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En marge des livres

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  • ISBN: 978-2-406-08121-0
  • ISSN: 0037-9506
  • DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-08122-7.p.0105
  • Éditeur: Classiques Garnier
  • Date de parution: 23/05/2018
  • Périodicité: Quadrimestrielle
  • Langue: Français
Accès libre
Support: Numérique
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EN MARGE DES LIVRES

106 107 WANG Yu, La réception des anthologies de poésie chinoise classique par les
poètes fran~-ais (1735-2008), Paris, Classiques Garnier, coll. «Études
de littérature des xxe et xx~ siècles », n° 64, 2016, 779 p.


L'ouvrage de Wang Yu, tiré de sa thèse de doctorat soutenue à
l'Université de Paris-Sorbonne sous la direction de Didier Alexandre,
constitue un panorama érudit de l'histoire de la réception, des échanges
et des traductions poétiques de la Chine à la France, par le truchement des
«morceaux choisis » et des anthologies de poésie classique chinoise publiés
du xvii~ siècle au tout début du xx~. Considéré dans son ensemble, ce
travail représente une étude très riche et très originale d'histoire littéraire
et comparée : sa composition est chronologique, ce qui facilite grandement
la lecture et l'appréhension générale de ce long voyage savant dans la
poésie, d'un bout du monde à l'autre. La première partie s'intéresse aux
précurseurs du xvii~ siècle et du premier xixe siècle, les «traducteurs
pionniers » missionnaires aussi bien que ceux de la sinologie française
naissante sous l'impulsion de Jean-Pierre Abel-Rémusat, puis à celui
qu'on peut considérer comme le premier poète lecteur de ces traductions,
André Chénier. La partie II passe à la période moderne, en poursuivant la
réflexion sur les difficultés de la traduction et sur les critères de mise en
oeuvre d'une anthologie, pour examiner ensuite les principaux recueils qui
firent date dans ces années :les Poésies de l'époque des Thang (1862) traduites
par l'excentrique Jean-Marie-Léon d'Hervey de Saint-Denys, Le Livre de
,jade (1867) de Judith Gautier, le Cheu king (1896) dû au jésuite Séraphin
Couvreur, les Fêtes et Chansons de la Chine ancienne (1919) de Marcel Granet
et Cent Quatrains des Thang (1927) de Tsen Tsonming. La même partie
rappelle ensuite quel rôle a joué la découverte de la poésie chinoise tra-
duite chez certains poètes parnassiens, comme Louis Bouilhet et Émile
Blémont, ou plus tard dans l' «école fantaisiste » de Paul-Jean Toulet, par
exemple. Dans les chapitres très importants qui suivent, l'ouvrage se penche
sur le cas alors nouveau des premiers poètes français ayant pu résider en
Chine plus ou moins longuement, au premier rang desquels Paul Claudel
bien sûr, puis Victor Segalen et Saint John Perse, tous marqués par une
forte «inspiration créatrice» d'origine chinoise. La dernière partie, enfin,
regarde la période la plus récente, à partir du renouvellement scientifique

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de la sinologie et de la traduction savante dans la deuxième moitié du
xxe siècle — grâce à Paul Demiéville, Jean-Pierre Diény ou Patrick Carré
notamment —, mais aussi de nouvelles figures de poètes traducteurs ou
passeurs et médiateurs, comme Claude Roy ou François Cheng. Deux
recueils traduits majeurs de cette période font alors l'objet d'une étude
spécifique, l'Anthologie de la poésie chinoise classique, traduite par une équipe
sino-française dirigée par Paul Demiéville et publiée en 1962, et L'Écriture
poétique chinoise (1977) de François Cheng, essai magistral de l'académicien
en effet accompagné d'une anthologie des poèmes des Tang. Ces études
montrent avec finesse comment travaillent ces sinologues, qui sont aussi
souvent des «poètes-traducteurs» par ailleurs à l'origine d'une oeuvre
personnelle. La fin de la partie concerne quant à elle les « lecteurs-poètes »
influencés par la lecture de ces textes poétiques traduits, parmi lesquels
Henri Michaux, Philippe Jaccottet, Françoise Hàn, Yves Gandon ou
Gérard Macé. Après une belle conclusion, l'ouvrage livre aux lecteurs
plusieurs tableaux des noms et des titres en chinois et transcrits, ainsi
que les versions originales de nombreux poèmes cités, documents qui
seront fort utiles aux sinisants et aux spécialistes, tout comme la très
riche bibliographie —une quarantaine de pages —qui ferme ce travail.

On n'est pas étonné de voir Paul Claudel et son oeuvre poétique tenir
une place tout à fait importante et même centrale dans un ouvrage sur
un tel sujet. C'est d'abord la lecture pax le poète de l'anthologie de Tsen
Tsonming, Cent Quatrains des Thang, dont il est question :cette source, qui
avait été repérée pax Gilbert Gadoffre, est essentielle à la genèse de certains
poèmes tardifs de Paul Claudel, illustrant de nouveau l'idée d'«inspiration
créatrice », mais elle est aussi particulièrement originale, parce que due à
un traducteur chinois francophone, contrairement à la grande majorité des
traducteurs envisagés dans l'ouvrage, qui sont presque tous français. Ces
traductions, de même que celles du Livre de. jade, lui aussi dû pour partie
au travail d'un auteur chinois, alors encore sans doute encore imparfaite-
ment francophone, Ding Dunling — le «Chinois de Théophile Gautier»
qui collabora avec la jeune traductrice Judith Gautier —, préparent et
inspirent l'écriture des recueils de la fin des années 1930, Autres poèmes
d'après le Chinois (1937) et Petits Poèmes d'après le Chinois (1939), si bien étu-
diés et replacés dans le contexte de «l'univers poétique claudélien » pax
Wang Yu. Mais ce travail examine aussi ce que le livre appelle «l'ombre
de Claudel », c'est-à-dire son influence personnelle et celle de son oeuvre
poétique de Chine, plus ou moins directe, sur la génération poétique
suivante. À travers les personnalités et les oeuvres de Victor Segalen et de

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Saint John Perse, qui font l'objet pax la. suite de deux très belles études,
cette «ombre » claudélienne, mesurée de façon très nuancée, paraît mar-
quée pax bien des ambiguïtés et des contrastes, mais se révèle finalement
toujours dans les formes d'une empreinte admirative, baignée dans le
souvenir, en particulier, des luminosités poétiques, franches ou indéfinies,
du recueil poétique de Connaissance de l'Est. Ces analyses confirment ainsi
le rôle éminent et singulier joué pax Paul Claudel au tournant des xlxe et
xxe siècles pour accueillir la poésie chinoise dans la littérature française,
et spécialement dans la poésie, et dans le même temps pour faire naître
ou pour confirmer l'attrait renouvelé de la Chine, de sa littérature et de sa
culture, chez certains jeunes poètes et bien d'autres lecteurs du siècle dernier.

Ce livre se lit donc comme une passionnante histoire comparée
littéraire et poétique, entre la Chine et la France, une histoire enrichie
par de nombreuses micro-études de traductologie aussi éclairantes
qu'élégantes, mais il est dans le même temps une réflexion très illustrée
sur l'anthologie traduite de littérature lointaine, et plus généralement sur
la pratique du «morceau choisi »qui caractérise particulièrement ici le
traitement du texte poétique, y compris dans ses versions traduites. Les
anthologies étudiées, de même que tous les poèmes qu'elles inspirèrent,
en permettant aux auteurs et aux lecteurs français d'accéder à la poésie
classique chinoise, d'abord certes très imparfaitement puis progressive-
ment avec de plus en plus de précision et d'érudition, apparaissent alors
bien comme une «clé magique », ainsi que le dit joliment la conclusion.



Yvan DANIEL






L'Oiseau Noir n°XIX, Cercle d'études claudéliennes au Japon, 2017.


Mme Nakamura, l'actuelle Présidente du Cercle d'études claudé-
liennes au Japon, et en cette qualité responsable de la publication de
L'Oiseau noir, a souhaité rattraper le retard d'un an avec lequel le numéro

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précédent de cette revue biennale était paru :d'où la publication en mai
2017 de ce n° XIX, articulé sur quatre copieuses contributions dues à
Mme Nakamura elle-même, à Mmes Mourlevat et Nishino, et à M. Ode.
Concernant «Claudel, mystique à l'état sauvage », version française
de l'article de Mme Nakamura dont l'original japonais figurait dans la
livraison précédente, nous nous permettons de renvoyer le lecteur à notre
compte-rendu paru dans le Bulletin n° 220, p. 109-112.

M. Ode poursuit dans ce numéro sa réflexion sur la perception pax
Claudel de la divinité japonaise, à la lumière de la conférence prononcée
dans le cadre de l' «Université d'été de Nikko » en août 1922: institu-
tion fort énigmatique à la vérité dont M. Ode observe que l'on ne sait
absolument rien concernant le site, les modalités de fonctionnement et
le public, et qui engendra toutefois l'un des textes fondamentaux de
la période, le «Regard sur l'âme japonaise ». M. Ode rappelles que la
conception que Claudel se fait de la divinité nipponne associe le terme
japonais de kami, qui la désigne, à la notion océanienne de mana, que le
missionnaire et anthropologue de la Mélanésie Robert Henry Codrington,
qui la mit en évidence, définit comme «un vecteur diffus de pouvoir
spirituel ou d'efficacité symbolique supposé habiter certains objets
ou personnes ». Constatant la surprenante sympathie avec laquelle le
catholique intransigeant qu'est Claudel rend compte de ce panthéisme,

M. Ode observe que cette indulgence pourrait trouver sa source dans
le thomisme de Claudel, qui pose l'immanence de Dieu à la créature,
c'est-à-dire aussi bien son enveloppement : de là cette insistance sur les
«étranges vapeurs [...] qui cachent et découvrent tour à tour» la nature
japonaise, et l'importance que Claudel accorde au blanc, qui lui semble
exercer une fonction analogue dans la peinture traditionnelle, et dont il
joue lui-même dans les trois recueils poétiques avec ou sans éventailsZ
qu'il produit à l'extrême fin de son séjour au Japon.

Ayako Nishino consacre ensuite un long développement à une création
contemporaine de nô qui eut lieu à Orléans en 2012 pour célébrer le
six centième anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc : la ville avait
en effet passé commande d'une pièce sur la Pucelle à l'acteur Tanshû
Kanô (école Kita), responsable d'un enseignement de nô au Conservatoire
départemental. Kanô avait fait appel pour le texte au professeur Haruo
Nishino, spécialiste reconnu de ce théâtre, tout en assurant lui-même

1 Cf. «Le Mikado et la Grèce. La divinité japonaise chez Paul Claudel (II) », L'Oiseau noir,
n°XVII, 2013, et notre compte-rendu dans le n° 212 du Bulletin, p. 77-81.

2 Sau,~le des quatre sau,~les, Poèmes du Pant des Paisans, Cent phrases pour éventails.

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la mise en musique. Créé à Orléans (Grand Théâtre) le 5 mai 2012, le
spectacle avait ensuite été donné au Théâtre du Jardin d'Acclimatation
à Paris, puis sur la scène de nô dont Kanô avait fait don en 1992 à la
ville d'Aix-en-Provence, avant d'être représenté en juin 2013 au Théâtre
Préfectoral de Kumamoto (sud-ouest du Japon), patrie de l'acteur. Le
répertoire de nô compte quelque 250 pièces remontant à l'époque de
Zeami (1363-1443) et de ses successeurs immédiats. Quoi qu'il en soit,
une création de «nouveaux nôs » (shinsakunô) se fit jour dans les premières
années du vingtième siècle, y compris en Occident où Yeats donnait
en 1916 At the hawk's well, d'après une légende celtique. De Claudel, le
professeur Ichirô Kimura proposait en 1968 une adaptation au nô de
La Femme et son ombre, tandis que Moriaki Watanabe présentait en 2001
La Muraille intérieure de Tokyo ou l'Ombre double, et en 2005 Le nom de la
rose —Les pivoines de Hasedera.

Haxuo Nishino s'étant inspiré pour sa création de. Jeanne d'Arc au bûcher,
Ayako Nishino étudie dans sa contribution les éléments de l'oratorio
de Claudel qui l'apparentent lui-même au nô, et se livre ensuite à une
étude comparée des deux textes dramatiques, avant de se faire l'écho,
concernant la représentation orléanaise, d'une réception par le public et
d'une couverture de presse dont on ne saurait que se réjouir.

Confidente de Louise et biographe de Rosalie Vetch, c'est ès qualités
que Thérèse Mourlevat (dont la contribution est reproduite dans l'original
français) choisit de s'exprimer sur Vézelay, présenté selon la lecture que
M`es Mourlevat fait du texte claudélien comme un sanctuaire virtuel à
cette autre Madeleine, elle aussi pécheresse et repentie, que fut la blonde
Rosalie, laquelle choisira d'ailleurs à l'approche de la mort d'établir sa
tombe à l'ombre de la basilique. Elle n'avait pourtant pas que de bons
souvenirs à Vézelay, y ayant cohabité difficilement, de juin à novembre
1940, avec les époux Romain Rolland à qui Claudel avait confié au
début de la Seconde Guerre mondiale sa «seconde famille ». Mais elle
avait apprécié la beauté sereine du site, s'enchantant de la luminosité
de tel matin d'automne où «tout était doux avec des tons d'opale et
la vallée comme un lac ». Ainsi repose-t-elle sous une dalle gravée du
poème des Cent phrases selon lequel «Seule la rose est assez fragile pour
exprimer l'Éternité ».

Un appareil relativement large de recensions critiques et de notes de
lecture complète ce copieux numéro. Il est difficile de leur rendre à toutes
justice. On se bornera à relever les enseignements, jugés inacessibles à
la seule lecture de l'oeuvre, que la représentation en langue japonaise

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du Soulier de satin (traduction et mise en scène de Moriaki Watanabe,
Kyoto, décembre 20163) a révélés à Tetsurô Negishi, et l'hommage
que le sinologue Hiroshi Kôzen, traitant d'un ouvrage déjà ancien de
Machiko Kadota sur les poèmes d'après le chinois de Claudel (Kurôderu
to chûgokushi no sekai, Tokyo, 1997), rend à ces pionniers de la traduction
de la poésie chinoise en français que furent Judith Gautier (Le Livre
de jade, Paris, 1867 et 1902) et Tsen Tsonming (Rêve d'une nuit d'hiver,
Lyon, 1927).



Michel WASSERMAN






Uma Outra Missâo Francesa 1917-1918 : Paul Claudel e Darius Milhaud
no Brésil, Éditions Andrea Jakobsson, 2017.


Dans le cadre du centenaire du séjour de Paul Claudel au Brésil,
vient de paraître à Sâo Paulo, un bel album Une autre mission fran~-aise,
1917-1918 : Paul Claudel et Darius Milhaud au Brésil, aux Éditions
Andrea Jakobsson. Des écrits de Paul Claudel, Darius Milhaud et
Hélène Hoppenot relatifs à leur séjour y sont très judicieusement mis
en parallèle. Le lecteur brésilien peut y lire l'intégralité des pages du
Journal de Paul Claudel du 5 janvier 1917 au 10 décembre 1918, le
Journal d'Hélène Hoppenot allant du 21 février au 23 novembre 1918 et
les souvenirs de Darius Milhaud, extraits de Notes sans musique. Afin de
compléter ces pages, Manoel Corrêa do Lago, coordinateur du volume
avec Victor Burton et Guillaume Pierre, a ajouté un hommage de Paul
Claudel à Ruy Barbosa, écrivain et homme politique brésilien, cham-
pion de l'abolition de l'esclavage, une conférence vibrante et lyrique de
Daxius Milhaud consacrée à un compositeur peu connu en France, Glauco
Velasquez mais dont l'importance a été décisive dans l'évolution de la

3 Thierry Maré a rendu compte de ce spectacle dans le n° 221 du Bulletin, p. 81-82.

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musique brésilienne de cette période et la Préface d'Henri Hoppenot à
la correspondance Claudel-Milhaud.

L'ouvrage à destination du lecteur brésilien ou, du moins, lusophone
rassemble donc principalement des textes connus de la plupart des clau-
déliens, ce qui aurait pu ne donner qû un volume d'intérêt secondaire de
ce côté-ci de l'Atlantique. Mais chacune des trois parties de l'ouvrage est
introduite pax des essais remarquablement précis et documentés de Brice
Roquefeuil, consul général de France à Rio de Janeiro, sur le séjour et
l'enthousiasme du poète (K Paradis de tristesse »), de Flâvia Camargo Toni
(Un K boeuf» sur le toit, un autre dans la cour) soulignant l'importance et
le bouillonnement de la vie musicale au moment du séjour de Milhaud
qui a très vite engagé un dialogue fécond avec le compositeur Henrique
Oswald et la pianiste Niniha Veloso-Guerra, enfin une introduction
de l'éditrice du Journal d'Hélène Hoppenot, Marie-France Mousli (Un
campement francair). Chacune de ces études jette avec générosité un
éclairage utile sur les circonstances, qu'elles soient privées, historiques
ou politiques, et culturelles du séjour des uns et des autres.

Le soin extrême apporté au moindre détail de l'ouvrage, y compris
la qualité du papier et le choix d'une police de caractères très élégante,
la richesse de l'appareil qui accompagne les différents textes, tout cela
rend plus marquante encore cette publication. Outre les très nombreuses
notes des différents traducteurs, Pedro Fragelli, responsable de la plupart
des traductions, a mené un travail de recherche très approfondi dans
les archives des Affaires Étrangères et le volume est un émerveillement,
ne serait-ce que par son iconographie. Les reproductions d'affiches
commerciales ou de propagande, les programmes de concert, les fac-
simile de correspondances, les illustrations de la vie locale à l'époque,
les photographies de personnages côtoyés par la petite troupe de la
légation, tout est reproduit avec un soin admirable. On découvre surtout
au hasard des pages nombre de clichés très peu connus, voire parfaite-
ment inconnus. Certes, il y a un lot de photos plus ou moins officielles
saisissant le poète dans son rôle de ministre plénipotentiaire, assistant à
un Te Deum à l'occasion de l'armistice (au côté de Ruy Barbosa), sur les
marches de l'ambassade recevant une délégation ou encore à l'occasion
d'une réunion du Cercle français... et même une belle photo de Paul
en grand costume tout chamarré de décorations. Au nombre de ces
photos à caractère plus ou moins officiel, on remarque un beau cliché,
daté de 1925, par Berenice Abbott sur lequel on voit une très élégante
madame Claudel, posant en robe du soir en soie claire. Mais l'ouvrage

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compte aussi des photos à caractère plus privé bien plus émouvantes
Claudel pénétrant dans la forêt vierge devant les racines exubérantes et
enchevêtrées dignes d'une gravure de Gustave Doré, ou sur un pont de
bois avec Milhaud et Hélène Hoppenot ou encore, saisi par l'objectif
de cette dernière, à dos de mulet dans un nuage de poussière qui laisse
tout juste deviner qui est l'ambassadeur et qui son secrétaire... enfin
quelques-uns de ces fameux clichés pris par Paul Claudel faisant des
études de mouvements et de lumières dans le studio du photographe
André Perrin, de modèles à demi nus ou d'Hélène Hoppenot. Il est
émouvant de constater avec quel soin, au Brésil, on a tenu à célébrer le
centenaire de cette mission diplomatique, qui a été également un moment
important de rencontres artistiques et d'émerveillements réciproques.



Jacques PARSI