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Comptes rendus

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  • ISBN: 978-2-8124-0425-2
  • ISSN: 2262-0346
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4277-3.p.0123
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 27/08/2012
  • Périodicité: Semestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
123
COMPTES RENDUS



Jean-Louis FossnT, LA FORMATION DU VOCABULAIRE DE LA
BOUCHERIE ET DE LA CHARCUTERIE, $TUDE DE LEXICOLOGIE
HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE, s.n.e., s.n.l., [Toulouse, imprimerie

Ménard], i97i, 387 pages zt x z7 cm.

L'ouvrage est important, sans doute pour le dialectologue, mais aussi
pour le sémanticien, et c'est de ce point de vue qu'on l'examinera ici.

Disons d'abord, pour n'y plus revenir, qu'il souffre dans sa présentation
de sérieuses imperfections, dues aux conditions matérielles de la recherche
en sciences humaines, mais aussi au tempérament du chercheur. Le plan
du livre, très clair dans la table, apparaît mal typographiquement dans le texte.
L'auteur a cédé à la vogue des références et renvois non pas aux pages mais
aux sections numérotées à l'américaine on perd beaucoup de temps
à rechercher, par exemple, rouelle qui est en a.4.ia (5). Ce système oublie
qu'un livre n'est pas fait pour l'auteur et le typographe mais pour le lecteur.
Surtout, rédacteur au style trop personnel, l'auteur emploie et forge une ter-
minologie pittoresque, exubérante, sur-expressive, qu'il définit peu ou pas.
On souhaiterait une autre rédaction, plus pédagogique ; ou un glossaire des
termes spécifiques, qui sont nombreux. Certes, Fossat doit beaucoup à Jean
Séguy, déjà très ongmal dans son ton, mais qqui écrit clairement et définit
suffisamment. Si l'on ajoute à cela qu'il hérite de la tradition des philologues
et des dialectologues, qui n'ont que trop tendance à publier de véritables
fiches en style télégraphique, bourrées d'abréviations, c'est-à-dire à écrire
comme sur les atlas ou comme dans les notes infra-paginales, on comprendra
que le livre est d'une consultation ardue, et défie presque la lecture suivie.
On insiste sur ce point pour attirer l'attention des chercheurs, remarquables
comme c'est le cas ici, qqui perdent de vue qu'avec l'extension de la curiosité
linguistique et le développement de l'enseignement linguistique universi-
taire (peut-être plus de dix mille étudiants actuellement), le public potentiel
d'un tel livre ne peut plus être restreint à quelques dizaines de spécialistes
habitués à se décrypter mutuellement. Ce serait nuire à sa propre discipline
que de n'avoir pas ce fait nouveau toujours présent à l'esprit.

Ajoutons aussi que l'auteur semble conditionné par les terminologies
actuellement prestigieuses, au point que son livre mériterait presque une
étude stylistique à cet égard. Tous les mots de passe actuels apparaissent,
mais réemployés dans des acceptions éloignées de leur origine, et souvent diffi-
ciles àdéterminer. Les organigrammes (p. 57) ne sont que des tableaux ; l'ordi-
nation linguistique (p. 3i) n est qu un classement; le terminal (pp. 53~ 55~
97~ 99) n'est qu'un pomt d'arrivée  ; le programme sémantique d'un mot,

124 c'est son évolution. L'analyse ensembliste (pp. 51, 218, 300) ne doit pas toujours
se référer à la théorie des ensembles si l'on en juge par une «  conceptuali-
sation emboîtante, c'est-à-dire ensembliste  » (p. 273). Les nucléus sont des
noyaux (p. 63). Performance est nettement détourné de son sens chomskyen

P•  ?98~ 309 323) 3 compétence aussi (p. 223). La double articulation et le
oncuonnallsme ne sont pas mieux traités (pp. 301, 315). Bayonne, Lectoure
et Dax sont des métropoles (p. 74). Stochastique siglufie tout simplement au
hasard (p. 348). Il s'agit là d'une pétulance terminologique irrépressible, pré-
judiciable au livre, au sujet, voire à la discipline qu'il représente.

Mais ceux qui résisteront à ces premières impressions de lecture défa-
vorables seront récompensés. C'est sans doute la première fois qu'un champ
sémantique est décrit dans toute la complexité de son usage sociolinguistique.
La même zone de référence au monde non linguistique, l'anatomie des bêtes
de boucherie, fait apparaître ce que Gilles Granger avait bien dénommé

le caractère de «  quasi-structures  », ou de « structures labiles  »par quoi le
lexique se distingue des autres parties structurées de la langue — ce qui permet
de bien saisir quelques-unes des raisons intrinsèquement lingmstiques de
cette labilité, que Granger posait et constatait pour des raisons théoriques.
A travers les analyses de Fossat, ce qui transparaît, c'est non pas un champ
lexical, mais cinq ou six, en interaction constante, sur le même territoire géo-
graphique  : le lexique des vétérinaires, qui fournit un cadre des «  realia  » du
domaine, cadre non contraignant d'ailleurs vis-à-vis de l'analyse lexicogra-
phique (pp. 30, 58) ; celui des chevillards, lié essentiellement à la découpe
des carcasses en abattoir, qui a sa spécificité, et « qui joue un rôle crucial
[actuellement] dans la diffusion et la fixation des termes  » (p. 29S) ; celui
des éleveurs, qui ne coïncide avec celui des bouchers que dans la boucherie
communale agricole du xlxe siècle ou ce qu'il en reste (p. 86)  ; celui des
bouchers eux-mêmes, qui sont par leur vie socio professionnelle à la croisée
des différents dialectes sociaux qu'on inventorie ici, c~ui les connaissent passi-
vement tous peu ou prou, et qui en pratiquent activement deus au moins
(~p. 86, 271, 298) ; celui des clients enfin, c~ui n'adoptent pas purement et
sunplement la terminologie des bouchers, mais la maintiennent ou l'altèrent,
selon leurs besoins propres de communication  : ce qui n'est pas vendable n'a
pas de nom, le pancréas devient «  le morceau du chat  », les distinctions
inutiles sont neutralisées («  le morceau du boucher  »), les termes techniques
sont altérés (l'onglet > le longuet) etc. (p. 62, 271). L'enquête de Fossat lui
fait même mettre au jour, et de façon convaincante, un lexique spécifique des
«  cuisinières bourgeoises  », des « vieilles cuisinières  » et des « belles-mères  »,
dont le vocabulaire reflète — et surtout reflétait —leur propre pratique culi-
naire («  la pièce grasse  » ~.. «  la pièce maigre  », «  la pièce blanche  » ,..~ «  la pièce
noire  » ; «  la pièce de la belle-mère  », «  la pièce de la casserole  »etc., pp. 62,
69~ 295 334 335)• On se trouve donc en présence, dans une zone de pratique
linguistique bien délimitée, non pas d'une langue technique commune comme
on l'imagine vue de loin et de haut, mais devant un véritable multilinguisme
lexical, avec les synonymies, les polysémies, les redondances, et l'intercompré-
hension plus ou moins assurée entre dialectes sociaux superposés.

Cette labilité se complique encore pour des raisons historiques. Malgré
la pénétration continue, dans la profession, du français technique standard
(pénétration déclenchée par la guerre de 1914, et surtout l'extension de la
découpe nationale, à des fins de contrôle, par le gouvernement de Vichy),
les tendances à la normalisation —linguistiquement économique —sont
contrées par le prestige du français régional des métropoles (Toulouse et
Bordeaux), lequel n'est pas encore parvenu lui-même à effacer les usages
particuliers de zones rurales dont le cloisonnement se montre persistant dans
l'histoire (pp. 32, 55, 60, 61, 181, 299 306).

125 Le livre fourmille d'autres indications, qui demanderaient à être exploitées
moins cursivement que ne le fait l'auteur, à la fois enthousiasmé et débordé
par la richesse de ses matériaux. Par exemple, l'importance d'une composante
« facétieuse  » ou ludic)ue dans la surabondance des dénominations, liées souvent
à des tabous anatomiques, aurait mérité un développement en forme (p. aa3).
On peut en dire autant de l'importance d'une composante « affective

— l'expression méliorative ou péjorative traduisant l'attitude du locuteur-
consommateur vis-à-vis du morceau (p. 3a5) —bien chue ce facteur soit déjà
bien étudié. D'une façon générale, l'auteur, trop pleur de son sujet, passe
trop vite, et suppose connues des foules de détails qu'on voudrait voir expli-
cités  :par exemple, les glissements de la terminologie bovine à la porcine et
vice versa (p, g4) ; ou bien les vestiges de mémorisation rituelle de la termi-
nologie des « parties du cochon  » (p. 54)•

Sans doute aussi l'auteur s'est-il vu pressé par la masse de ses matériaux
parce que, tiraillé entre sa formation de philologue-dialectologue et la nou-
veauté sémantique de sa recherche, il n'a pas su prendre parti. L'étude diachro-
nique du système actuel, solide mais classique, occupe 18o pages ;l'analyse
synchronique e des mouvements observés dans le vocabulaire gascon de la bou-
cherie  » (titre révélateur) en occupe à peine 80, et ne contient pas la belle étude
synchronique du ou des systèmes actuels, qui aurait pu être à la fois la base
de tout le travail et son apport scientifique le plus neuf.

Malgré toutes ces insatisfactions, dues à la richesse même de l'ouvrage,
nous savons qu'il existe à Toulouse un chantier de recherches lexicologiques
et sémantiques engagées dans le concret comme aucun autre ne l'a jamais été,

et dont nous allons attendre beaucoup.

Georges Mouivlx (Aix).

Heinrich KUEN, ROMANISTISCHE AUFSAETZE, édité sous les auspices
du Romanisches Seminar der L'niversitât Erlangen-Nürnberg. Nürnberg,
Hans Carl éd., 1970, 437 p. (Erlanger Beitr~ge zur Sprach- und Kunst-
wissenschaft, Band 35)•

Les linguistes ne pourront que se féliciter de voir se développer une
nouvelle forme d'hommages scientifiques à laquelle appartient le présent
recueil. A la place d'un ensemble de contributions de circonstance trop sou-
vent disparate et d'intérêt variable, celle-ci offre un regroupement des articles
les plus importants du maître que l'on souhaite honorer, articles devenus
souvent bien difficiles, voire impossibles à consulter. C'est ainsi que pour
célévrer le 7oe anniversaire de H. Kuen, l'un des philologues les plus éminents
de notre temps et dont la compétence couvre l'ensemble de la Romania, ses
collègues d'Erlangen-Nuremberg ont réuni, outre deux inédits, vingt-deux de
ses articles les plus importants (dont trois comptes rendus) parus dans des
revues ou mélanges entre 19x3 et 1968. Elève ou assistant d'E Gamillscheg,
de Max-Leo Wagner et de von Wartburg, H. Kuen illustra dans ses travaux
les thèmes essentiels et les méthodes avancées de la linguistique historique
de la première moitié du siècle. On y trouvera donc principalement, àcôté
d'une synthèse remarquable qui clôt le volume  : Versuch Biner vergleichenden
Charakteristik der romanischen Schriftsprachen (1958), P• 419-437 des études
dialectologiques et géolinguistiques portant sur des parlers romans très divers
(latin, trentm, rhétoroman, provençal, catalan, dialectes français, italiens,
roumains, etc.). Nous ne donnerons pas ici une recension critique de ces tra-
vaux qui reçurent en leur temps un accueil très généralement favorable.Nous
nous bornerons à attirer l'attention sur leur intérêt toujours actuel en signa-

126 Tant plus particulièrement ceux qui concernent de près ou de loin les pro-
blèmes lexicologiques.

Comme l'on pouvait s'y attendre, ce sont les aspects morpho-phonologiques
Pxam;nés dans la double perspective historique et géolinguistique qui occupent
une place prédominante. H. Kuen maîtrise une érudition considérable, ce qui
lui permet souvent d'aborder des problèmes généraux (en remettant en cause,
par exemple, les conclusions pessimistes de Gillieron sur la portée de l'étymo-
logie phonétique, cf : p. 70) et de suivre, en y contribuant au fil des années,
le développement des nouvelles méthodes de la dialectologie sociolinguistique.

On se reportera donc toujours utilement,

pour les problèmes relatifs à l'étymologie et à l'histoire des mots à
Die Sprachgeographie als Helferin der Étymologie (1958), pp. 185-208 ;
Die Sprachgeographie als ii~issenschaft vom Menschen (1962), pp. 209-222,

qui traite des méthodes des nouveaux atlas ;

Methode kontra Zufall in der IVortgeschichte (inédit), pp .49-71
Rückldufige Bewegun en in der Entwicklung der romanischen Sprachen zum

analytuchen (1952~~ PP• 72-92, sur la morphologie des verbes ;
Einheit und Mannigfaltigkeit des Riitoromanischen (1966), pp. 355-375
Die sprachlichen Verhdltnisse auf der Pyrenüenhalbinsel (1950), pp. 376-

407

plus spécialement pour les mécanismes des emprunts interdialectaux à

Beobachtungen an einen kranten IVort (1935) PP• 20-48, à propos d'exemple
du Tyrol nord-italien ;

Uber einige galloromanische Elemente in katalanischen IVortschatz (1929),

p. 129-139

les lexicologues et les sémanticiens trouveront aussi des illustrations très

intéressantes dans

Verwandtschaftsbegriffe und Zweisprachigkeit (1968), pp. 140-153
et dans deux études du vocabulaire de Dante

Dante in Reimnot (1940), pp. 269-278 ;

Sprachen und Dialekte in der gôttlichen Kombdie (1957) PP• 279-309•


F. CLAES, s.1., LIJST VAN NEDERLANDSE WOORDENLIJSTEN
EN WOORDENBOEKEN GEDRUCKT TOT 1600, in De Gulden Passer,
Anvers, 1971 498 année, pp. 131-229.

L'histoire des dictionnaires, qui avait connu avant 1940 de brillants
débuts, notamment par les travaux des chercheurs belges et hollandais (de
Vreese, Riemens, Bourland, Verdeyen, etc.), retrouve depuis quelques années
un regain d'intér@t. On ne s'étonnera pas de voir que c'est l'un des plus bril-
lants foyers de la lexicographie à ses origines qui abrite aujourd'hui de très
importants travaux d'érudition moderne, développés par F. de Tollenaere
au Centre de Lexicographie Néerlandaise de Leyde ou par le P. Claes à
Louvain.

Ce dernier, que nos lecteurs connaissent déjà par une récente contri-
bution àl'étude de l'influence d'Estienne sur Plantin, vient de réunir la plus
importante bibliographie de dictionnaires flamands et néerlandais du
Xvle siècle. Quand on connaît les difficultés que pose l'identification des réper-

127 foires de cette époque à travers l'extraordinaire imbrication des filiations
d'éditions réimprimées, plagiées ou tronquées, les fausses attributions que les
catalogues anciens ont aidé à perpétuer, l'impossibilité de retrouver des
ouvrages cc consultés  »dont la trace est pourtant perdue depuis près d'un siècle,
on ne peut qu'admirer la patiente efficacité avec laquelle le P. Claes a pour-
suivi sa quête auprès des bibliothèques européennes. Reprenant les inventaires
existants en s'efforçant de confirmer, préciser ou corriger leurs indications
lorsqu'elles s'avéraient insuffisantes ou inexactes, il a pu meure ainsi en
lumière de nombreux ouvrages peu connus et même inconnus jusque-là.

Sa bibliographie regroupe 355 titres classés par ordre chronologique,
parus entre 1477 et i600. Pour chaque ouvrage, une notice signalétique men-
tionne, outre les références bibliographiques les plus complètes, trois groupes
de données complémentaires

— la ou les sources qui ont permis de repérer l'ouvrage  ;

— la ou les références des principales bibliothèques où l'on peut le
consulter ;

— des commentaires facilitant l'identification (édition, hypothèses sur
l'auteur d'un anonyme, discussion des amibutions antérieures, etc.).

Elle comprend aussi des tables alphabétiques qui rendent cette liste encore
plus maniable  :lieu d'édition, noms d'auteurs, titres des anonymes.

Ainsi conçu, l'ensemble constitue un instrument de travail indispensable
pour tous ceux qui consultent, à titres divers, les dictionnaires anciens. Ajou-
tons que, la lexicographie du xvle siècle étant essentiellement bilingue, les
ouvrages recensés intéressent les chercheurs qui étudient les principales langues
européennes anciennes. Plus de la moitié des ouvrages cités renferment une
partie française, par exemple. Y sont très précisément signalés, à côté des
recueils polyglottes de Calepin, de Berlaimont ou de Jonghe (Junius) qui
furent diffusés à travers tout le continent, ceux de Meurier, de Sasbout et de
Mellema, pour ne citer que les plus célèbres en leur temps et qui occupent
une place à part entière dans l'histoire de la lexicographie française.

Il serait souhaitable que cette précieuse contribution, d'une portée qui
dépasse de beaucoup le seul cadre de l'histoire de la langue néerlandaise,
connaisse rapidement une plus large diffusion auprès des linguistes et des
philologues.

B. Q.


ARCHIVES DE LA LINGUISTIQUE FRANÇAISE. Collection de
micro-éditions, sous la direction de B. Quemada.

Les difficultés rencontrées par les chercheurs éloignés des grandes biblio-
thèques pour la consultation des sources linguistiques anciennes (ou simple-
ment des ouvrages épuisés) sont bien connues de nos lecteurs. Cet état de
choses n'a pu qu'empirer depuis quinze ans du fait de l'importante augmen-
tation de la demande, suscitée par l'intérêt accru pour les études linguistiques
ou textuelles et la multiplication des effectifs et des centres universitaires
dans le monde entier. La disponibilité des ouvrages anciens, déjà limités en
nombre, s'est trouvée réduite de façon très préjudiciable  ; sans parler des
restrictions de communication que l'usure même d'éditions irremplaçables a
imposées. Ainsi aujourd'hui, ceux-là même qui pouvaient disposer des biblio-
thèques les plus riches en viennent souvent à être logés à la même enseigne

128 que leurs collègues des jeunes universités de France et de l'Etranger dont
les bibliothèques sont d'une pauvreté exttème.

Bien sûr, le problème n'est pas nouveau. Mais il se pose en termes diffé-
rents  :d'une part la situation actuelle lui confère de nouvelles dimensions par
le nombre de chercheurs concernés et, d'autre part, les progrès des techniques
de reprographie nous proposent aujourd'hui des solutions à notre portée. Ne
pas tenter de remédier à cette pénurie paraît injustifiable à tous ceux qui se

sentent concernés par la nécessité de la recherche.

Tous les chercheurs savent qu'il n'a jamais été possible de traiter une
question dépassant un cadre smctement local, en un quelconque domaine
de la linguistique française, sans recourir aux ressources des bibliothèques
parisiennes. Les services de prêt inter-bibliothèques, pour être précieux, n'ont
lamais pu couvrir l'ensemble des besoins. L'établissement de photocopies ou
de microfilms ne représente qu'une solution ponctuelle et individuelle. Très
justifiée sans doute pour reproduire des documents qui sont la base d'une
exploitation personnelle détaillée, cette formule ne résout nullement la néces-
sité de constituer de larges collections d'ouvrages de référence destinés à la
consultation aléatoire. Les réimpressions anastatiques classiques, inspirées à
certains éditeurs étrangers par la situation actuelle, séduisent par les avan-
tages et le plaisir traditionnel de leur lecture, mais elles s'avèrent beaucoup
trop onéreuses pour représenter une solution satisfaisante au niveau de la
majorité des chercheurs et même des organismes de recherche. Restait donc
le recours à de nouveaux procédés de reproduction, mieux adaptés par leurs
caractéristiques et leur prix de revient, et susceptibles, en outre, de permettre
la réalisation d'un programme à la mesure des besoins de la communauté

des chercheurs.

C'est ainsi que Bernard Quemada, qui avait expérimenté dès 1966 les
avantages de la reproduction sur microfiches (par rapport à celles déjà offertes
par les microfilms), soit pour l'essentiel, de plus grandes facilités de manipu-
lation, de consultation, d'archivage et de conservation en même temps qu'un
moindre prix de revient pour l'établissement des fiches-mères et leur repro-
duction (I), s'est tourné vers l'Association des Universités Partiellement ou
Totalement de Langue Française (A.U.P.E.L.F.) pour réaliser son projet. Cet
organisme bénéficie, en effet, d'une expérience de près de dix ans, puisqu'elle
diffuse sous cette forme, avec le concours technique du Laboratoire de repro-
graphie du C.N.R.S., les documents que de jeunes universités africaines et
américaines lui demandent de reproduire. L'A.U.P.E.L.F. a généreusement mis
à sa disposition les moyens matériels qui ont permis de lancer cette entreprise,

à la fois rapidement et sur une assez grande échelle.

(z) Les avantages peuvent étre ainsi schématisés

Une microfiche standard (ISO A 6  : tog x t48 mm), soit l'équivalent approxi-
matif de la surface d'une carte postale, peut contenir ttz pages in-8~ ou davantage,
suivant un taux de réduction variable en fonction du format de l'original, de la qualité
et des normes choisies. Lire l'article galactophage, par exemple, dans zo dictionnaires
différents, consiste alors à prendre 20 fiches clairement identifiables par les index prévus
à cet effet, et à les passer au lecteur-agrandisseur (certains modèles permettent la lec-
ture de deux documents placés c8te à cote et pour certains équipements, d'obtenir direc-
tement par photocopie un agrandissement des passages importants).

D'autre part, du fait de la grande facilité de tirage de nouveaux exemplaires à partir
des fiches-mères, ceux-ci peuvent être réalisés presque à la demande, évitant ainsi les
lourds investissements qui grèvent les impressions classiques, même à tirage réduit,
et qui par voie de conséquence limitent les programmes en éliminant de ceux-ci les
textes non rentables parfois essentiels à telle ou telle recherche.

129 Il convenait par ailleurs de proposer un programme susceptible de
répondre à des demandes nombreuses, mais dispersées dans tous les secteurs
de l'étude de la langue et de la linguistique françaises depuis les origines de

l'imprimerie. C'est pourquoi, sous l'intitulé ARCHIVES DE LA LINGUISTIQUE
FRANçAISE, B. Quemada a entrepris de réunir une vaste collection d'ouvrages
anciens dans laquelle entrent les traités fondamentaux, les dictionnaires les
plus importants, les ouvrages de référence les plus souvent cités dans les
travaux scientifiques du xxe siècle, relatifs aux divers aspects de la linguis-
tique et de la philologie françaises et régionales ou dialectales du monde
francophone. Tous ces ouvrages ne sauraient, bien entendu, être d'un intérêt
égal pour tous ; mais l'ensemble doit constituer une Somme extensive sur
les problèmes et les méthodes linguistiques depuis les origines des sciences
du langage en France en même temps qu'il représentera une collection de
données irremplaçable.

Les Archives ainsi définies comprendront à leur terme quelque
1 Soo textes, manuels, études, dictionnaires, etc., dont 40o sont déjà réalisés
et diffusés. Réparties en trois séries (400-Soo-6o0 ouvrages), leur achèvement

est prévu pour 1977-1978.

C'est la première série, déjà disponible, que nous voudrions signaler à
l'attention de nos lecteurs. Elle regroupe des ouvrages imprimés entre ISoo
et 190o et concerne les disciplines suivantes (d'après l'Index méthodique du
Catalogue imprimé) (2)

1. anthroponymie (I)

2. argots (16)

3. dictionnaires (175)

4. esthétique de la langue (42)

5. étymologie (~)

6. études générales (27)

~. glossaires (3)

8. grammaires (25)

9. grammaire générale et logique
linguistique (14)

Io. histoire de la langue (18)
11. langue des écrivains (11)
I2. lexicologie (i8)

Les textes retenus ont été sélectionnés après consultation d'un Conseil
Scientifique, auquel ont participé MM. Arveiller (Paris), Baldinger (Heidel-
berg, Mme Catach (Paris), MM. Dulong (Québec), Goosse (Louvain), Guilbert
(Pans), Imbs (Nancy), Le Hir (Grenoble), Leroy (Bruxelles), Morier (Genève),
Piron (Liège), Wagner (Paris), Wexler (Essex), etc., et à partir de besoins
connus et exprimés par les usagers intéressés.

Les lexicologues, en particulier, trouveront dans cet ensemble un nombre
important de documents de référence leur offrant la possibilité de disposer
d'une série de dictionnaires et de répertoires de consultation permanente qui
leur faisait si souvent défaut.

Dans cette première liste, 175 ouvrages ont été inscrits, soit par exemple
parmi les grands répertoires généraux  :les 7 éditions de l'Académie, Furetière,

13. observations normatives et

théorie de l'usage (75)

14. orthographe (31)

15. parémiologie (6)

16. patois et français régio-
naux (q.2)

17. pédagogie de la langue (33)

18. prononciation (t8)

t9. rhétorique et style (60)
20. sémantique (9)

2I. théories de la traduction (2)

22. théories sur la langue et le

langage (21)

23. versification et métrique (41).

(a) Nous donnons entre parenthèses, à la suite de l'intitulé, le nombre d'ouvrages
concernés.

130 1690, ]tichelet, 1680 et sa réédition enrichie de 1732 ;les principales éditions
du Trévoux (1704, 1721, 1732, 1752 -pour son supplément si commode,
l'édition de 1743 a été reportée à la 2e série -, 1771)  ;les deux éditions du
Manuel Lexique de l'abbé Prévost, 17So-1755, Féraud, 1787, Gattel, 1787,
et les grands compilateurs du xlxe siècle  :Boiste, 1834, Raymond, 1835 et
1836, Barré, 1842, Dochez, 1859, Poitevin, 1856, Bescherelle, 1887, etc.

Des dictionnaires bilingues ou multilingues anciens, parmi les plus
importants  : Garbini, 1487, Estienne, 1539 1544 1549~.Dupuys, 1573, Nicot,
16oG, Monet, 1636 et Hulsrus, 1596, Mellema, 1602, Victor, 1606, Cotgrave,
1611, C. Oudin, 1627, A. Oudin, 1640, Duez, 1669, Miège, 1677; au xxe siècle,
Mozin, 1842 et 1858.

Des dictionnaires de l'ancienne langue, comme le Trésor de Borel, 1655
et 1750, le La Curne, de 1875, le Godefroy, 1880.

Des dictionnaires techniques, tels que La Chesnaye des Bois (agri-
culture, etc.), 1751, d'Aviler (architecture civile), 1755, Block ( olitique),1863-
1864, Th. Corneille (arts et sciences), 1694, Dangeau (blason, 1715, Diderot
(encyclopédie), 1751-1765, l'Encyclopédie Méthodique (littérature et gram-
maire), 1783-1786, Felibien (architecture), 1676, Ragueau (droit), revu par
Laurière, 1704-1882, Valmont de Bomare (histoire naturelle), 1764.

Des dictionnaires spéciaux comme par exemple  :Allez (néologismes),
1770, Belèze (prénoms), 1863, Boinvilliers (correctif), 1829, Boissière (ana-
logique), 1862, Callières (mots à la mode), 1693, Carpentier (langue poétique,
1822, Chereau (argot), 1660, Delvau (langue verte), 1866 et 1883, Du Marsais
(tropes), 1730 et 1818, Girard (synonymes), 1736 et 1769, d'Hautel (bas
langage), 1808, Larchey (argot), 1859-1889, Lefèvre (rimes), 1588, Leroux
(pop.), 1786, Leroy (orthographe), 1747, La Madeleine (homonymes), 1799
La Noue (rimes), 1596 et 1623, La Porte (épithètes), 1571, Mercier (néologie),
ISoI, A. Oudin (pop.), 1640, Quitard (proverbes), 1842, Richelet (rimes),
1671, 1692, 1751 et 1799, Trippault (étymologie), 1580.

Des dictionnaires de régionalismes et de patois, comme par exemple
Boissier de Sauvages (Languedoc), 1785, Mme Brun (Franche-Comté), 1753
Carpentier (Belgique), 1860, Desgrouais (Gascogne), 1766, d'Hauteville
(Alsace), 1852, Dory (Wallonie), 1877, Dunn (Canada), 1880, Gabrielli (Pro-
vence), 1832, Glossaire genevois, 1827 et Humbert, 1852, Lascoux (Gascogne),
1818 et 1823, Michel (Lorrain), 1807, Molard (Lyon), 1803 et 1810, Potier
Québec), 1904-1906, Poyart (Belgique), 1806, Rinfret (Canada), 1896,
aubinet (Reims), 1845, Sauger-Preneuf (méridionalismes), 1825 et 1838,
Sigart (Be gique), 1866.

Ces exemples renvoient au Catalogue de la première série. Celui de la
seconde est annoncé pour le début de 1975. II est possible de s'informer dès
maintenant auprès de l'A.U.P.E.L.F., Secrétariat européen, 173, boulevard
Saint-Germain, 75006 Paris et pour tout ce qui concerne plus spécialement
les commandes, auprès des éditions France-Expansion, 336, rue Samt-Honoré,
75ooI Pans (tél. : 260.32.09), qui sont chargées de la diffusion.

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