèle chez l'auteur de la Tancia
l'observation de la réalité. Bien qu'il ne contienne pas un relevé complet ni
une étude systématique, ce chapitre permet de mettre en évidence l'originalité
et la richesse des métaphores de la Tancia dont la plupart apparaissent ici

126 pour la première fois. L'analyse approfondie de mots comme «  ballerino  »
(p. 189), «  rivellino  » (p. 195) ou d'expressions comme «  a salvare  » (p. 196)
montre combien la recherche du concret importe à Michelangelo Buonarotti
il Giovane. La difficulté de faire une distinction entre l'exemple pris à l'usage
courant, l'exemple propre au genre choisi et l'exemple créé artificiellement
apparaît ici plus qu ailleurs. Le chapitre VI (pp. 218-248) traite précisément
de la reconstruction artificielle des éléments populaires du parler de la ville
et de la campagne. Fidèle au canon du genre, l'auteur de la Tancia donne libre
cours à la création verbale (créations libres sur des modèles existant dans la
langue, déformations de mots courants, croisements, réinterprétations). On
remarquera l'examen des mots avec le préfixe s- (p. z45). L'emploi des suffixes
(chapitre VII pp. 249-26z) offre la possibilité de nouvelles extravagances
verbales et augmente paz là les difficultés d'interprétation. Le relevé de jeux
de mots fondés sur l'équivoque (chapitre VIII  : pp. 263-275) met en relief
l'originalité de l'auteur de la Tancia (à l'exception de trois mots tous les
exemples sont nouveaux). L'importance relative de l'équivoque dans la Tancia
montre néanmoins que Michelangelo Buonarotti il Giovane ne se sent pas
nécessairement lié aux canons du genre choisi. Les termes littéraires ou
archaïques (chapitre IX  : pp. 276-285) ont une distribution symptomatique
(ils appazaissent essentiellement dans les prologues et les intermèdes) et
appazuennent au registre de la langue de la comédie florentine du xv18 siècle.
L'étude est complétée par deux chapitres oIY sont enregistrés les mots et les
sens d'attestation récente dont toute interprétation est rendue impossible paz
l'absence d'éléments pertinents (chapitre X pp z86-295  ; chapitre XI

pp. 296-312) et par un relevé de mots divers (chapitre XII  : pp. 312-338)•
Dans son ouvrage, Teresa Poggi Salani a bien mIS en lumière le gofit de
Michelangelo Buonarotti il Giovane pour le toscanisme vivant et pour les
traits populaires du parler de la ville et de la campagne, la recherche de
l'expressivité ainsi que la tentative d'une reconstruction lexicale. Sont à mettre
au crédit de l'auteur  : le sérieux avec lequel il a accompli son travail (rédaction
minutieuse des fiches, nombreux dépouillements d'aeuvres appartenant au
même genre que la Tancia, analyse scrupuleuse du Vocabolario della Crusca,
importance des dictionnaires et des glossaires de l'italien et des dialectes
toscans consultés, intérèt des indications sur la Tancia et sur les autres oeuvres
de Michelangelo Buonarotti il Giovane (pp. 343-356), son souci d'honnêteté
(à plusieurs reprises il reconnaît le danger d'azbitraire auquel il s'expose

pp. Io8, Io9, IIO, 135 159 173 189, Zoé, 230, 344 345 ainsi que les cha-
pitres X et XI) son désir d'effectuer une étude exhaustive (notamment dans
les chapitres IV et VII). Si l'on peut regretter la rareté des recours à la dialec-
tologie («  billera  », p. 37, «  grascia  », p. 231, et pp. 182, 239, 2q.q.) et ~ la philo-
logie (p. 234 «  accorrere  », «  affetto  »), on doit cependant souligner que Teresa
Poggi Salani ouvre de nombreuses perspectives de recherche (notamment
p. Zoé l'étude des procédés métaphoriques des contemporains de l'auteur de
la Tancia, p. 261 l'étude des textes appartenant au même genre que la Tancia
mais antérieurs, p. 34o étude de l'aspect phonétique et morphosyntaxique
de la langue de la Tancia). Son ouvrage est non seulement une étude d'un
grand intérêt sur le lexique de la Tancia mais il constitue également un outil
précieux (dont la consultation est facilitée par la présence d'un index  : pp. 357-
375) Pour les recherches du critique littéraire, du linguiste et du dialectologue.

Joseph Sev1.

127 J. NEU~fANN - V. HotiEJ§f, GRAND DICTIONNAIRE FRANÇAIS-
TCHÈQUE (Velkÿ francouzcko éeskÿ slovnik), Académie Tchécoslovaque
des Sciences, Prague, 1974, t. 1 (A-K), in-8~, 833 p. ; t. 2 (L-Z), in-8~, 930 p.

The Grand dictionnaire français-tchèque, by Joseph Neumann and
Vladimir Horejsi, the ~rst o f its kind in 80 years, including ouer 70 000 entrfes,
has just been completed. It is designed for Czeks using French passfuely and
can be used by the French speaking Slauic scholar, though the absence o f notes
speci fying verbal aspects in Czek is regrettable. The leæicon is resolufely
contemporary, with importance giuen to fechnical ternis as well as Anglicisms.
Apart from sonie mfnor inaccuracies in French, fhe wealth o f information
concerning the usage of uarious words is felt as vert' positive.

Depuis 1896, date de parution du dictionnaire en deux volumes de
Herzer et Ibl, il n'a pas été publié jusqu'à cette année de dictionnaire
français-tchèque. C'est ce vide de quatre-vingts années que comble de
manière efficace le Grand dictionnaire français-tchèque de Joseph Neumann
et de Vladimir Hoïej~i publié par Academia, la maison d'édition de l'Aca-
démie tchécoslovaque des Sciences. Ce dictionnaire sera d'autant mieux
accueilli que le « Herzer et Ibl  », de conception ancienne et de langue parfois
archalque, est en outre pratiquement introuvable, surtout pour les slavi-

sants français.

Pour le moment, il ne sera rendu compte ici que du premier tome
des deux volumes du « Neumann-Hoiej§i  ». I1 présente un ensemble de
32 000 entrées (pour les lettres de A à K) sur plus de 70 000 au total. Les
travaux ont débuté en 1954 au sein du « Cabinet de Philologie moderne  »
de l'Académie des Sciences tchécoslovaque. Ils se sont poursuivis à l'Ins-
titut des Langues et de Littérature de cette académie. Le premier volume
fut achevé en 1966 et le second en 1970. Depuis cette époque jusqu'en
1972, les auteurs ont complété ce dictionnaire par l'introduction, en parti-
culier, de néologismes et par l'ajout d'Annexes.

Le second tome est annoncé comme prét à paraitre. En plus des
38 000 rubriques représentant les lettres L à Z, il comprend les Annexes
qui englobent, entre autres, les abréviations courantes avec leurs équi-
valents tchèques, des tableaux de préfixes et de suffixes, une liste de pro-
verbes et de dictons avec leurs équivalents tchéques, des régionalismes,
canadianismes...

Ce travail colossal de presque vingt années a été dirigé par le docteur
Vladimir Hoïejsi, candidat és Sciences, puis, à partir de 1962, par le doc-
teur Josef Neumann. La direction scientifique fut confiée successivement
aux professeurs Vladimlr Buben, Josef Dvoïàk et Jan ~abr~ula.

A qui est destiné le Grand dictionnaire français-tchèque 2 D'aprés les
auteurs, «  le dictionnaire est destiné avant tout aux utilisateurs tchéques,
en particulier à ceux qui utilisent le français passivement (traducteurs,
lecteurs de belles-lettres et d'ouvrages techniques). Par sa conception
mùrement réfléchie, ce dictionnaire souhaite cependant contribuer au
perfectionnement de l'emploi actif du français.

Ce dictionnaire sera certainement apprécié comme un instrument de
travail particulièrement important dans le milieu des linguistes, des slavi-
sants français et des bohémisants qui possèdent le français au moins de
manière passive I  ».

(1) Dans leur article publié dans les Cahiers de Lexicologie (1967) II, les auteurs
semblent plus prudents et moins alCirmer la ■ réversibilité u de ce Grand dictionnaire
français-tchèque. Cet article représente, en gros (avec des exemples de rubriques en plus),
la préface et l'introduction (écrites en tchèque) au premier tome.

128 Aussi, pour rendre compte de ce travail volumineux de la façon la
plus juste qui soit, nous nous efforcerons d'en apprécier la valeur aussi
bien du point de vue de l'utilisateur tchéque que de l'utilisateur francophone.

Le besoin d'avoir un dictionnaire français-tchèque complet et moderne
se faisait sentir depuis de longues années. C'est à cette tache que s'est
courageusement attelée la rédaction du présent dictionnaire. Dans ce but,
les auteurs ont dépouillé non seulement bon nombre d'ceuvres littéraires
contemporaines, de journaux et de revues récentes, mais aussi tous les
dictionnaires français modernes et les dictionnaires bilingues (français-
une autre langue).

Il en résulte que la nomenclature du dictionnaire est celle du français
contemporain. Cet ouvrage vise, de plus, à une certaine exhaustivité dans
tous les domaines. Le résultat souhaité semble étre bien atteint  : le lecteur
tchéque se trouve devant un panorama extrémement riche de la langue
française. Le lecteur francophone est lui-méme très favorablement impres-
sionné par cette richesse, où parfois il découvre méme des éléments de
sa langue.

Les entrées du dictionnaire (c'est-à-dire les mots français), en parti-
culier le « titre « des articles, sont présentées de manière fort claire, avec
un nombre de renseignements élevé sous une forme ramassée et concise
on y reléve des notes grammaticales, la transcription phonétique et diverses
abréviations. On pourra consulter avec profit les notes méthodologiques
dans l'exposé des auteurs dans les Cahiers de Lexicologie, 1967-II
«  Structure du dictionnaire.  »

Le nombre de ces entrées est encore considérablement augmenté par
les compléments donnés dans le corps de l'article sous forme d'expressions

FI$VRE [fje :vr] f.

1. horeéka (continue setrvaéna, trvalâ, hectique hektickâ, herpétique
herpetickù, intermittente, rémittente, à quinquina intermitujici, marem-
matique, paludéenne bahenni, puerpérale omladnic, récurrente nâvratna,
des foins sennâ, de lait z mléka, de Malte maltskâ) ; r.. aphteuse vet.
slintavka, kulhavka ; ~. charbonneuse vet. uhlâk, snét' slezinné  ; ~. s érup-
tives horeénaté nemoci s vyrâ~kou ; ~ jaune ~lutâ zimnice ; r... miliaire
horeéka potniékovâ, poltivka ; ~+ ortiée kopiivka ; ti ourlienne pïtu§nice ;
... quarte kvartâna ; r~ tierce terciâna) ; ~+ é pappatacci, de trois jours,
de Volhynie papataéi, tiidenni horebka ; r.. des armées, des hôpitaux arch.
tyf(us) ; ~.. de cheval straénâ horeéka.

2. Le sens des mots est richement illustré par des exemples qui four-
nissent des contextes précisant avec habileté les différentes nuances. On
pourra, à cet effet, se reporter, par exemple, aux articles  :EAU, couPER,
ENGAGER, etc., cités par les auteurs dans l'article mentionné plus haut.

Il est parfois cependant regrettable que la rédaction ne se soit pas
abstenue d'inclure des exemples qui ne semblent pas exacts.

Ainsi

fer  : ... 10 ti s pl. : okovy, ~eleza, ~elizka ; fig. okovy (otroctvi) ;
jeter dans les fers uvrhnout do vézeni,

ce qui se dirait plutôt, me semble-t-il  : « mettre aux fers H ou, à la rigueur,
«  jeter aux fers  » ;

bras ... avoir le ti retroussé jusqu'au coude mit vyhrnuté,

vykasané rukâvy az k lokti;

129 (il s'agit, bien sitr, de bras de chemise et de plus, l'expression devrait ztre
au pluriel)...

Ce Grand dictionnaire français-tchèque se veut résolument moderne
dans le choix des mots et fait aux « disciplines qui occupent une place
prépondérante dans l'évolution de la société contemporaine  » la part
qu'elles méritent. On trouve ainsi des termes comme  :colorant azoïque,
bio-dégradable, alunir, etc. Ces mots ont été inclus d'une part d'après
un principe de fréquence et d'autre part, d'après l'usage courant que l'on
peut en faire.

Ce dictionnaire fait également une part importante aux néologismes,
en particulier anglo-saxons. Une certaine surabondance de ceux-ci fait
clairement sentir que les dépouillements ont été faits à partir de journaux
ou de revues spécialisées, où, pour différentes raisons  :snobisme, ésoté-
risme, paresse de chercher le terme français correspondant, refus ou
impossibilité (cas relativement rare) de le créer, on use volontiers de ces
termes. Ainsi, nous trouvons les entrées françaises grape(-)fruit, brain-
drain, brain power, brainstorming, alors méme que des termes qui sem-
blaient rire adoptés tels que « parking •font place de plus en plus à des
termes tels que « parc de stationnement a.

Sur le plan stylistique, la rédaction s'est efforcée de distinguer les
différentes valeurs stylistiques des mots. Il semble que les auteurs aient
parfois ressenti certaines difficultés qui ne sont pas inconnues, m@me aux
lexicographes français. En particulier, l'appréciation entre «  familier e et
« argotique a, entre «  argotique r et «  vulgaire r semble délicate. L'appré-
ciation unique de « vulgaire • ne nous semble pas suffisante (nous préco-
nisons l'introduction de deux niveaux de langue « basse •

vulg. vulgérni vÿraz —terme vulgaire
sprost. sprostÿ vÿraz —terme grossier),

ainsi que celle de a dialectal a. Nous savons que les auteurs ont établi dans
les Annexes des listes de canadianismes, de belgicismes...' Ces termes
n'apparaissent peut-ètre pas dans le dictionnaire ou ne sont pas marqués.
Ainsi, le terme a bourrier r qui semble étre attesté au Canada et dans les
régions de l'ouest de la France est donné sans aucune indication  :bourrier
[burjeJ m. odpadky, smeti. La notion de a régional r devrait certainement
venir ici (celle-ci étant différente de « dialectal u). Les équivalents stylis-
tiques tchèques sont parfois bien choisis, ainsi, dans la traduction des
adjectifs en -able et -ible..., ou dans certaines expressions comme  : a avoir
la cuisse hospitalière ou légère u, où la traduction est excellente.

S'il est indispensable pour un slavisant francophone de posséder ce
dictionnaire, on pourrait de son point de vue émettre quelques réserves.

Tout d'abord, au point de vue morphologique, ce qui fait difficulté
à un francophone n'est pas indiqué il n'y a d'ailleurs pas d'indications
morphologiques à la suite des mots tchèques.

En ce qui concerne la syntaxe, le lecteur français peut regretter que
l'inscription de la rection des verbes aprés ceux-ci n'ait pas été envisagée
par les auteurs de manière systématique et totale. On trouve cependant
des « parties sémantiques o parfaitement faites

dresser ... 8 ~+ q contre q

"stv~t, postvat koho proti komu.

130 On aurait pu également penser à une forme plus concise, où les cas seraient
représentés par leur numéro §tvat, po~tvat 4 PROTI 3.

Peut 0tre également g8nant le mélange des aspects verbaux. Si l'on
prend la rubrique

couper I vt. 1. cezat, stiihat, krajet, sekat ;

uïiznout, ustiihnout, ukrojit, useknout ;
odiiznout, odstrihnout, odkrojit, odseknout ;...

les quatre premiers verbes sont imperfectifs, les autres perfectifs. On a,
en fait, quatre séries de trois verbes formés chaque Pois sur la m@me racine.
Chaque verbe correspond à une situation, à un contexte donnés, qui ne
sont pourtant pas énoncés. S'ils peuvent apparaître clairement au lecteur
tchèque, il n'en sera pas de m8me auprès du lecteur français.

De plus, au point de vue lexicologique, la polysémie d'un mot n'est
pas toujours annoncée de manière assez nette. Souvent le lecteur doit
chercher de quel sens du mot il s'agit d'aprés les exemples cités ou à défaut
d'aprés diverses indications tch8ques accompagnant la traduction

couture ... 3. tech. $ev.

4. §ev (jizva) [s jizva •signifie « cicatrice •].

couper  : I vt. 1. ..., odseknout ;
roz~ezat (un livre knihu) ;
vyi<eaaf (uyklestit zuii~e)  ;

où le dernier verbe est expliqué par une expression tchèque plus complexe
pour le lecteur francophone que le verbe lui-m8me (ici on explique « couper p
par •castrer y).

Il est des cas où l'utilisateur francophone ne saura quel mot choisir,
même au sein d'une rubrique explicitant un sens quelconque. A  :couper,
quel verbe choisir (m8me s'il a su reconnaître les aspects), quelle est la
différence entre les quatre verbes de base cités, comment savoir que le
choix du vèrbe devrait s'efTectuer en fonction de ce que l'on coupe, de
ce que avec quoi l'on coupe et méme de la manière dont on le coupe 2

Sans vouloir affirmer qu'il faille quatre dictionnaires pour bien tra-
duire d'une langue dans une autre (et inversement), je crois que l'on aurait
pu trouver un compromis facile sur le chemin de la réversibilité de ce
dictionnaire, ne serait-ce qu'en indiquant également en français le contenu

tchèque des parenthèses.

En conclusion, il ressort que le Grand dictionnaire français-tchèque
est destiné essentiellement àdes Tchèques (il présuppose chez l'utilisateur
francophone une connaissance non négligeable de la langue tchèque).

Travail de vingt années d'une équipe entiére, il présente l'ensemble
du français contemporain, non seulement par ses entrées, mais aussi par
une riche phraséologie. Le Grand dictionnaire français-tchèque de MM. Neu-
mann et Hoïej§t est, sans contexte possible, au xxe s., ce qu'a été le
• Herzer et Ibl • au xIx s., à savoir Le Dictionnaire français-tchèque.

P. POGPiAN,

C.N.R.S., Paris.