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Études et comptes rendus

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  • ISBN: 978-2-8124-0417-7
  • ISSN: 2262-0346
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-4269-8.p.0103
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 27/08/2012
  • Périodicité: Semestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
103
ÉTUDES ET COMPTES RENDUS

LE PICARD ET LE WALLON,

SOURCES DU JARGON DES COQUILLARDS  ?


En 1455 ont été arrêtés à Dijon une douzaine de malfaiteurs faisant
partie d'une bande et se désignant sous le nom de Coquillards. Les Archives
départementales de la Côte-d'Or conservent les dossiers du procès, document
très important pour la connaissance de l'argot ancien, car «  lesdiz Coquillats
ont entr'eulx un langaige exquiz que aultres gens ne scevent entendre, s'ilz
ne l'ont revelez et aprins  ;par lequel langaige ilz congnoissent ceux qui sont
de lad. Coquille, et nomment proprement oud. langaige tous les faiz de leur
secte (1)  ». C'est un témoin (2), le barbier Perrenet le Fournier, qui apportait
les renseignements les plus précis  :liste des malfaiteurs, indications sur leurs
activités et surtout glossaire de quelque soixante-quinze mots.

Les Cahiers de Lexicologie ont publié récemment une étude que M. Pierre
Guiraud a consacrée à ce vocabulaire (3). Sa source est la brochure de dix pages
dans laquelle Joseph Garnier a révélé, en 1842, ce précieux document, ou du
moins un extrait (4) ; « c'est un travail très incomplet, faute d'avoir conservé
les mots dans leur contexte  », tel est le jugement de M. Guiraud, qui aurait
trouvé un texte plus complet et plus sûr dans deux éditions ultérieures, dues
à de bons spécialistes de l'argot  :Marcel Schwob en 1892 (5) et Lazare Sainéan
en 1912 (6). Celui-ci reproduit le document « pour la première fois dans son
intégrité (~)  » ; je m'y reporterai lorsqu'il sera nécessaire de citer le teste
authentique.

Le but de M. Guiraud est d'étudier « l'origine des mots qui nous sont
parvenus par les Archives du Procès de Dijon  » (p. 45), et il conclut ainsi
«  Il est clair, désormais, que le jargon de la Coquille n'est qu'une forme des

(z) Édition Sainéan (voir ci-dessous), p. 9t.

(z) Et non un prisonnier, comme le dit M. Pierre Guiraud à la page 45 de l'article
qui sera discuté ci-dessous.

(3) Le jargon de la Coquille, volume XI (t96~), n~ z, pp. 45-55• Ce texte est repro-
duit àpeu près tel quel dans l'appendice iti du livre que Pierre Guiraud vient de publier
dans la « Bibliothèque des idées  »  : Le jargon de Villon ou le Gai Savoir de la Coquille,
Paris, Gallimard (1968), PP• z74-z83•

(4) 7e n'ai pas vu cette brochure (intitulée Les compagnons de la Coquille, chronique
d »onnaise du XV~ siècle), qui a été tirée à quarante exemplaires seulement.

(5) «  Le jargon des Coquillars en r455 "~ Mémoires de la Société de linguistique de
Paris, t. VII (t89z), pp. r68-t83 et z96-3zo. Les extraits du procès sont dans le premier

article, pp. t~~-t83. L'étude est restée inachevée.

(6) Les sources de l'argot ancien, t. I, Paris, Champion (t9tz), pp. 83-ito. Je citerai
aussi, pour les problèmes d'interprétation, L'argot ancien du même auteur, Paris,
Champion (i9o7), et le Dictionnaire historique des argots français de Gaston Esnault,
Pazis, Larousse (t96g).

(~) Sainéan, Les sources..., p. 87. Toutefois, quelques fragments cités par Schwob
ne se retrouvent pas dans Sainéan  :voir ci-dessous, note z8.

104 dialectes picardo-wallons (8) avec des extensions normandes au nord [  ?]
et surtout, au sud, lorraines et franc-comtoises  » (p. 53). Reprise dans le volume
sur Villon, cette idée permet d'interpréter d'une manière nouvelle les ballades
en jargon et même le Testament.

La démonstration, à mon avis, n'est pas convaincante, car elle contient
des erreurs nombreuses, erreurs de faits et erreurs de méthode.

M. Guiraud s'est fondé exclusivement sur le F E W, le FranzSsisches
etymologisches Wdrterbuch de M. Walther von Wartburg. C'est un bel hommage
rendu à cet admirable dictionnaire, mais il y a pourtant quelque imprudence
à tout miser sur un seul ouvrage, surtout si l'on interprète ses indications de
façon incomplète et peu exacte.

Ces indications sont de deux sortes, que je séparerai dans mon exposé
I° «  le F E W donne d'abord les formes anciennes avec mention des oeuvres
où elles sont attestées pour la première fois, ce qui nous permet de les dater
et de les localiser  » ; 2° «  le dictionnaire donne ensuite la dispersion dialectale
des formes modernes, ce qui nous fournit aussi des données précieuses sur
leur origine  » (p. 45)•

I. LES DONNÉES ANCIENNES

L'article aubert (p. 46) fournira un bon exemple de la méthode suivie
par M. Guiraud

Aubert "argent" dérivé par calembour de haubert
"cotte de mailles ", une maille étant une „monnaie ". Voici
les plus anciennes attestations du mot [maille, au sens " mon-
naie "]  :Angers I Ioo, Anglo-norm.  ; Wallonie 1200  ; Lille
XIIIe ;Ardennes xIII et xIVe ; Picardie 1300 ; Flandres 1485 ;
Normandie ISo8. Mot donc spécifiquement picardo-wallon
(avec des exemples normands). Quant à haubert "cotte de
mailles ", le mot est attesté par la Chanson de Roland (Normand
xIe) ; Gormond et Isambard (Fr. xIIe) ; Chanson Guillaume
(Norm. xIIe) ; Gerbert de Montreuil (Picard xule) ; Floovent
(Lorrain xu°), ainsi que par des registres et archives picardes
et flamandes des XIIIe et xIVe. Ainsi haubert et maille sont
des mots qui appartiennent à une même aire dialectale dont
le centre est en Picardie avec des prolongements normands
et wallons-lorrains.

Même si l'on n'est pas grand lecteur de textes médiévaux, cet article ne
laisse pas de surprendre, haubert "cotte de mailles " et maille "monnaie "
étant de ces mots qui paraissent tellement répandus dans l'ancienne langue
que l'on ne songerait pas à leur attribuer un caractère régional, et que les
édlteurs ne prennent pas la peine de les introduire dans leurs glossaires.
M. von Wartburg contredit-il cette impression  ? M. Guiraud a iu seulement
les six premières lignes de l'article medialis (VI1, g~1a), celles qui concernent
les formes mailla et maille, alors que l'énumération des formes anciennes prend
quarante-six lignes, dont quatorze et demie pour les textes d'oïl  ; en outre,
il y a des éléments dignes d intérêt dans les locutions signalées ensuite. Quelles
sont, dans cette liste, les attestations les plus anciennes  ?

medalla au milieu du xIe siècle, dans le sud du Languedoc
(Sainte Foy  : «  nonca... una medalla  » = ne... pas du tout) ;
medalla en Io6o, à Conques ;

(8) Le texte porte picardo-wallon. Je me suis permis de corriger les fautes d'impres-
sion de cette espèce.

105 mailla vers Iloo, à Angers ;
meala vers Izoo, en Poitou ;
medallia en I Io3, à Montpellier ;
meala en I Ioo, en Saintonge ;
medalla en I I20, à Toulouse ;
medailla vers I I2o, en Rouergue ;
medalla en 1136, à Nice ;

maille en 1138, en anglo-normand (Gaimar).

Limitons-nous à la France d'oïl et reprenons les lignes d'où M. Guiraud

a tiré ses références

Anc. fr. mailla  :Angers, vers II00.

Franç. maille  :depuis Gaimar ;Novum Glossarium mediae
Latinitatis; Godefroy ;Huguet ; Belz, Die Münzbezeichnungen
in der altfranzdsischen Literatur; Poème moral; Bar-le-Duc,
I281; Roisin; Rethel, I291-131Ô; Apollonius; vers 1380,
Aalma ; 146y-14yy, Bartzsch, Der Wortschatz des ~ffentlichen
Lebens im Frankreich Ludwigs XI; Saint Adrien; ISo8,
Gaillon.

N'insistons pas sur la faute d'impression qui, dans l'article de M. Guiraud,
met Angers dans l'anglo-normand, ni sur le fait que la localisation proposée
par le Beiheft du F E W pour le Mystère de saint Adrien me paraît douteuse (9).
Ce qui frappe davantage, ce sont les suppressions. Cela se comprend pour
l'Aalma et pour Apollonius, dont le Beiheft ne précise pas l'origine, mais il y
avait dans le Novum Glossarium, dans les ouvrages de Godefroy, Huguet,
Belz, Bartzsch, des données qui auraient pu être exploitées. Il est dommage
que la référence àBar-le-Duc ait été omise, puisque cela permettait d'ajouter
la Lorraine à l'aire décrite. Ajoutons aussi la Champagne [car Rethel est dans
les Ardennes, mais n'est pas wallon pour la cause (IO)], et, si nous prenons
la suite de l'article, la Bourgogne.

Au xve siècle, le mot appartenait à la langue officielle du royaume, l'ouvrage
de Bartzsch en apporte la preuve. Le F E W cite d'ailleurs Eustache Deschamps,
Charles d'Orléans, Villon, Pathelin.

Même en s'en tenant aux données que l'on trouve dans le F E W, on doit
nier que maille "monnaie " soit un mot « spécifiquement picardo-wallon
(avec des exemples normands)  ».

Pour haubert, M. Guiraud n'a pas vu que les références du F E W (XV I,
134) sont des références complémentaires et que les formules « depuis le xIe s.  »
pour hauberc et « Roland-xIIIe siècle  »pour haberc renvoient de façon implicite
aux indications des dictionnaires d'ancien français. Si l'on s'y reporte (à
Godefroy, à Tobler-Lommatzsch, à Gay), on constate que le mot n'est pas

(9) L'auteur de cette ceuvre était originaire de l'Est de la France plut5t que des
Pays-Bas  :voir notamment H. Chatelain, dans Romania, t. XLII, i9t3, pp. z64-265.
Pour dater et localiser les textes anciens, je me suis servi surtout des bibliographies de
Bossuat, de Woledge et de Cionaresco, du Dictionnaire des lettres françaises de Mgr Grente,
de l'Histoire littéraire de la France, du Grundriss de GrSber (avec les fascicules revus par
Stefan HSfer), de la Chrestomathie d'Albert Henry, de la Chronologie de Raphael Levy,
des tables de la Romania, du livre de Samuel Berger sur les traductions de la Bible,
de La vie en France an moyen âge de Ch : V. Langlois.

(io) M. Guiraud élargit fortement la zone du wallon  : il y met des textes de Mons,
des auteurs comme Froissart, Molinet, Jean Lemaire de Belges. Pour les dialectologues
belges, tout cela ressortit au domaine picard. Froissart est d'ailleurs reconnu comme
picard page SI.

106 seulement normand, picard, lorrain, francien, ce qui est déjà une aire un peu
vaste, mais aussi champenois (Chrétien de Troyes, Joinville), anglo-normand
(Horn, Protheselaus), franco-italien (Entrée d'Espagne et Prise de Pampelune).
Tous les héros des récits chevaleresques ont leur haubert, d'où qu'ils viennent.

Bref, ces deux mots couvrent tout le domaine d'oïl, que dis-je  ? la Gaule
entière, car haubert aussi se rencontre dans le Midi.

Il n'est pas moins inexact d'écrire qu'horloge « est spécialement attesté
dans le Nord et l'Est  » (p. 51). M. Guiraud a pris pour un relevé exhaustif les
quelques références données par le F E W (IV, 483) pour des formes parti-
culières. Est-il besoin de préciser que ce mot se trouve aussi à l'Ouest (Quatre
Livres des Rois et Nicole Bozon dans Tobler-Lommatzsch ; Chronique des
ducs de Normandie et inscription de l'horloge de Caen dans Gay) et au Centre
(Jean de Meung dans Tobler-Lommatzsch ; archives hospitalières de Paris
et archives d'Angers dans Godefroy  ; Livre de la taille de Paris dans Gay),
c'est-à-dire partout, Sud compris (cf. F E W)  ?

M. Guiraud commet (p. 53) la même erreur pour vendanger, dont le F E W
ne cherche pas (XIV, 465b) à « relever l'aire archaïque  », car les références
qu'il donne, il ne les présente pas comme les trois premières attestations
du mot franç. vendenger, depuis Folque de Candie (vers IZIO) jusqu'aux
Coutumes du Beauvaisis ; vendoingier en Franche-Comté (1341) ; vendanger
depuis le xlve siècle ; il faut aussi tenir compte des sens figurés mentionnés
à la page suivante. Godefroy et Littré citent un texte anglo-normand  : le
Psautier de Cambridge (11) (milieu du xIIe siècle) ; trois textes parisiens

Rutebeuf (xIIIe siècle), la Bible du ms. 899 de la Bibl. Nat. (xIIIe siècle), le
Psautier du ms. 258 de la Mazarine (vers 1300) ; un texte orléanais  : Guillaume
Guiart (vers 1306). Le terme n'est donc pas propre à une région limitée, ce
qui n'a rien que de naturel, pour un mot appartenant au fonds primitif du
français commun.

Rouer "demander " « normand, picard, wallon  » (p. 51). Dans son
,`argon de Villon (p. 22), M. Guiraud est encore plus catégorique  : le F E W,
dit-il, « nous met en mesure [...] de décider que rower "demander " est un
mot wallon, vivant au xve siècle (IZ)  ». Comme les précédents, c'est un terme
tout à fait général en ancien français ; le F E W (X, 445b), e~ui renvoie aussi
à Godefroy, cite d'ailleurs des textes champenois (Chrétien de Troyes,
Machaut, Deschamps), lorrains (Estampies), franciens (Miracles). Ce verbe
serait, pour M. Guiraud, à l'origine du substantif rouhe "question ", avec un
«  h qui traduit la palatalisation de u intervocalique  », ce qui, par parenthèse,
me semble bien étrange.

Coulon a été évincé par pigeon après le xvle siècle (cf. F E W, I I, 93ob,
et VIII, 556a) et a pris seulement alors un caractère régional, que l'on ne
peut dire « picardo-wallon  » (p. 47) qu'en simplifiant la réalité, puisque le
F E W le note encore aujourd'hui dans les parlers normands, bourguignons,
lorrains, francs-comtois.

Il n'y a rien à tirer des « attestations anciennes  » d'avaller "faire tomber
par un coup " (p. 48), non seulement parce chue ces exemples sont trop dis-
persés pour permettre une véritable localisatlon (13), non seulement parce

(r t) «  vendengerent  », qui traduit vindemiant de la Vulgate. C'est la plus ancienne
attestation du mot. Elle a échappé au F E W, comme àDauzat-Dubois-Mitterand et
au « petit Robert  ».

(r2) Rover n'est d'ailleurs plus attesté au xv~ siècle dans le F E W  ! A la page 248
du d`argon de Villon, nous retrouvons le «  picard-wallon  » rower et à la page 269 le
« picardo-wallon  »rouer. Sur l'étymologie de rouhe, voir ci-dessous.

(r3) Au lieu de Soufron, lire ,~oufrois.

107 que M. Guiraud a négligé le fait que le F E W renvoie à Godefroy, etc., mais
surtout parce que M. Guiraud a recopié par erreur les références qui concernent
le sens "faire descendre (par ex. du vin à la cave) "  : cf. F E W, XIV, 14ob.

Pour estoffer «  " fournir à la dépense " (wallon xlve  » (p. So), M. Guiraud
prend dans un article fort riche (XVII, 246b) une ligne, la déformant
d'ailleurs [estoffer l'estat de "fournir à la dépense de " Froissart (14)]. Il isole
ainsi arbitrairement cet emploi de celui qui précède anc. et moyen franç.
estofer "munir, garnir de tout ce qui est nécessaire, équiper, approvisionner "
(IZZ4-1318), estoffer "id. " (xlve siècle-Voultier 1613), les références du
F E W et des sources qu'il indique ne permettant pas de réserver le mot
à la région wallonne, ni même à la région picarde  : la Champagne est repré-
sentée dans le F E W, l'anglo-normand dans Godefroy, sans parler du français
commun, avec des auteurs plus tardifs (Malherbe, Héroët).

Pour desroeher "jeter en bas, renverser ", aux trois références reprises
(P• 49) au F E W (X, 437b), une francienne, une anglo-normande, une nor-
mande, il faut ajouter celles que contient Godefroy, où nous renvoie le F E W
exemples picards (Adenet le Roi, Partonopeus de Blois, Alart de Cambrai) et,
pour les xve et xvle siècles un texte écrit à Orléans (Siège d'Orléans) et un
auteur originaire de la Charente (Jean d'Auton). M. Guiraud cite aussi le sens
"piller, dévaliser ", mais sans parler de la localisation de cet hapax, parce
qu'il ne la trouve pas dans le F E W  ;l'éditeur W. Cloetta attribuait cette
version du Moniage Guillaume «  au nord-est de l'Ile-de-France  » (Soc. des
Anc. Textes franç., t. II, p. a51).

Le wallon huppé "homme riche " (1465) (p. So) est un fantôme. Le
F E W (XVI, z67-268) signale seulement l'adjectif huppé en français (" haut
placé, notable par la richesse ou le rang "), depuis 1465, chez Martial d'Au-
vergne, que le Limousin et l'Auvergne se disputent, mais non la Wallontie  !

Le F E W (XVI, 400b) n'attribue pas non plus à la Wallonie la première
mention de crocheter, quoi que dise M. Guiraud (p. 47). Est-ce d'ailleurs
vraiment un mot argotique  ? II est notamment employé à propos du témoi-
gnage du maréchal Jehan de la Chaulx  :les Coquillards lui avaient fait une
commande («  pour mettre et nourrir des convins  »), mais il «  congneust tantost
que c'estoit pour faire crochetz a crocheter serrures, coffres et telles choses  »
(éd. Sainéan, p. Io2).

Crocheteur "qui crochète les serrures " est un simple dérivé du pré-
cédent (IS). L'explication de M. Guiraud (p. 47) complique inutilement les
choses « d'après crocheteau "outil du serrurier " (1587 Wallonie)  ».

Terminons cette série par un mot important, le nom même de ces
malfaiteurs, Coquillard, que M. Guiraud veut éclairer par « l'aire dialectale
de coquard "niais " et de ses dérivés cocardie, coquibus, coquebert  » (p. 54)•
De l'inventaire des références, il conclut  : «  La forme et le sens sont encore
une fois parfaitement localisés comme picardo-wallons et datés (xlve-xve).  »
Voici cet inventaire

Coquard "niais "  : Saint-Adrien (Flandres, 1485), Guil-
laume Machaut (Nord-Champenois, 1340-1370), Registre de
la Passion (Mons, 1501), Rabelais ;plus une attestation dans
le Mystère des Rameaux (Dauphinois, XVIe).

(z4) Qui appartient à la région picarde, je l'ai dit.

(Ig) Comme crocheture, qu'on ajoutera dans le F E W, XVI, 400b «  ... leurs
lanecins, leurs esteves, leurs crochetures, leurs plantz, leurs desbochillures... (éd.
Sainéan, p. Iog).

108 Cocardie, cocardise CQ sottise " Doct. du temps présent
( ? 1466) ; Miracles de N.-D. ( ? xve) ; Molinet (Wall., xve) ;
Mistere du Vieux Test. ( ? 1485) ; Sotties ( ? 1420) ; Jean
Lemaire (Wall., xve) ; Ancien Théâtre ( ?  ?) ; Registre de la
Passion (Mons, ISOI).

Coquebert GQ nigaud "  :Gautier de Coincy (Picard. xIIIe).
Coquardille Mystère Saint-Adrien (Flandres 1485) ;

Doctrinal du temps présent ( ? 1466).


Si l'on se reporte au F E W (II, 862b), on constate  : 1° que M. Guiraud
ne tient pas compte des renvois que fait le F E W à Godefroy, à Tobler-
Lommatzsch, àdes articles de revues ; 2~ que M. Guiraud laisse de côté
coquardeau, enquocarder, cquillon, cocquidé, etc. ; 3~ qu'il attribue à cocardie,
cocardise les références de coquibus (16). Remarquez aussi les nombreux points
d'inl~errogation.

Pour ne pas allonger trop cet examen, je me contenterai d'examiner les
textes qui usent du mot coquard, textes cités par le F E W et par les sources
qu'il indique

Région wallonne  :aucun texte.

Région picarde Godefroy de Bouillon, Baudouin de
Sebourg, Chevalier au cygne (tous trois du milieu du xlve siècle),
Livre de conduite... (ISoI).

Région normande  :Vie de saint Grégoire le Grand (xlve s.).
Champagne  :Machaut (xlve siècle).

Bourgogne Girart de Roussillon (xlve siècle) ; Mystère
de saint Adrien (1485) (1~).

Région parisienne  :Miracles de Notre-Dame (xlve siècle),
Mystère du Vieil Testament (xve siècle).

En outre, le F E W nous invite à nous reporter à la revue Romanische
Forschungen, t. XXVII, 1910, pp. 965-966  : K. Glaser y énumère de nombreux
exemples, qui ne paraissent pas dialectaux, du xve et du xvle siècle. Enfin,
un article paru récemment (18) lève tous les doutes, puisqu'il relève ces
anthroponymes dans des textes latins  : Cocardus dans la région de Chartres
au début du xlle siècle ; Coquart à Paris en 1274 ; Quoquart à Paris en 1286.

Pourquoi ne pas rattacher Coquillard à coquille  ? En présentant comme
wallonne la langue des Coquillards, M. Guiraud a exclu cet étymon, car
coquille n'existe pas en wallon. Au contraire, coq (le nom de l'animal) est un
mot « spécifiquement picard et wallon  », « entré aujourd'hui dans la langue
commune  »aux dépens des continuateurs de gallus (p. 45). A quand remonte
cet aujourd'hui  ?Dans Le jargon de Villon, p. Io, M. Guiraud affirme que
le mot coq est « spécifiquement wallon au xve siècle, en face du français jal,
gal  ». Ouvrons Godefroy  :pas un texte wallon, mais le médecin italien Alde-
brandin de Sienne (qui a vécu en Provence, puis à Troyes au xIIIe siècle),
le Champenois Eustache Deschamps, une pièce orléanaise du xve siècle (Siège
d'Orléans), etc.  ; voir aussi Tobler-Lommatzsch (textes normands et anglo-

(t6) L'article de M. Guiraud est assez négligé  : au lieu de coquardille, lire coquar-
daille ; le Registre de la Passion, c'est le Livre de conduite du régisseur  ;pour Molinet et
Jean Lemaire, lire « picard  ».

(i~) Voir ci-dessus, note 9.

(z8) Manfred Bambeck, «  Mittellateinische Lexikalia zum F E W  », Festschrijt
IY~alther von IX~artburg zum 80. Geburtstag, Tübingen, Niemeyer (1968), t. II, p. zt6.

109 normands ;Brunet Latin, etc.), les Proverbes français antérieurs au XVe siècle
de Morawski, etc.

2. LES DONNÉES MODERNES

Grâce aux attestations dialectales dont le F E W fournit l'inventaire,
M. Guiraud cherche à localiser les mots qui ne semblent pas attestés dans
l'ancienne langue. Malheureusement, il attribue aux mots une aire qui contredit
plus d'une fois les renseignements de M. von Wartburg.

Quille "jambe "  :Wallonie et Jura (p. jI). Le F E W (XVI, 3o8b) cite,
outre le français populaire et argotique, le normand, le canadien, le nantais,
l'angevin, l'orléanais, le champenois, le franco-provençal, le provençal  ; le
wallon n'est représenté que par le namurois guîye, avec l'initiale sonorisée
que l'on retrouve en picard et en lorrain. Dans Le jargon de Villon (p. 268),
M. Guiraud propose une localisation toute différente et aussi inexacte  : « moyen
français et spécifiquement picardo-wallon-lorrain  ».

Galier "cheval "serait fait « d'après Baye "chèvre " (Wallonie) et " che-
valet de scieur " (Ardennes, Meuse)  » (p. So). Wallonie est ambigu, car le
mot n'est représenté en Belgique que dans l'arrondissement de Virton, qui
appartient au domaine dialectal du lorrain. Et ce mot est, en effet, un mot
de la Lorraine et de la partie nord-est de la Champagne (Ardennes)  :voir
le F E W, XVI, 28b.

Taquer "frapper " Picardie, Wallonie, Lorraine, Jura (p. 52). Dans
le F E W (XIIIl, 32b), je ne vois pas la région wallonne ou picarde, mais
la Bourgogne (Yonne), la Lorraine, la Franche-Comté, plus une localité des
Hautes-Alpes. Il s'agit d'ailleurs d'expliquer taquinade, nom de jeu, et taquin
fournit un étymon plus vraisemblable  : cf. Sainéan (L'argot ancien, p. 146),
Esnault et le F E W (XVII, 298b). Pour le suffixe, voir ci-dessous.

Où M. Guiraud a-t-il pris que cornard "cocu " est « wallon  » (p. 47)  ?
C'est un mot bien français  ! Mais le sens est trop tardif pour expliquer le
cornier "dupe " des Coquillards  :1608, dans le F E W, I I, 12o2a. Il faut
tenir compte de cornart "imbécile, niais " attesté aux XIIIe et xIV~ siècles
chez un auteur orléanais (Jean de Meung), dans des textes normands (Clef
d'amour  ; Guillaume de Diguleville), dans une chanson de geste picarde
(Baudouin de Sebourg), sans parler du Provençal Honoré Bonet. Tous ces
exemples sont dans Tobler-Lommatzsch.

Godard "°mari trompé "  : «  norm., picard-wallon  » (p. So). Dans le F E W,
je trouve seulement  : « Metz godkr "mari trompé"  » (IV, 184b), donc rien
de wallon, de picard ou de normand. Il s'agit d'ailleurs d'expliquer godiz (19)
"homme riche ", et il faut tenir compte du mot gaudi (F E W, IV, ~8b),
qui signifie en ancien français "joyeux " (vers 1310), en moyen français
(xve siècle) et en argot (Ig96) "p1e1n, complet (d'une chose) ".

D'autres mots sont attestés dans l'ancienne langue, mais sans que le
F E W donne les indications permettant de les localiser. M. Guiraud se rabat
sur les dialectes modernes, mais il lui arrive de ne pas reproduire exactement
et complètement les données du F E W.

Colle "mensonge, prétexte de métier "  :normand, picard, lorrain, bour-
guignon (p. 4~). Cet emploi est aussi angevin, poitevin, saintongeais, berrichon,
champenois (cf. F E W, II, 891a).

(r9) Il y a aussi la variante godin dans une ligne qui a été biffée (cf. Schwob, art.
cité, p. r8o) et qui est omise dans l'édition Sainéan. Notons qu'Esnault, à la suite de
Sainéan (L'argot ancien, p. t45), propose une étymologie espagnole.

110 Affuster "ajuster "  :normand, Jura (p. So). Ajouter le picard (Maubeuge),
le dialecte du Centre, l'orléanais, le provençal (F E W, III, 917). Il n'est pas
évident, en outre, que fustiller "charger les dés " (le manuscrit porte changier

éd. Sainéan, p. 96) soit «  un dérivé jazgonnesque  » de cet affuster.

0.'..

Moucher "battre, rosser"  :normand et jurassien (p. 48). Ajouter les
patois de Haute-Bretagne, du Bas-Maine, de la Saintonge, du Centre, de la
Bourgogne, de la Lorraine, du Dauphiné et le français moderne (F E W,
VI3, 177a) (20).

Gourd (ou gourt) intervient deux fois (pp. 48 et So), mais, aussi bien pour
lé sens "lourd " que pour le sens "gonflé ", M. Guiraud dit « mot norm.-
picard  ». Le F E W relève le premier sens en Normandie, mais aussi dans
les patois de Haute-Bretagne, du Maine, de la Saintonge, du Poitou, du Centre,
du Cantal, mais non en ptcard (IV, 327b). L'autre signification n'est ni nor-
mande ni picarde, mais le F E W (IV, 328b), cite des patois de la Brie, de
l'Anjou, de la Touraine et du Centre. Dans d'autres sens, l'adjectif est répandu
dans une zone si vaste que cela ne permet aucune conclusion. Il en était de
même pour les trois mots précédents.

Moe (21) "bouche "  :wallon, lorrain (p. 51). Supprimez le wallon  : le
F E W (XVI, 54.4b) pazle seulement du namurois mauve, qui a un autre sens
(" vilaine figure "). Pour le lorrain, il ne donne d'ailleurs que ceci  : à Metz
"grande bouche, vilaine figure, mâchoire ", ce qui est bien maigre. En ancien
français, les quelques exemples que reprennent les dictionnaires ne nous
mènent pas en Lorraine  :Eustache Deschamps est d'origine champenoise  ;
les deux extraits que Godefroy tire de la Vie des anciens Pères apparttennent
à une version dont l'auteur «  pazaît avoir écrit aux bords de la Marne, non
loin de Paris  » (E. Schwan, dans Romania, XIII, 1884, p. 257) ; le passage
du Roman de Renart pris à l'édition Méon provient d'une branche qu'on attrt-
bue au Parisien ( ?) Pierre de Saint-Cloud (cf. éd. Roques, III, vers 7096 et
p. Iv) ; Pathelàn est écrit dans la langue commune. Dans quelle mesure, d'ail-
leurs, est-il légitime de négliger le sens de base (attesté dans les diverses
régions d'oïl au Moyen Age) pour se fonder sur une acception secondaire,
qui est si naturelle qu'elle pourrait être appazue de façon indépendante à
des endroits divers  ?Dans Le jargon de Villon (p. 265), c'est le sens "grimace "
qui est localisé en «  Wallonie-Lorraine  », contrairement aux indications du
F E W.

Becquer "regarder "  : « forme picardo-wallonne  » (p. 46). Supprimez le
wallon et ajoutez le normand (cf. F E W, I, 3o6b). Bien d'autres dialectes
présentent la forme -qu-, mais, vu les différences dans la syllabe initiale, je
crois inutile de les énumérer. Cela prouve du moins que le phénomène n'est
pas lié seulement à une loi phonétique du picard et du normand ;l'influence
de bec, que confirment d'autres dérivés, peut être une explication suffisante.
Toutefois, jusqu'au xlv~ siècle, Godefroy et Tobler-Lommatzsch ne citent
que des exemples picards (plus Marco Polo). Aux xve-xvl~ siècles (voir Gode-
froy, Huguet), il ne s'agit plus d'un régionalisme.

Esbaucher «  "dégrossir une pièce de bois ", c'est-à-due la "dépouiller
de ses branches et de son écorce "  : il est spécifiquement wallon, ptcard et
franc-comtois  » (p. 49). Tels sont du moins les patois modernes cttés par

(zo) Le F E W relève cet emploi une seule fois avant le xvtte siècle. Si c'est bien
l'exemple que Godefroy prend chez Jean d'Auton (originaire de la Charente-Maritime),
la traduction paraît forcée  : « Les canonnyers du dedans leur rabatoyent tellement leurs
coups que homme de eulx n'ousoit montrer le nez qu'il ne .fust mouché jusqu'au sang  ».

(ai) M. Guiraud commente ferme à la mauhe ;lire ferme en la mauhe (éd. Sainéan,
P• 9g)•

111 le F E W, I, 215b ; il a renoncé au franc-comtois dans la nouvelle version
de cet article (XVI, 36b), et il écrit à propos de cette famille  : «  Il est frappant
que le mot dans sa signification propre est attesté seulement, à l'époque
ancienne, en wallon et en picard, où il est encore aujourd'hui fortement repré-
senté, mais que, dans les significations secondaires et dans les dérivés, il s'est
largement répandu.  »Les exemples anciens que Godefroy donne pour le
verbe esbazzchier, esbochier ne confirment pas les données tirées des patois

1389-1392, Nevers ; 1408, Lille ; 1415-1416, Boulogne-sur-Mer ; 1410-
1420, Paris (Miracles de sainte Geneviève) (22) ; 1450, Anjou ; 1482, Doubs ;
1446-1497, Aube. Le mot est donc inutilisable. Rappelons aussi le dérivé
esbaucheïs "action de dégrossir le bois ", hapax du xue siècle dans une chan-
son de geste lorraine (cf : Godefroy).


J'ai mis à part des mots pour lesquels M. Guiraud a une explication qui
paraît assez compliquée, car elle superpose des éléments qui appartiennent
à des temps et à des lieux différents. On ne voit pas de façon claire où et quand

se sont faites ces rencontres surprenantes (23).

~~

Pour expliquer besse "vol ", M. Guiraud suppose (p. 4~) que besse,
forme de bêche (24) (cc Fr. 1402  : Berry, Morvan  »), a été influencé par le verbe
piquer, qui signifie à la fois "fouir avec la pioche " et "voler ", mais dans
des régions différentes  :Picardie pour l'un  ; Champagne, Mâcon, Jura pour
l'autre. Conclusion  : « C'est donc un mot de l'Est (Picardie, Wallonie, Franche-
Comté)  ». Les indications du F E W (VIII, 434b) sont écourtées et déformées

l'exemple de Froissart représente le sens " miner à coups de pic " (ce qui
est assez différent), sens attesté aussi en 1250 (25), tandis que, pour "fouir
avec la pioche ", le F E W a deux références, dont une seule est picarde
(Corbie), l'autre étant le dictionnaire de Cotgrave.

«  Marine est la forme picardo-wallonne de marraine et ce dernier mot
désigne " la femme par opposition à l'homme " (Normandie)  » (p. 51). Si
je comprends bien, les Coquillards auraient pris la forme d'un côté et le sens
de l'autre. En outre, marine est la forme normale dans l'ancienne langue
(matrina avait un i long), et marraine, qui n'y est attesté que de façon spora-
dique, triomphera seulement au xvlle siècle. A l'époque actuelle, si le picard
est plutôt pour la forme refaite, le wallon est partagé. Cf. F E W, V I ~, 499-Soo,
où l'on notera que le sens attribué au normand est relevé aussi plus au sud
(Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure, Anjou) et dans le canton de Vaud.

(z2) Voir l'édition Cl. Sennewaldt (Frankfurt am Main, 1937). Sans mettre en
question l'origine parisienne, A. Lângfors décèle dans le texte une « teinte picarde  »
(Romania, LXV, 1939 P• 263)•

(23) Dans Le jargon de Villon, ces croisements sont en foule. Un exemple  : grave-
li~es est un « dérivé jargonnesque de grau "griffes " (XIIIe-XIVe siècle picard) sur le
modèle du dialectal gravaler "gratter" (Jura) » (p. z62).De façon tout aussi surprenante,
le même mot fiogie est selon les ~ codes  »  : 1~ la forme wallone de flochiee "touffe, houppe,
flocon "  ; 2~ un emprunt au grec phlogia "inflammation " («  terme non attesté en
français mais tiré du latin médical  ») ; 3~ a l'action de réduire en "flocons " d'après
l'ancien provençal floquejar "mettre en flocons "  » (p. 261).

(24) En fait, pour le F E W, bêche et besse ont des étymons différents. Schwob
(art. cité, p. 296) et Esnault proposent de corriger besse en beffe. Sainéan (L'argot ancien,
p. S2) lisait l'abesse.

(zs) Cette référence du F E W vise-t-elle la chanson de geste Elie de Saint-Gilles,
citée par Godefroy  ? Ce poème, dont l'auteur est picard, est daté du xtle siècle par
de bons juges  :voir, par exemple, M. Delbouille, dans Revue belge de philol. et d'hist.,
XI (1932) PP• 577-591•

112 Dessarqueur, nom d'une espèce de malfaiteur, « dérivé de chercher, sous
une forme qui pourrait être provençale (sarquar, sarqua) ou flamande (26) ;
le F E W [II, 69Sa] atteste sarehier [lire sarchier] (anc. bourg.) et cerquier
(anc. flam.)  » (p. 48). M. Guiraud veut-il dire que l'argot a fabriqué dessarqueur
en mêlant une forme bourguignonne et une forme « flamande  »  ?Cette expli-
cation aéré abandonnée dans la seconde édition de cet article (Le jargon de
Villon, p. 277)•

«  La robe rire son nom de la partie du corps qu'elle recouvre  » (p. So)  ;
pour jarre, c'est «  le garrot, d'après jarre "jarret " (Morvan, Jura) et jerrot
"garrot " (Bourgogne, 1444)  ». Pourquoi jarre plutôt que le français jarret
(attesté depuis le x11e siècle)  ? Il est peu vraisemblable d'ailleurs que la robe
soit désignée par cette partie du corps. Cette fois, M. Guiraud a gardé son
texte (Le jargon de Villon, p. 279), quoique, page 263, il ait une autre expli-
cation  : « L'origine du mot est obscure  ; il signifie vraisemblablement "gorge "
au sens étymologique. La jarre étant une robe courte, une sorte de jargaut,
de gorgerin.  » Le gorgerin n'est pas une robe, et la gorge n'est pas mieux adaptée
à la cirrnnstance que le jarret  !

Be~leur («  larron qui attrait les simples compaignons a jouer  », éd. Sainéan,
P• 95)  : «  le mot est provençal mais il a laissé des traces en Normandie  » (p. 47).
Formule étrange. Si l'ancien provençal a connu befar " se moquer ", l'ancien
français de son côté avait befe "moqueur  ; erreur, mensonge " (F E W, I,
313b), qui n'est pas propre à lallormandie (cf. Godefroy, Tobler-Lommatzsch),
et befoi "moquerie ", attesté une seule fois, dans la chanson de geste Gaydon
(cf : Tobler-Lommatzsch), que l'on dit d'origine angevine.


3. AUTRES REMARQUES

Dans quelques a~ticles où M. Guiraud recopie exactement, ou à peu près,
les renseignements du F E W, il en rire des rapprochements si hardis qu'on
ne peut guère faire intervenir ces données pour localiser le vocabulaire des
Coquillards.

Bretons "qui volaient sur les routes ", « dérivé de brette "querelle, dis-
pute " (Wallonie, Lorraine)  » (p. 47). Pourquoi ne serait-ce pas un sens parti-
culier du gentilé Breton  ?Voir les arguments de Sainéan, Les sources de l'argot
ancien, p. 84.

Qu'un jeu soit désigné par les noms contradictoires de Saint ,~`oyeux et
de Saint Marry s'expliquerait par le fait qu'heur a conservé en Wallonie
et en Picardie les sens opposés "bonne ou mauvaise chance " (p. 52).

Ruf}ie "feu Saint-Antoine "est rapproché de l'ancien picard rude "pelle
pour gratter, râcler" (p. 51). Le FEW (XVI, 74ob) ne parle évidemment
pas de pelle pour gratter, râcler.

Mouche "espion "  : «  de mousche "aiguille aimantée " (Eust. Deschamps,
Champ., xlve). La mouche "indique le nord "  ; c'est un "indicateur "  »
(P• 51)•

«  Fourbe "qui feignaient d'être de pauvres domestiques de marchands
et recevaient dans la rue les vols commis par les blans coulons ". Dérivé jargon-
nesque de fourbir "nettoyer "  ; le fourbe étant un "domestique " et un
"voleur ". Le mot est typiquement wallon (xlve)  » (p. 50). Cet article présente

(i6) = Altflanririsch du F E W, ce qui désigne la langue romane utilisée dans
l'ancien comté de Flandre. Il est permis de trouver que flamand, dans cet emploi, est
passablement ambigu.

113 les choses de façon assez ambiguë. Voici d'abord la définition telle que la
donnait Perrenet le Fournier

Ung fourbe, c'est celluy qui porte les faulx lingos ou auttres
faulses marchandises, et faint entre ung pove serviteur mar-
chant ou aultre ; ou c'est celluy qui prent et reçoipt le larrecin
que luy baille l'ung desd. Coquillars couchié avec quelque
marchant, homme d'eglise ou aultre (éd. Sainéan, p. 96).

Pour le commentaire, il importe de préciser que fourbe n'est aucunement
attesté en wallon (F E W, III, 883b) ; c'est fourbir qui, dans son acception
"nettoyer (en général) ", est relevé au xlve siècle en ancien wallon (ib., 882b).
Mais ce sens est noté, à l'époque moderne, dans d'autres dialectes  :picard,
manceau, vendéen, solognot, bourguignon, lorrain. Pourquoi le sens argotique
ne viendrait-il pas du sens habituel de fourbir, sens qui n'a rien de dialectal  ?
Voyez déjà forbeter "tromper " en normand au début du x111e siècle et afor-
beter "idem " en champenois ou en francien vers 1250 (cf. F E W).

M. Guiraud suppose (p. 46), avec réserve il est vrai (cc ce qui est d'ailleurs
loin d'être établi  »), que balade „vente de faux bijoux "serait nré, par substi-
tution de suf&xe, du wallon balotte "larme de verre, larme batavique ".

Beau soyant (2~) "beau parleur "est tiré de sooer, forme normande (1340)
de seoir "convenir, plaire " (p. 53). M. Guiraud ajoute  : «  Le mot, par ailleurs,
aura pu se croiser avec se soier "s'asseoir " (Centre), le beau soyant étant
"bien assis " sur le banc de la question où il " se tient bien "  ».

Madame, terme du jeu de dés, est expliqué par dame "hie " (ma dame =
ma hie), « dont le domaine dialectal est la Picardie, la Wallonie, la Lorraine,
les Vosges et le Jura  » (p. 48) ;ajoutons des dialectes du Midi (F E W, III,
125a). Il est curieux que M. Guiraud n'ait pas été frappé par le fait que les
Montois appellent la hie madame (cf. F E W). Mais cela ne rend pas l'expli-
cation plus sûre.

Le mot intervient dans la phrase suivante  : «  En dez a divers noms, c'est
assavoir madame, la vallée, le gourt, le muiche, le bouton et le riche  » (éd.
Sainéan, p. 97). Assez arbitrairement (le Larousse du xlxe siècle est un faible
témoignage), M. Guiraud estime que chacun de ces noms désigne un « coup
gagnant  » (p. 48), plus précisément (après un commentaire étymologique
hardi), «  un coup de gagnant qui tombe lourdement sur l'adversaire  » (p. 49)

Madame, c'est la hie  ; le gourt, le lourd  ; le riche, le puissant  ; la vallée vien-
drait d'avaller "faire tomber "  ;bouton de bouter "frapper "  ; muiche de
moucher "battre ", plus exactement d'une forme diphtonguée dont on trouve
des traces en franc-comtois ;tous ces mots appartenant «  à la région comprise
entre le Pas-de-Calais et le Jura  » (p. 49), ce qui englobe une bonne partie
de la France du Nord  !

Caire „argent "  : « forme provençale de carre "coin "mais un coin désigne
une monnaie en ancien gascon  » (p. 47). Le commentaire de Sainéan n'est
pas meilleur  : de taire "visage ", « forme et sens encore usuels dans le patois
wallon  » (Les sources de l'argot ancien, p. 85). Voir ci-dessous.

Cantonade dans bailler la cantonade "prendre un autre chemin " du
normand canter "pencher, incliner, mettre sur le côté " (p. 47). Voir ci-dessous.

Pour deux autres mots, M. Guiraud n'est pas très affirmatif  : gascâtre
"apprenti "(c'est-à-dire apprenti-voleur  !), « provençal ( ?)  » (p. So)  ; feuillouse
"bourse ", «  la forme semble méridionale  ;elle pourrait être lorraine  » (p. So).

(2~) Le F E W (XI, 368a) y voit le verbe scier, ce qui n'est pas impossible.

114 Sainéan rapprochait le premier de Gascon, non sans vraisemblance (L'argot
ancien, p. 114 ; Les sources de l'argot ancien, p. 84).

Avant de faire le bilan, il convient de signaler que neuf mots ne sont pas
repris par M. Guiraud (z8), que trois mots sont dépourvus de commentaire (z9),
que treize mots sont donnés comme français, mais trois fois avec une précision
qui va dans le sens général de la thèse

Riche "puissant " «  afr., y compris picardo-wallon  » (p. 48)  ; dans les
indications qui, dans le FEW (XVI, 713a), concernent ce sens, je ne vois
pas le wallon. De toute façon, il est difficile de déterminer et la signification
qu'a le mot ici et celle qui est à la base de l'emploi.

Bouter "frapper " «  le domaine du mot est très étendu (afr., apr.) et
il est bien attesté sur l'aire picardo-wallonne  » (p. 48)  ; ceci d'après les réfé-
rences du FEW (I, 455) aux patois modernes.

Envoyer " jeter à bas "  : «  fr. et spécialement normand et wallon  » (p. So)  ;
je ne vois pas sur quoi est fondée cette précision (cf. FEW, IV, 796b).

Parmi les mots présentés simplement comme français (30), je relève
anse, que le FEW, I, Iooa, donne explicitement comme inconnu du picard
et du wallon. Cette remarque n'a pour moi qu'une importance secondaire.
Elle confirme pourtant ce qu'a montré l'examen détaillé des picardismes et
des wallonismes mis en avant par M. Guiraud.


4. BILANS

Sept propositions de M. Guiraud peuvent être retenues.

«  L'acception sire "cocu " est attestée en A. picard 1388  » (p. Sa). Ceci
est fondé sur une référence donnée par le FEW (X I, 455a) pour sire hotus
et qui vient de Du Cange ; le texte est net

Lequel Thomas, qui estoit Picart, [...] se prist a courcier
de ce que ledit de Chastillan contrefaisoit son langage, et
l'appella, pour lui faire desplaisir, Sires hotus, en lui disant
que c'estoit à dire en langage de leur pays coux.


(28) Hairgue, nom d'une pièce de monnaie (éd. Sainéan, p. 97), trainne "chaîne
fausse " (p. 97), saffren, que je ne comprends pas bien (p. Io4), queuhe de chien, sorte
de jeu (p. ro8), jouer de plain cliquet (dans Schwob, p. r8z), cop de roy (ibid., p. r83),
dez de forte cire (ibid., p. 182) =dez de farte cire ou de forte sorte en 1458 (éd. Sainéan,
p. uo), girosflee, sorte de crochet, en r457 (ibid.), rosaire, terme de jeu, en 1458 (ibid.).
Il est moins utile de faire remarquer que M. Guiraud cite plant et non planter (en
1458, éd. Sainéan, p. rIO) et planteur (p. 96, etc.), esteveur et non esteve (pp. 9z, gq,
ro5...) et estever (pp. 9r, 9z, 98, rob, rro), desboschilleur et non desbochiZlure (p. ros), etc.
Par contre, Sainéan semble retenir à tort cracher (p. 87) et torture "jour " (pp. 87, 97).
Le premier peut avoir son sens habituel (cf. p. ros et L'argot ancien, p. 65) et le second
est à lire jour "torture " (voir p. ro6). Pour tresgeter et tresgeteur, voir ci-dessous.

(z9) Esteveur, fouger et maistre.

(30) Tirasse "fausse chaîne " serait «  un dérivé de rire "corde " (Mfr et Mpr)  »
(p. 52). Je ne vois pas cela dans le FEW qui n'utilise pas, à ma connaissance, une
abréviation « Mpr.  ». Erreur pour tirant "corde ", que le FEW (V I r, 399b) relève
notamment en ancien provençal («  Apr.  ») et en moyen français («  Mfr.  »)  ? L'azticle
long (p. So) déforme aussi le texte du F E W (II, r585b). On ne voit pas d'ailleurs la
nécessité d'invoquer court.

115 M. Guiraud aurait pu tirer parti d'une locution synonyme qui est dans
le F E W, beau sire, car il s'agit de la ville de Ham (Somme)

[...] la uelle parole de Sire lui fut a moult gram des-
plaisance [. ~ pour ce que en laditte ville [de Ham] quia pelle
ung Beau sire est autant comme de l'appeler coula (P145o,
dans Du Cange).

Acques "dés "  : « forme norm.-pic. de esche "appât "  ; les dés sont un
appât pour attirer le gibier  » (p. 46). C'est une explication ingénieuse (31).

gour "torture "  : de quel sens de jour cela dérive-t-il  ? M. Guiraud pro-
pose (p. So) l'ancien lyonnais jorne (lire borna  : F E W, III, Ioab) "audience,
session d'assises " (xive siècle). Cela n'est ni impossible ni contraignant.

Avec bazir "tuer ", nous sommes sur un terrain plus sûr  : «  spécifique-
ment provençal et franco-provençal  » (p. 46). Quoiqu'on trouve ailleurs des
attestations sporadiques (en Poitou, en Saintonge  : cf. F E W, I, 271b), on
peut retenir la localisation proposée.

Gaffe (lire gaffre, éd. Sainéan, p. 96) "sergent "  : «  du [sic] A. provençal
gafar "saisir "  » (p. So). L'explication de M. Guiraud (3z) est à prendre en
rnnsidération.

Dans la soye Roland, on aurait la forme wallonne, picarde et lorraine de
scie (p. 53 ; cf. F E W, XI, 366b), la scie pour commettre une effraction ou
pour s'évader, et Roland s'expliquerait par rouleau, c'est-à-dire un étui comme

celui que les forçats du xlxe siècle «  se logent dans le rectum  »

La soye Roland c'est ouvrir quelque chose a force.

Aulcune fois, quand ilz parlent de la soye Roland, c'est
a dire qu'ilz ont batu la justice ou la batroyent, qui les vouldroit
prendre (éd. Sainéan, PP• 97 et 98).

Le F EW,X, 45ob, reconnaît aussi dans soye le mot scie. Sainéan (L'argot
ancien, ~. 117 ;Les sources de l'argot, p. 87) et Esnault renoncent à éclaircir
la locution. Il n'est pas évident qu'il s'agit d'évasion dans le second passage  ;
je comprendrais plutôt  :ils ne se laisseraient pas prendre sans résistance.
L'article qui suit est tout à fait parallèle

Quand ilz dient qque l'ung d'eulx est ferme a la louche,
c'est a dire qu'il se deffendroit contre justice et aultres qui le
vouldroit prendre (éd. Sainéan, p. 98).

Louche y est traduit par "main " aussi bien par M.' Guiraud (p. 51)
que par Sainéan (L'argot ancien, p. 93) ou Esnault (ferme d la louche =usant
d'une forte poigne). Que Roland symbolise la résistance ou la vigueur phy-
sique n'a rien de surprenant.

Piper (33) " chasser à la pipée " est attesté pour la première fois dans
un texte normand (1375), et pipée dans un texte anglo-normand (1280).

(3z) Schwob (p. z97), Sainéan (éd., p. 9~) et Esnault sont d'accord pour corriger
le mot en arques.

(3z) Pour une fois d'accord avec Sainéan (L'argot ancien, pp. t99-2o0) et Esnault,
qui ne parlent pas de l'origine géographique  ; cf. F E W, IV, z8-t9. (Pour le sens qu'on
a en 14SS, le F E W adopte une autre explication  : XVI, 6a.)

(33) Le dossier de i4S5 contient aussi piperie («  tous les nommez cy apres sont des
compaignons et de la secte et piperie de la Coquille  », éd. Sainéan, p. 9i) et pipeur
(«  c'est .I. joueur de dez et d'aultres jeux ou il a advantaige et deception n, p. 96, etc.),
mots pour lesquels le F E W ne donne que des attestations postérieures. Le dictionnaire

116 M. Guiraud (p. j2) cite aussi appiper "tromper" '(1560-1578), mot dont
l'aire dialectale est strictement normande  »  ; cela est vrai pour aujourd'hui
(cf : F E W, VIII, 562b), mais aussi pour le moyen français, puisque les deux
auteurs que l'on cite (Guy Le Fèvre de la Boderie et Vauquelin de la Fresnaye)
sont normands. Mais il faudrait tenir compte de pipon "celui qui leurre les
gens " (à Tournai, vers 1240  : F E W, VIII, 562a). Quant à piper, terme
de chasse, comment suivre sa diffusion avec les matgres exemples fournis
par les dictionnaires  ?

A condition de corriger et de compléter les articles de M. Guiraud, on
peut aussi considérer les mots suivants comme d'origine dialectale.

Galier "cheval " de Baye "chèvre ", qui est lorrain et champenois  ;
voir ci-dessus, ainsi qu'Esnault (s. v. gail).

Lieffre "prêtre " « d'après lieffre "glouton " (wallon, xve)  » (p. 50).
Cet hapax est de Jean Lemaire de Belges, quI n'appartient pas à la zone dtalec-
tale wallonne. Un hapax, et de sens douteux, c'est bien maigre pour une
localisation (34) ~

Louche " cuiller à pot "  : «  picard-wallon  » (p. 51). Cette forme est ignorée
du wallon (qui dit fosse, Tousse). Elle est d'origine picarde, comme le montrent
la phonétique et la diffusion actuelle dans les patois (cf. F E W, XVI, 483a) ;
elle a gardé longtemps son caractère régional, et Nicot écrit encore en 1606

«  Louche est un mot picard signifiant ce que le commun françois appelle
cuiller  » (cité dans Gay).

«  Puille "argent " d'après empouille "récolte " (picard, wallon, lorrain)
et pouilles "production de la terre tenant par les racmes " (Lille)  » (p. 51).
Remplacer Lille par Valenciennes (cc rouchi  »dans le F E W, XII, 2o3b) et
wallon par ardennais (les sources du F E W concernant les Ardennes fran-
çaises). Cette étymologie n'est pas évidente  ; Esnault corrigerait en paille,
ce qui serait une «  lectio facilior  ».

Pour david "espèce de pince à crochet ", M. Guiraud (p. 48) relève
les attestations dans les patois modernes  :Reims, Clairvaut (lire Clairvaux),
Troyes, Ain. Ajoutez la Provence et le Languedoc (plus des formes en -b-
dans le Tarn et l'Aveyron). Pour l'ancienne langue, le F E W dit simplement

du xlve au xvllle siècle (III, 2ob). Mais, en fait, on n'en cite que des exemples
clairsemés  : en 1363, inventaire mobilier des ducs de Bourgogne (cf. Romania,
XXXIII, 1904, p. 344 ; XXXVIII, 1909 P• 451) ; au xvle siècle, livres de
raison, Albi (cf : F E W) ; en 1621, chez le Père Etlenne Binet (cf. Godefroy).
Ce dernier est né à Dijon, ce qui fait que les deux exemples d'oïl sont bour-
guignons, en accord avec les références prises aux patois.

D'autres mots méritent d'être retenus.

Cantonade, dans bailler la cantonade "prendre un autre chemin " est
rapproché à tort du normand canter "pencher ", je l'ai dit. Il faut chercher
sa famille du côté de canton, lequel est attesté en provençal avant de l'être
en français. Pour notre dérivé aussi, sa diffusion dans les parlers du Midi
(cf. F E W, I I, 23ob) nous oblige presque à y chercher son ongme ; la séman-
tique s'en satisfait pleinement. La morphologie aussi, puisque, comme chacun

de Dauzat, revu par J. Dubois et H. Mitterand, date piper "tromper ", ainsi que les
deux dérivés, de Villon, r45o ; cette date est inexacte ou au moins arbitraire. Il vaut
mieux considérer le texte de t455 comme la première attestation connue. Je crois que
ces mots sont azgotiques seulement quand ils sont appliqués aux dés.

(34) Le même rapprochement est fait par Sainéan (Les sources..., p. 86) et paz
Esnault.

117 sait, le suffixe -ade est emprunté aux langues méridionales. Pour les deux
autres exemples qui le contiennent, balade et taquinade, M. Guiraud donne
une explication qui m'a paru invraisemblable (voir ci-dessus). Balade doit
avoir un étymon provençal, mais si l'on part du genre littéraire (comme le
proposent Sainéan, L'argot ancien, p. 66, et Esnault), le mot est bien introduit
dans le Nord depuis le xIIIe siècle. Pour taquinade, il n'y a pas d'inconvénient
à lui donner une origine française, comme d'autres mots du xve siècle (35)•

M. Guiraud accepte, « avec la plupart des lexicologues (et faute de mieux)  »,
de rattacher arton "pain " au grec artos (p. 46). Le wallon n'a certes pas
servi d'intermédiaire  :c'est vers le Midi qu'il faut se tourner.

Caire "argent ", serait, selon M. Esnault, l'ancien provençal taire " cail-
lou " (cf. F E W, II, 1400b). Je préfère cet étymon à celui de M. Guiraud
(voir ci-dessus).

Trainne "chaîne fausse " (éd. Sainéan, p. 97). Ce mot, que M. Guiraud
a négligé, se rattache au provençal trena "tresse, chaîne tressée " (36), proven-
çal ancien et moderne  : cf. F E W, XIII2, 286b.

M. Guiraud ne propose pas de localiser davyot, dérivé de david (cc Le
roy Davyot c'est .I. simple crochet a ouvrir serrures  », éd. Sainéan, p. 97).
Or, on sait que le suffixe -et (daviet est dans Rabelais) est représenté par -ot,
pour des raisons phonétiques, en Bourgogne et en Franche-Comté, plus les
régions limitrophes de la Champagne et de la Lorraine  :voir la carte incluse
dans les belles Études sur la formation diminutive dans les langues romanes
de M. Bengt Hassekot (Uppsala, Lundequistska Bokhandeht, 1957). Je
n'ignore pas que tous les mots français en -ot ne viennent pas de l'Est, mais
cette localisation ressemble trop à celle de david pour être l'effet du hasard.

Rouhe "justice " (ce que M. Guiraud transpose, on l'a vu, en "question ").
D'Italie, la rota pontificale est passée à Avignon  ; la première mention dans
la langue vulgaire de la Gaule est à Albi en 1392  : roda "cour de justice suprême
du pape ". Cf. F E W, X, 491b et note 16.

Récapitulons nos régionalismes, plus d'un méritant d'être nuancé d'un
peut-être

deux termes normands et picards acques, piper (plus
becquer  ?) ;

trois termes picards  :sire, louche, lieffre ;

un terme picard, wallon et lorrain  : soye ;

un terme picard, lorrain et champenois  : puille ;
un terme lorrain et champenois  : galier ;

un terme lorrain, champenois, bourguignon et franc-
comtois  :davyot ;

un terme champenois, bourguignon, franco-provençal et
provençal  :david ;

un terme franco-provençal  :jour ;

un terme provençal et franco-provençal bazir ;

six termes provençaux  :gaffe, cantonade, trainne, taire,
rouhe, arton.

(35) Le dictionnaire de Bloch-Wartburg (5e éd.) date notamment du xve siécle
ces dérivés français  :croisade, aillade, palissade (pourtant attesté plus tôt en provençal
F E W, VII, 526a), tirade. Rappelons que Sainéah (Les sources..., p. 84) expliquait
taquinade par l'espagnol.

(36) Explication analogue dans le dictionnaire d'Esnault. Le F E W, XIIIz, i65,
rattache le mot au français traîne, ce qui semble moins vraisemblable.

118 Il faut donc rejeter la thèse de M. Guiraud «  Il [= le jazgon des
Coquillazds] n'est que la survivance d'un dialecte  » (p. 54). Un dialecte, lequel  ?
Le wallon  ?sûrement pas, puisqu'il n'est représenté dans la liste ci-dessus
que paz un mot (admis d'ailleurs avec réserve) qu'il partage avec le picard
et le lorrain. Les sept mots picards, les quatre mots lorrains, cela ne suffirait
pas non plus à élire un dialecte particulier. Ce jargon est avant tout français,
avec quelques emprunts à des dialectes variés (37). Nous retrouvons cette
vaziété dans les surnoms des Coquillards, de quelques-uns (car «  lesd. de la
Coquille sont espanchiez par le monde ou nombre de mil et plus  », au témoi-
gnage de Perrenet le Fournier, éd. Sainéan, p. 93), tels qu'ils figurent dans
le document de 1455

Guillemin le Normant ; le petit Philippot de Rouen ;
ung nommé Girard de Rouen ; Colazd de Blangiz ;

Jehanin Cornet d'Arras  ;

Colin le Breton, dit le Fromagier, de Paris ; François de
Lesnois de Paris ;

Jehan le Sourt de Tours ;

Symon de Sancerre ;

Jehan Gontier de Reims ; le petit François de Roucy
[Aisne] ; Dimenche le Loup dit Bar sur Aulbe ;

Regnauld le Bourguegnon ; le Borgne Bourguignon de
Chalon ;

Huguenin le Vaillant de Lons le Saulnier ; Lienazd de
Molon [Ain] ;

Le Rousselet de Savoye ;

Andrey le Prouvensal ;Guillemin dit le Monier ou Mugnier
de Carpentras ;

Ung nommé l'Auvergnoiz  ;

Oudet Durax dit Gascon de Bordeaux ; Huguenin Gascon
d'Ostun. (En outre  : Jehan d'Escosse  ; Regnier dit le petit
l'Espaignol).

Puisque Villon appartenait aux Coquillazds, ses ballades en jargon ont
aussi une base wallonne, et le Testament lui-même, interprété grâce au code
découvert paz M. Guiraud, est riche en wallonismes. J'ai montré ci-dessus
que la base de cet échafaudage était illusoire. Les autres étages appellent les
mêmes réserves. Peut-être M. Guiraud convaincra-t-il les «  quinziémistes  »
que le Testament est une « Comédie des testicules en goguette  », selon une
formule qui reste pour moi plus que surprenante (elle est dans Le jargon de
Villon, p. 302), mais ce qui regarde la localisation des mots doit presque
toujours être contesté. En particulier, M. Guiraud met sur le compte du wallon
des mots ou des formes qui appartiennent au français commun, comme ardre
(P• 254) ou braire "crier, pleurer, se plaindre " (p. 256)  ; ce dernier a conservé
en wallon, il est vrai, les sens du Moyen Age, mais la restriction du verbe,
son application au cri de l'âne, n'est pas attestée en français, d'après le F E W
(I, 49oa), avant 1640  !

Les conclusions de M. Guiraud demandent encore d'autres commen-
taires. Dans son article sur le jazgon de la Coquille, il écrit (p. 53)  : «  Je pense
qu'il est clair, désormais, que le jazgon de la Coquille n'est qu'une forme
des dialectes picardo-wallons avec des extensions normandes au nord et

(3~) Comparez, pour l'azgot en général, Sainéan, L'¢rgot ancien, pp. ztt et suiv.  ;
A. Dauzat, Les argots, Paris, Delagrave (t946), pp. 63-68.

119 surtout, au sud, lorraines et franc-comtoises. Ajoutons qu'il est fortement
teinté d'archaïsmes. Pour autant que des dates et des documents très spora-
diques permettent de décider, nous avons ici des éléments d'un dialecte
picardo-wallon et franc-comtois tel qu'il pouvait être parlé vers le début du
XIVe siècle ; c'est-à-dire un siècle, un siècle et demi avant le procès de la
Coquille.  »Même si M. Guiraud avait localisé chaque mot avec exactitude,
ces « extensions  » vers le normand (au Nord  !) d'un côté, vers le lorrain et le
franc-comtois de l'autre m'auraient paru contredire (38) la formule déjà
rappelée  : «  Il n'est que la survivance d'un dialecte.  » Un dialecte, mettons
le wallon, c'est déjà une abstraction  : la réalité, c'est le patois qui varie de
village à village. Prenons même la langue écrite ancienne  : la réahté, c'est la
«  scrlpta  » de Liège, celle de Namur. Que serait alors ce dialecte qui va de
Boulogne à Liège, avec des extensions jusqu'à Cherbourg d'un côté et jusqu'à
Besançon de l'autre ? Dans Le jargon de [Villon (p. 28), la localisation bascule
vers le sud et nous mène jusqu'à Grenoble  : «  Parml les dialectes auxquels
puise notre jargon, on relèvera l'importance des parlers de l'Est dans une réglon
qui englobe la Franche-Comté et la Lorraine avec des prolongements savoyards
au sud, et surtout picardo-wallons au nord.  »Prenons enfin deux citations
sur des pages (30o et 3oI) qui se font face et qui commentent le Testament.
A gauche  : «  Le texte est d'une limpidité parfaite et ne présente pas la moindre
incertitude lexicale ou syntaxique ;les particularités qu'il présente à cet égard
sont entièrement conformes à l'usage du temps, la chronologie et la dialecto-
logie les situent dans l'aire nord-orientale (Picardie, Wallonie, Lorraine,
Bourgogne) dont nous avons montré, par ailleurs, qu'elle était la patrie de
notre jargon.  »Adroite  : « C'est un mot villon comme nom commun, qui
dans le système de M. Guiraud doit se traduire par "pénis "] spécifiquement
franco-comtois [sic] et savoyard. Le F E W en relève une vingtaine d'exemples
(cf : XIV, 554) tous situés dans les départements de Saône-et-Loire, Ain,
Suisse [sic], Rhône, Drôme, Isère. Un mot, donc, qui appartient exactement
à l'aire dialectale d'où est issu le jargon des ballades.  » Plcardie, Wallonie,
Lorraine et Bourgogne correspondent donc exactement aux départements
de Saône-et-Loire, de l'Ain, du Rhône, de la Drôme et de l'Isère et à la Suisse
romande  !

Et les archaismes  ?ils sont aussi rares que les wallonismes. Reprenant
un à un les articles de M. Guiraud, j'en note une quinzaine dans lesquels est
donnée une date antérieure de plus de cinquante ans au procès de Dijon.
Dans sept cas (david, estoffer, haubert, horloge, piper, sirer, vendanger), il ne
s'agit pas d'un terminus ad quem  ; autrement dit, le mot restait vivant au
xve siècle ; donc, ces mots n'entrent pas en ligne de compte. Dans quatre
cas, nous retrouvons les rapprochements invraisemblables quI ont été crinqués
ci-dessus (besse et piquer, mouche, soier). Voici un article qui n'a pas été repris
encore parce que le mot y est daté, mais non localisé • «  Confermeur (de la
balade) "qui accompagne le baladeur "  »  ; de l'ancien français confermer
"unir, joindre, marier " (xIIIe siècle)  » (p. 47)  ; la forme confermer était courante
jusqu'au xvle siècle, et je ne vois pas de raison pour privilégier le sens retenu
par M. Guiraud (39), les significations habituelles convenant fort bien. On
peut dire la même chose pour desroche ?tr (p. 49) et fourbe (voir ci-dessus).

(38) Pour M. Guiraud, cele ne fait pas de difficulté. Au contraire, une explication
fondée sur une forme lorraine lui pazaît une « hypothèse soutenue par le caractère picardo-
wallon du jargon coquillard  » (Le jargon de Villon, p. 9).

(39) Le F E W (II, Io35b) porte en fait  : anc. fr. confremer (en mariage) "unir,
joindre " (XIIIQ siècle), se confermer (ensemble), "s'unir " (xIIIe siècle). —Voici un
~~ azchaisme  »que M. Guiraud a négligé. De tresgeter et tresgeteur, le F E W (v, zIa)
ne donne pas de références postérieures au xIIIe siècle pour le premier, au xIVe pour

120 Ne resterait guère que le lyonnais jorna (xlve siècle), qui intervient pour
expliquer jour "torture ", comme on l'a vu.

Même en acceptant que quelques mots ne soient plus attestés depuis le
xIIIe ou le xlve siècle, il serait presque aussi absurde de faire naître ce jargon
cent ou cent-cinquante ans avant le procès de Dijon que de le faire naître au
XVIIIe siècle, sous prétexte que dame "hie " (invoqué par M. Guiraud, on
se le rappelle) n'est pas signalé avant l'Encyclopédie. Ne raisonnons pas comme
si nous dtsposions d'une documentation exhaustive.

Rien n'empêche de croire que les Coquillards ont fabriqué leur jargon
avec les mots usuels à leur époque.

A. GoossE.

Université de Louvain.




Charles MULLER  : Initiation à la statistique linguistique, Larousse, Paris, (1968).

There are two ways of introducing the linguist to the use of statistical
methods. One is to present a certain range of linguistic observations or somc
problematic linguistic situation, and show how the interpretation could bc
improved by the use of modern statistical methods. For example, how the
strikmg stability of relative frequencies of phonemes in a given language could
be explained by the theory according to which the relation between the
phonemic system of the language and its use in everyday speech was funda-
mentally that between a statistical universe and samples from it. This was
the method I mostly adopted in my various books.

The other way is to start with the exposition of statistical method in its
conventional form as applied to other sciences, but illustrating the theorems
of statistics with examples from language. This is the method Muller has
chosen. I need hardly emphasize that each method has its merits, and that
they are complementary to one another. Indeed their comparison is most
instructive. What moral there is in the curious fact that Muller, the Romanist,
should have chosen the method involving the systematic exposition of
statistics, whereas I, the statistician, chose the former method, taking as
points of departure the problems of linguistics, I must leave the reader to
find out. If nothing more, it is a gond sign, since it shows the deep interest
each author had for « the other subject  ».

Muller has divided his book into two parts, the first being an introduction
to general statistics, and the second being particularly concerned with lexical
statistics, that is, the statistics of vocabulary.

Regarding the first part, the author has acquitted himself very creditably
of his task to acquaint the layman, and in particular the student of language,
with the basic ideas of the theory of Probabiliry and statistics. To give some

le second (sauf tregetaire chez Agrippa d'Aubigné). Ces passages permettent donc de
compléter le F E W « Les aulcuns desdits Coquillars sont crocheteurs d'usseries,
arches et coffres ;les aultres sont tresgeteurs et desrobent les gens en changeant or a
monnoye ou monnoye a or, ou en achetant aulcunes marchandises  » (éd. Sainéan, p. 88) ;
«  Et d'illec s'en alerent en Lorrainne pour cuidier faire ung bon coup de tresgeter,
qu'ilz appellent en leur jargon estever  » (p. 9t)  ; «  Ilz sont malvaiz garnements, pipeurc,
crocheteurs, tresgeteurs  » (p. to4). S'agit-il vraiment d'un mot argotique  ? le second
exemple permet d'en douter.

121 idea of the topics treated, I mention the following  :Quantitative and Qualitative
Variables ; Sample versus Population ; Random Sampling ; Elements of
Probability ;the Binomial Law ;the Study of a Random Variable ;the Normal
Law ; Parameters of Populations and Samples ; Significance Testing ; a
Methodological Principle  :Language or Discourse ; the Chi-square Test ;
Correlations. Although the author follows here —and of course could not
do otherwise -- the established theory of probability and statistics, yet he has
the gift of presenting the ideas in a Language of his own, and in very simple
ternis, which will be of the greatest help to the reader in his understanding
of the subject. Since all his examples are taken from linguistic material, and
in particular from vocabulary statistics, the Language scholar cannot fail to
be interested.

The second part is more particularly concerned with lexical statistics,
and here the following sections may be mentioned  :Lexique and Vocabulary ;
the Lexicological Norm ;Extension of Vocabulary and Vocabulary Richness ;
Frequency Distributions ; Laws of Lexical Structure ; the Repartition of
Vocabulary ; Vocabulary Connectivity. Muller is careful to define first the
basic concepts, like the vocabulary of a text, the lexique, of a number of texts
belonging to a group, for example having the sanie author and thus repre-
senting that author's vocabulary, and in this way coming to higher and higher
forms of grouping of vocabulary, with the Language (langue) as their ultimate
integration. Theoretically, to make such distinctions is all very well, and quite
justified, but one must not forget that for practical numerical work, all we
have before us is a corpus of whatever size, and the vocabulary in the corpus,
and it makes no difference to the calculations whether we think of it as the
vocabulary of a text or of a group of texts of whatever denomination, lexique
or langue.

It is of methodological interest to observe here that although in his
previous books, Essai de statistique lexicale and Etude de statistique lexicale,
Muller kept strictly to the idea of a finite corpus of vocabulary, such as
l'Illusion comique or the Théâtre de Corneille  », he has now, when giving
an exposition of the general theory of linguistic statistics, found it necessary
to extend his conception and regard whatever text he is dealing with as a
sample from a wider universe than the immediate corpus to which it might
belong, and ultimately as a sample from the universe of Language, and
with this he has accepted my fundamental theory that the quantitative
theory of Language has to be built upon the statistical interpretation of the
Saussurian langue-parole dichotomy. He says  : «  Si l'on considère cette pièce
(Rodogune) non plus comme une "population parente ", mais comme étant
elle-même un échantillon d'une population plus vaste, non finie, qui est la
langue, l'opposition " population-échantillon "coïncide alors avec l'opposition
" langue-discours "  » (p. fia, See also p. 91).

The basic idea of vocabulary statistics is to ascertain to what extent the
parts of a text of the texts retain the structural characteristics of the voca-
bulary in the total. The general theory of the relation between the total
and the parts, as being that between a statistical universe and samples
from it, was set up in 1956 (40). This is the theory which Muller applies,
using as his totals either the vocabulary of a literary text, like the Illusion
Comique of Corneille, or the lexique of the Théâtre de Corneille, ;comprising
3z plays, written over a long period of finie.

The point of departure for any such attempt to trace the properties of
the total in ifs parts, or to estimate the total from the parts, is always the

(40) G. Herdan, Language as Choice and Chance, P. Noordhoff, Groningen, (1956.)

122 so-called frequency distribution of vocabulary. For obtaining this frequency
distribution, it is necessary to delimit carefully what is meant by word occur-
rence and frequency item, because the frequency distribution in question is
that of vocabulary items according to occurrence frequency per item. To
all this, Muller pays careful attention (Part II, Sections 4,5), and anybody
workingg in the field will find his considerations very useful when drawing
up such frequency distributions.

The author then deals with the intricate relation between test length
and vocabulary (Part II, Section I2). That the vocabulary grows with test
length is well known, but according to what law does it do that  ? Here Muller
gives a very good discussion, but he does not make use of the latest discoveries
in the field. He shows how to calculate, on the basis of probability considera-
tions, the vocabulary in a sample from the total, and gets good agreement
between calculation and observation, but he does not proceed to formulate
the general law of vocabulary growth, as it has been done, viz. that vocabulary
grooms with length, but at a steadily decreasing rate, so that the growth curve
becomes a straight lire on a bi-logarithmic grid (41).

Muller then proceeds to what he caps the laves of lexical structure. When
he Gomes to the repartition of the vocabulary in the total over the various
parts, or as it is called, the vocabulary connectivity, it is a pity that he did not
see his way to proceed to the most fondamental fonction governing that pro-
cess, namely the so-called Random Partitioning Fonction. This is the best
way for presenting the process of repartition and the farts of vocabulary
connectivity with sufficient generality, so as to be able to apply it to any given
material (2). Some of the traits of random partitioning are presented in
Part II, Chapter 16, where the author deals with the lexical connection, but
I greatly doubt whether the reader will get from it a good idea of that f~nda-
mental fonction especially in its rote as the statistical Nullhypothesis for
lexical connectivity.

On the whole, Muller's presentation of statistical methods in linguistics,
particularly vocabulary statistics, is worthy of praise. Only occasionally does
his good sense of statistical method leave him. This is specially so when he
strays from « the straight path  » of the conventional theory of probability and
statistics, and follows the pseudo-statistics of Zipf, as he does on pages 16~-
168. After describing — though admittedly with reservations —the Zipf
lave as the constant product of frequency and rank, he gives a Table with
actual data from the yole of Alcandre in l'Illusion Comique, which shows
up the quality of Zipf's statistics. In it the items in the last column represent
the so-called « Constant  » at every rank, although the «  leading value  » is I1~
and the other values between twice and three times that amount. Moreover,
they are sometimes single values and sometimes grouped, the groups being
evidently chosen so as to make the product of rank and frequency agree as
much as possible with the idea of «  a constant  ». However, the lave says nothing
about a mean rank and group frequencies, and the statistician must not try
to « corriger la fortune  », through grouping and averaging. I would advise
the author to eliminate that paragraph, and especially the Table on page 168,
in a future edition. Incidentally, the items in the Zipf series of words according
to rank are not, as Muller believes, the « vocables  », but mere word forms,
every grammatical variant of a vocabulary item being treated as an item of
the series. This makes nonsense of Zipf's attempt to regard it as a lave of
vocabulary structure.

(4z) G. Herdan, The Advanced Theory of Language as Choice and Chance, Springer
Verlag, Berlin-Heidelberg-New York (1966), chapt. 5, pp. ~5-~6. Also chapts. iz-13.

123 On p. 169 Muller speaks of the Yule-Herdan index vm. Basicanly he
regazds that index as the best statistical pazameter for the use of vocabulary
(see his "Essai..." on Corneille's L'Illusion comique) because it is independent
of sample size, as shown cleazly in diagram 4, p. IoI of the "Essai... ", a
property which is quite essential for chazacterising style. By way of numerical
illustration I will only mention that the index vm for the three parts and the
different roles of L'Illusion comique, covering sample sizes of the order of
magnitude of Io2 to Io4, only varies between o.10o and o.129, and further
that the index for the 32 plays in the Théâtre de Corneille, individually and
for their grouping according to the type of play  : Tragedy, Comedy, Miscel- .
laneous, and with chronological time, that is for samples ranging from approx.
I~,000 to Soo,000, varies only between .1138 and .I2~6, not following the
order of magnitude in sample size.

Yet Muller considers the dependence of vm upon the lexicographican
norm, that is, the cule as to what is and what is not to be considered a word
as the counting unit, as something in its disfavour. However, this is not a
properry peculiar to vm , but one which is common to any statistical para-
meter. The quantitative value of a statistical pazameter is always to be under-
stood relative to the basic procedure when counting units. But even though
the exact value of vm may vazy according to the norm used by the investigator
in counting words, the variation due to this in the index is as a ride very small ;
indeed so smanl that it is hazdly distinguishable from fluctuations due to
random sampling.

On the saure page 169, P. Guiraud is mentioned as being not in favour
of v ~ because it seems to him too laborious in calcination, and he therefore
prefers his pazameter Vl/V, the proportion of words occurring once otily
in a text to its whole vocabulary. However, his reasoning is wrong in varions
respects. The calcination of vm is by no means so complicated, and is easily
dore on a desk calculating machine. But even if its calcination is more laborious
than that of the ratio Vl/V, this is not a sufïicient reason for preferring the
latter if it does not render such good service in describing the use of vocabulary
as does the former, and this is definitely the case. For one thing, whereas the
former is based upon all word classes in the frequency distribution, the latter
considers one word class only  :the hapax legomena. Secondly, Vl/V is a
fonction of the sample size, getting systematically smaller as sample size
increases, and is, therefore, useless as a style chazacteristic.

A very good feature of the book are the exercices which aze provided on
pages 22I-228. The material is throughout taken from the field of language,
and the student is in this way encouraged to think on the lines presented to
him in the body of the book.

The author has added a number of numerical tables, which form an
indispensable feature of statistical work, and has in this way made his book
self-contained. All in all it can be said that the work is a valuable addition to
the existing monographs dealing with mathematican linguistics.

G. HERDAN,

Bristol.

Inger ROSENGREN Semantische Strukturen, Eine quantitative Distribtitions-
analyse einiger mittelhochdeutscher Adjektive (Lunder Germanistische Forsch-
ungen), Lund - Kopenhagen, 1966, 154 P•

L'auteur a tenté d'appliquer l'analyse statistique à un problème séman-
tique, suivant des critères strictement distributionnels. Elle a pris, comme

124 champ d'exploration, un certain nombre de textes de moyen haut allemand,
comme sujet une liste de S4 adjectifs désignant des qualités morales (la dou-
ceur, la sainteté, la pitié, etc.). Les 1679 occurrences de ces adjectifs ont
été chacune caractérisées en fonction des critères suivants  :texte (auteur, dia-
lecte, époque, prose ou vers, et dans le second cas mot, à la rime ou non, litté-
rature religieuse ou profane), fonction syntaxique, contexte. C'est ce dernier
critère qui donne lieu à la classification la plus intéressante, mais aussi la
plus délicate ; le « contexte  », c'est essentiellement la catégorie sémantique
dans laquelle se range le substantif qui sert de support à l'adjectif considéré.
L'auteur a distingué 23 de ces catégories  : 6 pour les êtres divins ou humains,
5 pour les parties du corps ou les qualités morales, 2 pour les actes, z pour
les objets, les autres représentant diverses abstractions. Le postulat est que,
si deux adjectifs révèlent une tendance significative à se localiser dans les
mêmes contextes et, accessoirement, dans les mêmes textes et les mêmes
fonctions, on peut prévoir entre eux un certain degré de relation sémantique.
Les hypothèses formulées en conséquence de ce postulat sont soumises à une
série de tests (Pearson, Yule) dont le but est de séparer les écarts aléatoires
des écarts significatifs. On ne saurait discuter ici les options de cette étude
ni ses résultats. On se contentera de signaler la méthode, qui est appliquée
avec autant de prudence que de rigueur, et qui mériterait d'être essayée sur
d'autres textes. L'ancien français, en particulier, offrirait de bonnes occasions
d'en faire d'autres applications. Il est assez évident qu'elle doit conduire à
déterminer le vocabulaire caractéristique de certains genres littéraires, et
de certains thèmes, et qu'elle peut ainsi éclairer utilement certaines zones
mal connues du lexique. Peut-on en tirer des conclusions sur les structures
sémantiques  ? La fréquente rencontre de plusieurs unités lexicales est-elle
un indice assuré de leur connexion sémantique  ? La question mérite d'être
examinée, non sur des impressions subjectives ou des témoignages isolés,
mais à l'aide d'expériences précises, dont cet ouvrage donne un modèle solide
et suggestif.

C. MULLER,

Strasbourg.


A. J. GREIMAS, Dictionnaire de l'ancien franfais, jusqu'au rnilieu du xvI° siècle,
Larousse, Paris, (1969).

C'est un dictionnaire destiné aux « médiévistes débutants  », c'est-à-dire
essentiellement àdes étudiants, si bien que l'ouvrage, comme le reconnaît
l'auteur lui-même, repose sur un compromis entre un système linguistique.
et des exigences pratiques ; et M. Greimas a raison, c'est d'ailleurs le cas
pour tout dictionnaire.

La limite chronologique (i35o) est peut-être discutable, mais toute
coupure est discutable lorsqu'elle est pratiquée dans un tissu continu tel
que la langue. En tout cas M. Greimas a raison de s'en tenir à l'ancien français
proprement dit, il en résulte une plus grande homogénéité et une économie
de place utilisée pour l'enregistrement d'un plus grand nombre de mots.
Mais quand aurons-nous un dictionnaire du moyen français...  ?

A juste titre l'auteur se refuse à répéter à chaque mot qui le requerrait
certains principes propres à l'ancien français, comme par exemple, que le
même verbe peut être actif, passif ou factitif, que les mots d'agent sont à la
fois substantifs et adjectifs, etc. Mais nous aurions souhaité que ces principes,
au nombre de trois, quatre ou cinq (pas plus) fussent clairement et nettement
mis en évidence à un ou plusieurs endroits du dictionnaire, de telle façon

125 que les utilisateurs les aient toujours présents à l'esprit, un peu comme dans
les annuaires de téléphone on rappelle certains conseils aux usagers (l'annuaire
de téléphone n'est-il pas une espèce de dictionnaire ~) En tout cas, ces prin-
cipes, noyés dans une Préface relativement longue, risquent fort de ne jamais
être lus par l'utilisateur « moyen  »  ; on sait bien que les préfaces de ces sortes
d'ouvrages ne sont lues que par les spécialistes...

Nous soulignons le grand soin qu'a mis M. Greimas à la présentation
des prépositions et des préfixes  :des articles sur lesquels il faudrait aussi
attirer l'attention des utilisateurs, car généralement ils sont négligés dans
la consultation habituelle d'un dictionnaire Que le préfixe de- se soit fondu
dans des-, c'est évident, mais est-ce que tous les sens de de- sont signalés sous
des-  ?Par exemple deplaindre qqn = « s'apitoyer sur qqn  » ou deplorer qqn
= a pleurer sur qqn  »  :voilà un sens du préfixe de- qui ne se retrouve pas sous
des-. Nous regrettons aussi qu'on n'ait pas donné la même place aux suffixes.
Bien sûr, le système des suffixes s'éclaire de lui-même grâce au regroupement
des mots en familles. Mais certains suffixes, dont les sens sont très variés et
différents de l'usage moderne (par ex. -age), auraient peut-être mérité une
place à part.

M. Greimas justifie l'introduction de mots savants calqués sur le latin
par le « dépérissement progressif des études latines  ». Hélas  ! il n'a que trop
raison. Mais cette ignorance plus ou moins grande du latin aurait peut-être
justifié aussi le maintien de certaines indications morphologiques. Si les

classiques  », avec un minimum de phonétique historique, s'y retrouvent
assez facilement parce qu'ils connaissent le point de départ latin, les « modernes  »
sont trop souvent perdus dans la morphologie de l'a. fr. L'auteur signale bien
de temps en temps quelques cas sujets différents du cas régime (suer et seror)
ou certaines contractions comme es. Nous nous demandons si suer et es avaient
besoin d'être mentionnés  ;mais nes ne l'est pas. Or après nes (cas sujet de nef )
et nes (= neis), il eût été bon d'indiquer aussi nes (= ne les), sinon l'utilisateur
débutant risque de se braquer sur les deux premiers. C'est précisément dans
les cas d'homonymie que cette omission nous paraît gênante  :ainsi après
ars I (= poitrail) et ars II (cas sujet de arc) on attendrait un ars III (part.
passé de ardre), ou bien après apert I (= ouvert) et apert II (— habile), il
serait utile de trouver un apert III (3e pers. sing. ind. prés. de aparoir), etc.
Alors que M. Greimas consacre une page entière au tableau des démonstratifs
(qu'on peut consulter dans toute grammaire), les formes verbales, souvent
difficiles pour les débutants, auraient plutôt mérité cette place (au hasard
signalons (a)queut de (a)coillir, ruis de rouer, truis de trouer, tort de torner, etc.).
Si tous les glossaires des éditions de textes médiévaux étaient aussi fournis
que celui de la Chrestomathie d'A. Henry, les dictionnaires n'auraient sans
doute pas besoin de s'alourdir avec de telles données.

Les articles du Dictionnaire de M. Greimas regroupent les mots en familles.
Nous reconnaissons avec l'auteur que le principe n'est pas toujours facile à
appliquer puisque la notion même de « famille de mots  »n'est pas très sûre. Il
est pourtant curieux, de trouver les substantifs serve (= esclavage), servage et
servaille sous le « chef de file  » serveté, alors qu'on les attendrait tous les quatre
dans l'article serf. Que le regroupement en familles de mots présuppose des
prises de position étymologiques, nous l'accordons volontiers à l'auteur. Nous
trouvons s. v. estache le mot esta~on avec deux sens bien différents  : i° pieu,
a° masure  :n'aurions-nous pas affaire à deux mots distincts dont le premier
viendrait effectivement de *staka, mais le deuxième plutôt du lat. stare comme
estage de l'article suivant  ? Il nous semble aussi que clapoison (= mêlée)
devrait être placé sous claper (= frapper avec bruit) plutôt que sous clapier
(= amas de pierres). Pour des raisons phonétiques nous avons de la peine

126 à croire que cit est le cas sujet civitas. Que l'a. fr. agu remonte au latin acutum,
c'est certain, mais il faudrait peut-être ajouter « à travers le provençal ». Il y a
un principe que l'auteur applique avec une certaine rigueur, c'est de regrouper
les substantifs presque systématiquement sous les verbes ou les adjectifs pris
comme «  mots-vedettes  » ; ce qui fait que nous trouvons angoisse sous le verbe
angoissier. Nous savons bien que beaucoup de substantifs sont dérivés d'un
verbe en a. fr., mais la présentation de M. Greimas risque de faire croire que
angoisse est un déverbal de angoissier  : or, le moins qu'on puisse dire est que
parallèlement le subst. et le verbe remontent à des étymons du latin vulgaire
où d'ailleurs le verbe est une formation secondaire, puisque l'évolution lexicale
est angustus ~ angustia ~ angustiare. Là où le parti-pris de M. Greimas
lui joue un mauvais tour c'est lorsque pour trouver un chef de file verbal
aux subst. cavillement (1312), cavillerie (1260) et cavillacion (Ia~~), il est
obligé d'aller prendre caviller chez Oresme (1360), contrairement au principe
annoncé dans la Préface, page v1 où il affirme s'arrêter à 135o en excluant
Oresme et les autres traducteurs. Petite chicane que l'auteur voudra bien
nous pardonner...

Pour distinguer les mots d'emprunts des mots de formation populaire,
M. Greimas emploie un procédé qui nous paraît discutable  :aux premiers il
donne l'étymon au nominatif, aux seconds l'étymon à l'accusatif (par ex. nous
lisons «  expedicion du lat. expeditio  », ou « diction, du lat. dictio  ». Mais de toute
évidence on sait que les mots savants eux aussi viennent de l'accusatif, donc
expeditionem, dictionem. D'ailleurs à mansion nous lisons bien «  empr. au lat.
mansionem  ».

Enfin nous nous demandons s'il n'y a pas un lapsus dans l'article aler
ne faut-il pas réunir les n° 9 3 et 4 et dire « avec le participe présent désigne le
procès qui dure  », car l'exemple «  Va s'en li jors...  » ne convient guère à la
définition donnée ( ?).

Que M. Greimas veuille bien ne pas nous tenir rigueur de tant de critiques
(qui de toute façon ne sont pas à prendre au sens défavorable du mot). Comme
l'auteur nous y invite lui-même à la fin de sa Préface, nous nous sommes permis
des « suggestions  » à propos d'un ouvrage que d'ailleurs nous ne cessons de
recommander aux étudiants.

G. MExx,
Strasbourg.


Arnulf STEFENELLI, Der Synonymenreichtum der altfranztisischen Dichtersprache,

Vienne, Bbhlaus (196y), 32y p.

Tous les historiens de la langue ont relevé l'extraordinaire abondance
des couples et des séries synonymiques en ancien français, qu'il s'agisse de
formes de radical différent (ire / mautalent / corroz) ou de variantes suffixales
(ire / iror / irance). En présence de « synonymes  », on est toujours porté à
se demander si les formes sont réellement interchangeables en toutes cir-
constances, ou si l'examen des contextes révèle des écarts sémantiques ou
stylistiques ; en outre, quand il s'agit d'ancien français, on doit se demander
si les termes concurrents appartiennent bien au même état de langue, s'ils
ne sont pas séparés par des écarts géographiques ou chronologiques. On sait
que les dictionnaires de l'ancienne langue, de façon très générale, sont de peu
de secours pour cette discrimination, qu'ils indiquent mal les limites dialectales
et historiques d'un emploi, que les données négatives (<c manq_ue chez...  »)
n'y sont pas de mise, et que les définitions sémantiques y manquent de préci-
sion. Il était donc intéressant de remettre en cause un certain nombre de

127 ces faits, et de mesurer plus justement la part de la synonymie en travaillant
non sur des citations choisies, mais sur des dépouillements exhaustifs.

L'auteur a retenu un certain nombre de concepts, 8o environ, qu'il
définit par leur expression en allemand, et dont il examine la traduction en
ancien français ; quelques exemples, pour illustrer la variété conceptuelle
et morphologique du champ ainsi délimité  : cit /cité /vile, prison / chartre /
jaiole, envier / trametre, bataille / estor / meslée / chaple / poigneïz / asemblée /
tornei..., boter /empreindre /embarre, -lez / delez / joste / dejoste, maintenant /
sempres / demanois l entresait / ades..., etc. ; au total 40o vocables à peu près

seront cités.

Il a d'autre part choisi une quarantaine d'oeuvres littéraires en vers
(230 00o vers environ), de genres divers, mais ou dominent les chansons de
geste et romans courtois, et dont les dates s'échelonnent des origines (Eulalie)
à la fin du x1I1e siècle (Adam de la Halle) ;les localisations possibles recouvrent
les principaux dialectes littéraires d'oï .

Il dresse alors, pour chaque concept, un tableau des termes qui le tra-

duisent dans chacun des textes, avec indication de leur fréquence absolue,

puis tente une analyse de cette répartition, en observant les contextes les plus
significatifs et les localisations des textes. Des indications utiles sont fournies
par la coexistence fréquente de deux ou plusieurs «  synonymes n soit en coordi-
nation (riche et manant, leece et joie, dolent et triste...), soit en reprise (espée
repris par brant, lance far glaive ; p. 194), soit enfin. en opposition . (pp. 198-
199, sa :ete et fast distmgués de floiche dans un passage célèbre du Roman
de la Rose) ;des associations fréquentes triste / irié, dolent / irié, triste / ploros,
morne / deshaitié, etc.) peuvent conduire à un tableau (pp. 245-246), très
suggestif.

Les analyses de chaque champ conceptuel constituent des apports utiles
à la description lexicale, et devront désormais être consultées pour l'inter-
prétation des termes qui s'ÿ regroupent. Quant à l'ensemble ; il s'en dégage
l'impression que l'équivalence sémantique des termes peut rarement .être
contestée ; les limites chronologiques et stylistiques assez étroites de cette
étude, la stabilité relative du lexique littéraire pendant la période considéréé
ne permettent guère d'opposer un vocable en déclin à un autre qui se répand  ;
les emprunts interdialectaux masquent souvent l'origine dialectale, attestée
par ailleurs ;les oppositions sémantiques n'ont pas la fermeté de celles qui
furent imposées au français classique et moderne par une conception exigeante
de la propriété de l'expression. Bien au contraire, les écrivains de l'époque
usent et abusent de la diversité synonymique pour varier l'expression, pour
étoffer le vers ou la phrase, pour faciliter la rune. Dans la grande majorité
des cas, les « synonymes  »coexistent bien chez un même auteur ou dans une
même oeuvre, et les nuances qui les distinguent sont faibles ou nulles.

Cette étude soigneuse et d'une grande richesse est donc une mise au
point utile en même temps qu'un répertoire de faits qui complète très heureu-
sement les données de nos dictionnaires.

Ch. MULLER,

Strasbourg.


'Avttarco :~ov Aeç~xov T~,c N« ; 'Ea~,~v~x,~ç (A Reverse Dictionary of Modern

Greek) ~by Prof. G. J. K~uRhtouLIS, Head of the Department of Linguistics,
University of Athens, Athens (1960, pp. xxxvl-{-802 (An author's edition).

128 General

The Dictionary contains 8x,646 entries, It is the f i r s t reverse Modern
Greek dictionary and the only Modern Greek dictionary which has been
composed on the basis of a s y n c h r o n i c analysis. A r e v e r s e dic-
tionary is one in which the entries are listed Hot according to the first
letter, the second etc. till the fast one, but inversely, according to the last
letter, the second from the fast, the third from the last and so forth till
the initial letter of a word. In our dictionary e.g. the words zvt~aTpÉ~o~,
xVTLGTpO~Î~, âvticTp~~wç and zvitaTpo~x are listed in different parts of the

dictionary  :the first under -~~~, the second under --r„ the third under -ç.
and the last under -x.

Because of its structure, this dictionary will serve Hot only as an indis-
pensable means for research in contemporary Modern Greek as well as
in Greek in general, but also as a valuable aid for both teachers and learners
of Modern Greek.

It contains the most complete vocabulary to date of contemporary common
Greek, both written and spoken. The manner in which the material is
arranged makes the vocabulary of Modern Greek, with all its systems and
sub-systems, stand out clearly.

Besides the main body of the dictionary, the introduction and the appen-
dices also constitute important parts of it. In the introduction a
Humber of various theoretical and practical questions concerning Modern
Greek lexicography are examined. As a p p e n d i c e s there are different
kinds of statistical tables, in which various conclusions are drawn, and by
the study of which one is stimulated to further research in the language.

Among the most interesting and original parts of these appendices is the
third one, in which there has been attempted a comparison of various
morphemes common to ancient and modern Greek. This part is extremely
useful in helping the student corne to a fuller understanding of the structure
of contemporary Greek as well as of the evolution of the Greek language
from the beginning of its history.

Contents

A. Introduction (pp. vII-xxxvl).

I. Reverse dictionaries.

A historical account of reverse dictionaries faims, methods, problems)
of both classical and modern languages, and especially of the Greek lan-
guage. Here one sees, for example, that the present dictionary is of its

type chronologically the ninth one of the language, of which there are

reverse dictionaries on all periods of its history (from Mycenaean times
tilt today).

II. The composition of the dictionary.

In this part of the introduction are explained analytically the problems
which had to be faced during the composition of the dictionary, as well
as the solutions which were given to them. The questions discussed here
constitute vital problems of Modern Greek lexicography. Specifically
the matters examined here are those that concern Modern Greek dic-
tionaries (p. XIIIff ), the selection of entries (p. xvIfi :), the general principles
governing this dictionary (p. xxff.), the problem of synizesis (p. xxtvff.),
the principles of spelling (p. xxlxff.), parts.of speech, gender, and Humber

129 labels (p. xxxlff.), statistical notations (p. xxxllff.), and the arrangement
of the entries (p. xxxIIIff).

B. The D i c t i o n a r y (pp. I-674).

The vocabulary is listed in inverse alphabetical order and is subdivided
roto chapters, sections and paragraphs and, moreover, roto groups  : ety-
mological groups, morphological groups, even «  optical  »ones. Thus the
task of the student is made easier, and the morphology of Modern Greek
is set forth in a clear and very instructive way as well. Since Modern
Greek is the outcome of a linguistic tradition of thousands of years, its
morphology and whole structure interests every one who concerns himself
with the Greek language and civilization, and human language in general.
The dictionary takes on international importance because of the facr Chat
Greek morphemes are used to express various meanings of most sciences,
as well as many of the abstract concepts met with in contempporary life.
Thus this dictionary will be also useful to anyone who would litre to coin
a new terni based on Greek.

C. The appendices (pp. 675-764).

I. Two kinds of statistical tables of Greek word-finals, general tables
and detailed ones. These refer to the final letter (p. 679 ff.), the last two
letters (p. 683ff.), and the last three letters (p. 691ff).

II. Comparative statistical tables of Greek, French and Italian word-
finals (p. 73off.).

III. Comparative tables of ancient and modern Greek final systems.
These tables, so important for the understanding of the whole development
of the Greek language, are respectively preceded by a brief introduction,
in which the conclusions of the comparison are presented and various
relevant questions are briefly discussed.

The comparison is made by chapters  :the first chapter (p. 738ff.) deals
with compounds whose second part consists of a separate word (« y~Y~,,
ôp6p.os, N.ÈTpOV etc.), while the second chapter (p. 753ff.), deals wlth
«  T€puxTx «  i.e. inflectional and derivative endings.

The work ends with a t a b l e o f c o n t e n t s, which includes an
extensive index of the dictionary (pp. 765-8oI) facilitating its use.

G. K.

Article de revue: Précédent 7/7