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Exposition

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  • ISBN: 978-2-8124-0799-4
  • ISSN: 0037-9506
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-8124-3967-4.p.0098
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 15/10/2012
  • Périodicité: Quadrimestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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Exposition


Camille et Paul Claude1,1885-1905

deux artistes à l'oeuvre


Après deux expositions antérieures consacrées aux oeuvres et au parcours
culturel et professionnel de Paul Claudel, en 1995 et 2001, la Maison Ravier
de Morestel présente une nouvelle exposition sur le thème des rapports artis-
tiques, culturels et affectifs entre le poète et sa soeur. Le parcours conçu par
Marie Victoire Nantet (commissaire scientifiques) met en lumière une série
de rapprochements jumelés entre les deux créateurs sur les plans artistique
et biographique. Les vingt ans embrassés par l'exposition voient l'éclosion
parallèle de leur génie. Mais celui de Paul est voué à un avenir encore plus
brillant, tandis que celui de Camille sera tragiquement limité à cette courte
période où elle a réalisé la série d'oeuvres qui feront sa réputation durable.

Cette exposition est accompagnée d'un catalogue rédigé par Marie-Victoire
Nantet, qui permet d'approfondir le parcours esthétique et personnel des deux
créateurs par un commentaire détaillé et richement illustré. Une introduction
par Nathalie Lebrun, Co-Commissaire de l'exposition, pose des questions
essentielles qui viendront à l'esprit d'un public de spectateurs conçu comme
des amateurs de culture artistique et littéraire sans être nécessairement spé-
cialiste de la famille Claudel. « Quels sont les rapports qu'entretiennent frères
et soeurs lorsqu'ils se destinent à une carrière artistique, parfois dans le même
domaine  ? [...] Quelle est la nature des relations particulières qui découlent
de la spécificité de ces duos  :entre frères, entre soeurs et entre frère et soeur  ?
Est-on capable de mesurer objectivement la part subtile de la psychologie et
son influence dans l'acte créateur  ?Les familles inconnues d'artistes doués
sont tout aussi nombreuses. Quelles sont donc les prédispositions qui font
naître ces fratries  ? On suppose aisément que l'entourage, le contexte social
et intellectuel contribuent à la formation de ce déterminisme familial  » (p. 6).

L'exposition propose de répondre à ces questions délicates d'abord en
évoquant le sol géographique, intellectuel et familial d'où les deux créateurs
sont issus, par des documents historiques, des photographies de famille et des
oeuvres artistiques, plastiques ou imprimées. Lasalle 1, « Années d'apprentissage
et débuts artistiques  », situe l'inspiration essentielle pour la vocation des deux
dans le milieu littéraire et artistique du symbolisme - celui de Mallarmé et de
Rodin. Elle propose également des exemples de l'influence de l'Extrême-Orient

1 Les organisateurs de l'exposition ont bénéficié des conseils d'Anne Rivière pour le choix des
oeuvres de Camille Claudel.

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qui était très apprécié pendant les années 1880-90, une inspiration que Paul
et Camille ont partagée et qui a durablement influencé l'oeuvre du poète,
en particulier. L'exposition, et son catalogue, offrent de nombreux exemples
d'oeuvres japonaises pour illustrer cet aspect de leur art ; dans l'exposition
elle-même, l'on aura la chance exceptionnelle de contempler des exemplaires
originaux, tracés de la main de Claudel, des éventails du « Souffle des Quatre
Souffles  »,illustrés par Tomita Keisen pendant l'ambassade japonaise du poète.

Le parcours mène ensuite à la salle 2, avec une série de photos et d'oeuvres
sculptées consacrées au milieu d'origine et à la famille Claudel, montrant
comment le paysage du Tardenois, les rapports familiaux et l'atmosphère de
l'enfance ont inspiré des sculptures de Camille, le personnage dramatique
de Tête d'Or et le drame de L'Annonce. Les salles 3 et 4 sont consacrées aux
rapports artistiques  :d'abord le rôle de la musique, une influence subtile,
mais profonde, qui réunit la sculptrice de «  La Joueuse de Flûte  » et de «  La
Valse  » au poète admirateur de Beethoven et futur collaborateur de Milhaud
et de Honegger. La salle 4 présente des oeuvres qui illuminent l'époque des
«  recherches formelles  » des deux, les proses de Connaissance de l'Est et la
recherche par Camille de nouvelles formes d'expression, des formats plus
réduits et le travail plus raffiné de la matière précieuse du marbre.

La dernière salle est consacrée à «  1905, les ressorts intimes de la création  ».
L'année se révèle tragique pour les deux sur le plan affectif, avec l'effondrement
psychologique et créateur de Camille, suite à sa rupture avec Rodin, et la crise
personnelle dans la vie de Paul, amenée par le départ de son amante Rosalie.
L'exposition rappelle le voyage que les deux ont fait ensemble à cette époque
dans les Pyrénées et l'achèvement du dernier chef-d'oeuvre de Camille, le
« Buste de Paul Claudel à 37 ans  », que l'on pourra admirer ici. Pour sa part,
le poète rédige son essai « Camille Claudel, statuaire  » où il célèbre la gran-
deur de l'oeuvre de sa soeur ; comme le dit Marie-Victoire Nantet, « Chacun
se découvre dans le miroir qu'on lui tend  » (p. 53). C'est la dernière étape, le
dénouement du drame des vingt ans au cours desquels l'on a suivi le fil de
ces rapports complexes et la violence passionnée que frère et soeur partagent
dans leur vie individuelle et dans leur création artistique.

Ainsi, l'organisation de l'exposition en une série d'étapes thématiques et
biographiques impose une structure cohérente au parcours des deux créateurs
et permet d'offrir quelques éléments de réponse à l'énigme des vocations dans
la famille Claudel et la part des relations entre Paul et Camille dans l'évolution
de leur génie. Les oeuvres choisies pour rendre ce parcours visible et intelligible
aux spectateurs sont exceptionnellement éloquentes et parfois très rares ;elles
permettent d'entrer plus profondément au coeur de l'aventure artistique et lit-
téraire des deux créateurs. Parmi les plus intéressantes sont certaines des plus
belles sculptures de Camille, prêtées par des propriétaires particuliers ou par
le Musée Rodin; des éditions rares des oeuvres de Paul, comme le frontispice


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et la première page des Cinq Grandes Odes créés par Zdenka Braunerova ; et de
magnifiques illustrations ou costumes dessinés pour les pièces par plusieurs
artistes comme Roger de la Fresnaye et Maurice Denis. La documentation
bibliographique, chronologique et historique qui termine le catalogue ajoute
un complément très utile.

Nlna HELLERSTEIN

































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